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Billet de blog 19 nov. 2012

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Une biographie de Noir Désir à "hauteur d’homme"

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Le 25 octobre dernier, le journaliste rock toulousain Marc Besse, "journaliste historique des Inrocks", sortait une biographie de Noir Désir. Avec « À l’envers, à l’endroit », Marc Besse embrasse la vie d’un groupe mythique, de ses premiers concerts, jusqu’au drame de Vilnius et la séparation. Entretien sur fond de polémique.

par Ariane Mélazzini-Dejean sur www.frituremag.info

Le 25 octobre dernier, le journaliste rock toulousain Marc Besse, "journaliste historique des Inrocks", sortait une biographie de Noir Désir. Avec « À l’envers, à l’endroit », Marc Besse embrasse la vie d’un groupe mythique, de ses premiers concerts, jusqu’au drame de Vilnius et la séparation. Entretien.
Un témoignage fouillé et puissant, écrit sous la forme d’un roman, parsemé de titres et de paroles de chansons. Un voyage en musique et en temps réel dans la vie de Noir Désir, qui dépeint aussi une certaine histoire du rock en France. Son parti pris et certains passages ont soulevé la polémique. Marc Besse y répond sans détour et revendique une biographie à taille humaine.

Peut-on parler d’une biographie ou de tranches de votre vie avec Noir Désir ?

C’est forcément une biographie parce qu’elle repose sur la vie d’un groupe. C’est la vie d’un groupe raconté par quelqu’un qui a voulu se mettre à hauteur d’homme. Il est impossible de regarder Noir Désir d’en haut, comme un critique de rock. Je n’en ai plus envie. Il faut le regarder de l’intérieur. J’ai écrit un récit, qui emmène les gens à comprendre ce qu’ont pu être les visions et les pensées d’un groupe. La musique est présente du début à la fin. Un voyage quasiment en temps réel. Comme le fait Nick Toshes dans « Dino » (NDLR : biographie sur Dean Martin). Il raconte ce que la personne est en train de vivre au moment où elle le vit. Et cela devient un roman. Le début du bouquin est symbolique, il commence sur la caméra des « Enfants du rock » qui se rend dans les villes où on fait du rock. À Bordeaux, Noir Désir est le petit dernier de cette couvée, d’autres groupes ont fait le travail avant.

Comment s’est passée votre rencontre ?

À l’époque, j’écrivais sur le rock pour le « Journal de Toulouse ». À l’automne 1989, je rencontrais Noir Désir, au "Pied" à L’isle-Jourdain, près de Toulouse, une salle au son incroyable. 1200 personnes avaient fait le déplacement. Il faisait chaud à l’intérieur, des gens attendaient dehors… Au fur et à mesure que certains sortaient, mis KO par la puissance du groupe, d’autres rentraient… À l’époque, j’étais fan de Bashung, l’album « Novice » était déjà le top du top en langue française. Mais Noir Désir venait de poser un disque (NDLR : « Veuillez rendre l’âme »), qui allait changer la face du rock en France. La langue s’y maniait avec l’électricité comme rarement. On ne peut pas faire la biographie d’un artiste si on ne se sent pas une intimité avec lui, son répertoire, les membres. Je me sens d’une proximité générationnelle incroyable avec ces gens-là. J’ai eu trente quatre discussions avec le groupe ou un de ses membres (essentiellement Denis Barthe et Serge Teyssot-Gay) en seize ans ! Ce bouquin, ce n’est que de l’humain.

Justement, certains remettent en cause votre légitimité à écrire sur Noir Désir, que leur répondez-vous ?

J’ai vécu pleinement cette période, sur le plan discographique et humain. Et cela personne ne peut le contester. Confucius disait : « Quand tu vas entreprendre quelque chose, tu auras contre toi ceux qui auraient voulu faire la même chose, ceux qui auraient voulu faire l’inverse, et la majeure partie de ceux qui ne voulaient rien faire. » Donc, mes détracteurs sont tous là ! Je pense qu’il y avait deux bouquins dans les tiroirs pour dans 6 mois, au moment de la sortie de l’album solo de Bertrand Cantat. Je ne comprends toujours pas pourquoi l’on m’attaque aussi violemment. Cela jette l’opprobre sur mon travail.

