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Billet de blog 17 oct. 2011

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Sol Violette : une monnaie pour redonner du pouvoir à l'achat

Toulouse expérimente depuis mai dernier le Sol Violette, une monnaie complémentaire à l’Euro. Ce projet, qui vise à modifier les habitudes de consommation et relocaliser l’économie, connaît un véritable succès. Simple gadget ou outil de transformation de l’économie ?

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Toulouse expérimente depuis mai dernier le Sol Violette, une monnaie complémentaire à l’Euro. Ce projet, qui vise à modifier les habitudes de consommation et relocaliser l’économie, connaît un véritable succès. Simple gadget ou outil de transformation de l’économie ?

par Philippe Bertrand sur www.frituremag.info

Face aux crises financières à répétition, certains réfléchissent au rôle de la monnaie dans la vie économique, quand les échanges de biens et de services ne représentent plus que 3 % des échanges mondiaux, au profit des transactions financières.
Partout dans le monde, des initiatives se multiplient, notamment par la création de monnaies complémentaires aux monnaies officielles, avec une zone de circulation restreinte ou un domaine d’utilisation particulier.
À Toulouse, associations et militants s’intéressent depuis plusieurs années à la question de ces monnaies. C’est ainsi qu’à l’initiative de Jean-Paul Pla, conseiller municipal délégué à l’économie sociale et solidaire, la mairie de Toulouse a décidé, après un vote quasiment unanime au conseil municipal, d’expérimenter depuis le 6 mai dernier une monnaie locale, le Sol Violette.

1 Sol = 1 Euro

Cette monnaie complémentaire a pour objectif principal de rendre à la monnaie son rôle premier, celui d’instrument d’échange contre des biens et des services. Fondé sur une adhésion à une association, il permet à ses membres, les « solistes », d’échanger des euros contre des coupons de 1, 5 ou 10 Sols violette au Crédit municipal ou au Crédit coopératif, puis de les dépenser dans un commerce ou chez un prestataire de services partenaire. Les euros échangés sont utilisés pour financer des projets locaux. « Il s’agit de ré-ancrer l’Euro sur le territoire, explique Jean-Paul Pla, et de permettre aux utilisateurs de réorienter leur consommation. Cela permet également aux structures de l’économie sociale et solidaire de se stabiliser économiquement. »
Car il n’est pas question de dépenser ses Sols dans la grande distribution. Épiceries, restaurants, librairie ou prestataires de transports doux, ce sont plus de 60 entreprises, associations et professionnels respectueux des valeurs de l’économie sociale et solidaire, de l’environnement et des salariés, qui acceptent aujourd’hui le paiement en Sol violette. « J’utilise mes Sols dans beaucoup de domaines, dans des commerces que je fréquentais avant, raconte Eve-Anne Rousseau, une des premières solistes. J’ai acheté des chaussures, des bouquins, je vais au restaurant… Quand je sais que je vais en avoir pour une somme importante à la Biocoop, je vais chercher des Sols. »
Le sol-violette ne s’adresserait-il qu’aux convertis ? Non, d’après la mairie, dont la volonté est d’aller vers les plus précaires, les chômeurs, mais aussi les étudiants et les retraités. C’est ainsi que 90 ménages précaires se voient attribuer chaque mois 30 Sols, l’occasion d’aller dans des commerces qu’ils n’ont pas ou plus l’habitude de fréquenter. « Nous voyons arriver de nouveaux clients, commente Fabrice Domingo, gérant de la librairie Terra Nova, qui peuvent avoir ainsi à nouveau un petit budget livres. »

Victime de son succès ?

Le succès est au rendez-vous. L’objectif d’atteindre 150 adhérents et 15 partenaires est largement dépassé, et ce sont 600 adhérents qui participent à l’expérimentation.
Aujourd’hui, ce sont plus de 23 000 Sols qui s’échangent, avec un taux de circulation supérieur à celui de l’euro. Car le Sol est destiné à circuler. Non-capitalisable, il perd 3 % de sa valeur après 3 mois sans utilisation.
Pour certains partenaires en bout de chaîne, la remise en circulation est un problème, de nombreux fournisseurs n’acceptant pas les coupons à l’effigie du Capitole. Aussi, une partie des Sols redeviennent des Euros.
Selon Frédéric Bosqué, coordinateur du Sol-violette pour la mairie de Toulouse, « nous cherchons à améliorer la circulation. Cela passe par la mise en place prochaine du sol numérique avec paiement par virement via le téléphone portable. Nous mettons aussi en place d’autres actions pour adapter l’offre à la demande, comme la possibilité pour les entreprises de verser une partie du salaire en Sols, le démarchage des fournisseurs de nos partenaires ou le développement de comptoirs de changes et de partenaires relais. Cela a déjà permis de diviser le nombre de Sols reconvertis en euros par deux. »
En décembre, c’est l’ensemble des Toulousains qui pourront utiliser les sols violette, avant une extension au Grand Toulouse prévue pour 2014. Jean-Paul Pla est confiant : « Il faut prendre le temps. Ce n’est pas le tout de dire qu’on va changer, il faut le faire ! »

Sol pratique

Devenir soliste, c’est simple :
Adhésion à 15 euros
Échange d’euros contre des Sols, 1 Sol violette offert par tranche de 20 euros échangés
Achat de biens et de services chez l’un des 60 partenaires membres du réseau
Le Sol est une monnaie fondante, elle perd 3 % de sa valeur après 3 mois sans utilisation.
Perte de 5 % de la valeur, lorsqu’on échange des sols contre des euros

Le Sol, un instrument politique ?

Avec la mise en place du Sol violette, Toulouse est la première collectivité qui s’engage de façon aussi forte. « La monnaie entre dans le champ politique en tant qu’outil économique local, explique Frédéric Bosqué. Le Sol rattache l’euro au territoire. L’Etat ne peut plus rien faire, c’est la Banque centrale européenne qui décide. » Par sa non-capitalisation, le Sol ne peut pas, à la différence de l’Euro, faire l’objet de spéculation. En utilisant la monnaie complémentaire, à Toulouse, et partout dans le réseau national, les citoyens se réapproprient la monnaie, qui redevient un outil social, au service de tous. S’il est utilisé à une échelle locale, la multiplication de ces expériences pourrait apporter une partie des solutions à la crise du système monétaire.

Plus d’infos : www.sol-violette.fr

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