Toujours aucune solution pour les jeunes majeurs étrangers refoulés par le Conseil général de Haute-Garonne

Cela fait maintenant 14 jours que travailleurs sociaux, éducateurs ou simples militants campent devant le Conseil général de Haute-Garonne. La raison de cette colère ? La décision prise cet été par la collectivité de ne plus prendre en charge dans les foyers d’accueil les jeunes majeurs étrangers de plus de 19 ans, alors que jusqu’à présent les accompagnements se poursuivaient jusqu’à 21 ans. 50 jeunes se retrouvent à la rue et le Conseil général campent lui aussi sur ses positions.


Photos Ph. G.

par Philippe Gagnebet sur www.frituremag.info

La mesure a été prise mi août par Pierre Izard, président (PS) du Conseil général qui s’était inquiété d’« arrivées massives » de mineurs isolés étrangers depuis 2012 et avait annoncé que, pour des raisons financières, le département ne pouvait plus prendre en charge l’hébergement en établissements des jeunes de 19 à 21 ans, contrairement à une loi de 1975 qui laisse libre-court aux départements de prolonger ces prises en charge.
« Sur l’ensemble des foyers de Haute-Garonne, il a été demandé aux travailleurs sociaux d’évacuer une cinquantaine de jeunes isolés étrangers » de plus de 19 ans, explique Simon, éducateur qui dort depuis deux semaines sur le campement. « Mais ces jeunes sont par définition “isolés” et sans papiers et n’ont aucune autonomie : c’est clairement les remettre à la rue ».
Sur place, les soutiens se sont depuis multipliés, issus des milieux militants, mais surtout du monde des travailleurs sociaux, syndiqués ou pas. Salariés des MECS (Maisons d’Enfance à Caractère Social), de la PJJ (Protection Judiciaire de la Jeunesse), ASE (Aide Sociale à l’Enfance)... Il sont aujourd’hui une vingtaine à camper, dormir et s’organiser chaque nuit pour tenir le campement. Des toilettes sèches ont même été installées et les aides, matérielles ou en nourriture, affluent. Après une bataille d’experts et d’huissiers, le Conseil général, qui avait fait évacuer tout son personnel pendant un jour et demi au début du conflit, n’a pas obtenu l’expulsion par la Préfecture. « Le parvis du Conseil général appartient en fait à la Mairie de droite, qui n’a pas demandé l’expulsion. Se satisfaisant peut-être de cette occupation qui met un dinosaure PS dans une situation tendue », souligne un éducateur présent sur les lieux.

Nuits d’hôtel et "tests osseux"

Pour Simon, cette mobilisation est primordiale : « l’accompagnement des jeunes, étrangers ou pas, c’est effectivement cher, mais on nous dit que le budget du social ne doit pas être impacté par la crise. Si on n’arrive pas à se mobiliser là-dessus, je ne sais pas sur quoi on se mobilisera ». D’autant que le budget de l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance) est resté stable en 2014 et que, jusqu’alors, ces prises en charge se déroulaient selon des processus et des suivis bien huilés. Les jeunes pouvant bénéficier du suivi de deux éducateurs pour toutes leurs démarches administratives, scolaires et bien entendu pour le logement pour des périodes de six mois renouvelables. Selon les cas, ceux-ci peuvent intégrer un internat, un studio semi-autonome ou même vivre en autonomie. Le tout au sein de foyers ou de MECS, quand ils n’ont pas le sou pour se loger, comme les jeunes majeurs étrangers.

Après le refus des « campeurs » de la proposition de Pierre Izard de traiter au cas par cas les dossiers, ou bien celle de loger en nuitées d’hôtels certains d’entre eux, c’est une réunion avec les représentants du département, de la préfecture et des syndicats (CGT et SUD) qui a capoté la semaine dernière. Une nouvelle réunion est prévue ce mardi à 9 H 30 entre les différentes parties. Mais un goût très amer se répand sur le campement, après la déclaration de Pierre Izard qui aurait évoqué lors d’une première réunion la possibilité de la généralisation des tests osseux, très peu utilisés, pour tous ces jeunes. Une façon de dire que certains d’entre eux mentiraient sur leur âge. « On passerait alors d’une situation de protection à une situation de suspicion et de stigmatisation » conclut Simon.

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