Résilience écologique : Loos-en-Gohelle, ville "durable"

L’ouvrage de Philippe Gagnebet de Friture Mag, sorti le 17 septembre, est publié aux éditions Les ateliers Henry Dougier.

Comment transformer et faire revivre un territoire dévasté par la disparition d’une quasi mono-industrie, celle des mines et de l’extraction du charbon dans le bassin du Pas-de-Calais au sud de Lille entre Lens et Valenciennes, et y développer un nouveau modèle économique, écologique et social estampillé du sceau de “Troisième révolution industrielle” ? C’est le pari audacieux, unique en France, et réussi, du maire écologiste d’une petite commune de 7000 habitants, Loos-en-Gohelle, nichée au pied des anciens terrils. Cet “écolo” au pays des “Gueules noires”, Jean-François Caron, mène depuis 15 ans le combat pour une “résilience écologique” et a fait de sa commune l’emblème réalisé de la ville de demain : autonomie énergétique, écrin vert, démocratie présentative plutôt que participative, réseaux “intelligents”, logements sociaux éco-construits, laboratoire scientifique et citoyen. A tel point que l’économiste, sociologue et essayiste américain Jérémy Rifkin, chantre de cette troisième révolution industrielle, a fait de Jean-François Caron son principal appui en France afin de développer ces concepts à plus grande échelle.
A travers des rencontres, récits, interviews et témoignages de personnalités politiques, chercheurs, chefs d’entreprises ou citoyens ayant travaillé avec Jean-François Caron, ce livre raconte les chemins des convictions, des méthodes de travail et des modes opératoires qui mènent à la ville de demain. Aujourd’hui en Fance, au moment du grand rendez-vous de fin d’année à Paris pour la COP 21, carrefour mondial pour l’avenir climatique de la planète.

ISBN : 979-10-312-0023-1
Pages : 128 pages
En librairie le 17 Septembre 2015
Diffusion Le Seuil / Volumen / Friture Mag

  • A commander au prix de de 12,50 euros (port compris).
    Chèque à l’ordre de Friture Editions, 16 rue Henri Lavigne 31300 Toulouse

Lire l’introduction

Il va bien falloir se rendre à la raison. Raillés pendant des années, les experts climatiques semblent avoir enfin conquis l’opinion, et ses décideurs. A force de puiser dans les ressources, principalement fossiles, de rejeter dans l’atmosphère les déchets carbonés de nos consommations folles, nous avons, depuis un siècle et l’ère de l’industrialisation, déréglé l’horloge céleste qui régulait la pluie et le beau temps. Ces experts, issus notamment du GIEC ( Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), s’évertuent depuis 1990 et la publication du premier rapport, à nous expliquer que les émissions dues aux activités humaines accroissent sensiblement la concentration dans l’atmosphère des gaz à effet de serre (dioxyde de carbone, méthane, chlorofluorocarbones, oxyde nitreux) et renforcent l’effet de serre naturel. D’où un dérèglement du climat qui tendrait à réchauffer la planère de deux degrés d’ici 2050. Avec ses conséquences catastrophiques : montée du niveau de la mer, multiplication des catastrophes naturelles comme les ouragans, désertification.. et leurs cohortes d’exodes, de morts, de réfugiés, de déracinés, et leurs coûts inimaginables pour l’ensemble des pays. Il y a cinquante ans, les émissions de CO2 se limitaient à 4 gigatonnes par an, nous en sommes aujourd’hui à 10 fois plus ! Comment faire pour stopper cette course folle qui nous conduirait dans un mur de désolations ? "Il est minuit moins le quart" nous disent ces mêmes experts. Plus de temps à perdre avant que les mauvais temps ne nous rattrapent.

Depuis les années 70 avec par exemple le rapport du Club de Rome sur ces questions, et depuis 1990 avec le premier sommet de taille de Rio sur le climat, les grands de la planètes se réunissent et prennent la chose au sérieux. Mais que se fait-il réellement sur le terrain,dans les entreprises, les régions, les villes ? Qui a pris à bras-le-corps ce péril menaçant l’ensemble de nos modèles ? De grands objectifs et plans sont signés, on entend de savantes incantations à la télé ou dans les meetings politiques, on nous promet plus de moyens pour tenter de stopper l’infernal engrenage. Mais, tant que l’on n’est pas confrontés directement à ces catastrophes annoncées, on ne veut pas voir, on n’y croit toujours pas. Alors, que faire ?
Les solutions, comme d’habitude se trouvent sur le terrain, aux côtés de associations, dans les petites communes, les grandes messes électorales ou les laboratoires des ingénieurs des grands groupes. Elle se trouvent aussi dans nos gestes quotidiens, mais face à la crise économique, les ménages pensent plus à leur fin de mois qu’à la fin du monde... Les gouvernements mettent bien en place des dispositifs et lois pour consommer moins, autrement, isoler ses maisons, rouler à l’électrique, recycler ses déchets... mais le ciel continue de gronder.

Peu nombreux sont celles et ceux qui ont pris le problème frontalement et ont décidé d’agir, vraiment. Dans une région marquée et emblématique de cette course folle aux énergies, un maire construit dans sa commune depuis plus de 25 ans, un nouveau modèle de développement qui veut faire face à ces périls. Jean-François Caron, kinésithérapeute, militant puis élu écologiste, issu d’une généalogie engagée, très sociale, militante, a cette vision à long terme certainement forgée dans le passé douloureux de sa région natale, le Nord-Pas-de-Calais. Pratiquement seul contre tous à ses débuts, il a édifié jour après jour les contours certainement uniques d’une ville nouvelle, sobre, autosuffisante en énergie, un écrin vert dans lequel démocratie participative, débats, prise de consciences et implications sont les mâitres-mots. Une vision à long terme qui génère de la confiance, apparaitre le rêve, coconstruit des projets concrets, met en mouvement individuellement et collectivement et avance à partir des premiers résultats, évalue puis tente de généraliser. Une véritable petite aventure collective locale, qui ne pense que globalement. Il le dit sans ambages : "Je veux changer le monde !". Grâce à une expertise sur la compréhension du fonctionnement des individus, des communautés, à sa capacité d’animation collective et sa pédagogie, à une expertise sur le montage de dossiers toujours issue d’une pensée systémique, dans un rapport au réel et non au monde rêvé, ses résultats sont impressionnants. A tel point que fin 2015, lors du nouveau sommet sur le climat qui se tient à Paris, un train spécial chargé des décideurs et experts du monde entier, se rendra en gare de Loos-en-Gohelle. Là, au pied des deux grand terrils rappelant le passé industriel de la région, ils iront découvrir, scruter et comprendre comment la ville de demain peut se construire. Comment elle a pu opérer cette "résilience" propre à tous ceux qui ont souffert et ont su rebondir vers un nouveau développement, personnel et collectif. Un développement "durable et désirable" bâti sur les fondations passées d’un monde bientôt révolu.

"Pourquoi le sentiment s’est-il ancré en moi de bonne heure que, si le voyage - le voyage sans idée de retour - ouvre pour nous les portes et peut changer vraiment notre vie, un sortilège plus caché, qui s’apparente au maniement de la baguette de sourcier, se lie à la promenade entre toutes préférée, à l’excursion sans aventure et sans imprévu qui nous ramène en quelques heures à notre point d’attache, à la clôture de la maison familière ?"

Julien Gracq
Les eaux étroites

Changer de regard pour se redonner un futur | Jean-François Caron | TEDxVaugirardRoad © TEDx Talks

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