Marc Besse Photo Ring

Pourquoi ce livre maintenant ?

Justement parce qu’il n’y a pas d’actualité. Dans ma tête, ce livre est né en octobre 2011. J’ai renoncé plusieurs fois, en me demandant comment raconter. En 2003, j’ai déjà sorti un essai de biographie chez Flammarion, regroupant tous mes entretiens avec le groupe. Puis est arrivé un certain 30 juillet 2003, à Vilnius. Denis Barthe (NDLR : batteur de Noir Désir) m’a dit : « Il faut que ton bouquin sorte car il ne parle que de musique  ». On retrouve tous ces entretiens au fil d’ « À l’envers, à l’endroit », et ils ne sont contestés par personne. Sauf ce dernier entretien du 3 mars 2011 avec Denis Barthe, qui fait polémique…

Sur quels passages porte cette polémique ?

Le 3 mars 2011, Denis me raconte une altercation entre les membres du groupe qui a eu lieu fin novembre 2010, dans un restaurant. J’ai simplement repris ses mots dans mon livre (NDLR « Bertrand s’est comporté comme une ordure  »). À partir du moment où cette scène se déroule dans un lieu public, elle est publique, donc pas totalement « off ». Le off est qu’il me raconte la scène, alors que je n’y étais pas et qu’il me dit ce qu’il pense de Bertrand, tout micro fermé comme je le précise dans le livre. Le 18 octobre 2012, il publie un communiqué AFP, dans lequel il dit ne pas «  cautionner  » cette phrase. À chacun sa conscience. J’ai sollicité Denis à maintes reprises dès le printemps 2012, pendant l’écriture du livre, mais je n’ai reçu aucune réponse. Denis m’a finalement appelé une semaine avant la sortie, il avait l’air préoccupé. Mais c’était trop tard… Que Denis soit blessé, je peux le comprendre humainement, mais je ne changerai pas une ligne. Quand des amis de 30 ans se séparent, cela ne se fait pas dans la diplomatie et dans la mesure. Je n’ai reçu aucun autre retour du groupe depuis la sortie du livre.

Le faits divers de Vilnius était-il un passage obligé ?

Oui. On croise la trajectoire du faits divers parce que le groupe nous le propose. Pour moi, ce drame scelle la fin du groupe, parce qu’il a laissé une cicatrice encore bien ouverte dans la population, et plombe toute réapparition publique du groupe. Donc quelque part, ça le condamne. Un des piliers du bouquin, c’est cette solidarité à l’intérieur du groupe. Noir Désir a continué à exister malgré Vilnius ! Le groupe a toujours maintenu l’utopie que la musique peut renaître de tout ! Certains ne veulent voir que Bertrand Cantat dans ce livre. Le chanteur, c’est la face publique. Mais à la lecture, on s’aperçoit que chacun a eu sa part de leadership. Ce groupe est toujours allé au bout du bout de ce qu’il pouvait faire, jusqu’à l’épuisement. Et cela, dès le début.

« Noir Désir, à l’envers, à l’endroit », Marc Besse (Editions Ring), 260p, 19,50 €

Une passion biographique

  Ancien journaliste aux Inrockuptibles et rédacteur en chef des Inrocks.com, Marc Besse est également l’auteur du bestseller "Bashung(s), une vie" aux éditions Albin Michel en 2009, "Bjork" (J’ai lu, 2004) et du librio "Noir Désir" (Bestseller J’ai lu, 2002).
Journaliste à France 2, auteur de séries radiophoniques pour le groupe Radio France. 
Scénariste du film "Nous resterons sur terre" avec Mikhaïl Gorbatchev, Wangaari Matthaï et Edgar Morin.

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