Le PS et la mairie de Toulouse, un peu avant l’été, ont démarré les hostilités municipales au travers d’un tract. « Fiers de la gauche, Fiers de Toulouse », se félicitent-ils dans l’intitulé du document qui a circulé dans les boites aux lettres. Et au milieu d’une mosaïque de satisfecit, une petite mention stipule « 25% de baisse du prix de l’eau potable ». Etonnant, non ? Un administré de la ville, plus que surpris, a écrit au premier magistrat, qui lui a répondu.
par Frédéric Dessort sur www.frituremag.info
L’objectif du tract : résumer les avancées apportées par le pouvoir en place depuis 2008, dont cette "baisse de la facture d’eau de 25 %". Nous reproduisons ci-dessous quelques extraits ainsi que la réponse de l’édile, qui démontre bien qu’il y avait anguille sous roche.
Après avoir tranquillement consulté ses différentes factures d’eau depuis plusieurs années, Jean-Pierre (*) signale ainsi qu’in fine, c’est en fait … une augmentation qui est à constater !
Plus précisément, le prix du m3 du précieux liquide partait de 3,26 euros au deuxième semestre 2008. Un niveau qui a augmenté pour atteindre 3,38 euros fin 2009. Puis, il est vrai, le prix a été plus bas sur trois semestres consécutifs de juillet 2010 à décembre 2011. Mais il s’est avéré respectivement, à -5,2%, -3,7%, -2,1% par rapport au niveau de référence de 3,26 euros, ce qui est déjà loin des -25% annoncés.
Un bénéfice de toutes manières rapidement effacé les semestres suivants : le prix du m3 remonte très vite pour atteindre finalement, au premier semestre 2013, 3,42 euros, soit … +4,9% par rapport au deuxième semestre 2008. Quant au prix de l’abonnement, il a suivi un parcours très similaire. On est donc loin du compte !
Comment le maire explique-t-il cet écart ? « […]le montant de vos factures correspond à l’addition de plusieurs éléments. Globalement, il s’agit du prix de l’eau potable, de l’assainissement et des redevances dues à l’agence de l’eau Adour-Garonne. C’est le prix de l’eau potable qui a baissé de 25% ».
Pour mémoire, cette diminution de 25% correspond à un accord conclu en février 2010 entre la ville de Toulouse et son fournisseur, Véolia Eau.
Or, reconnaît Pierre Cohen dans cette missive, « De manière concomitante, les redevances de l’agence de l’eau sur lesquelles la ville de Toulouse ou la Communauté Urbaine ne peuvent intervenir ont notablement augmenté en 2011 ».
Une transparence qui eut sans doute été de bon aloi dans le tract électoral... Il aurait été plus exact d’écrire : « Nous avons empêché la facture d’eau d’être très salée ». Mais ce n’est sans doute pas très vendeur...
(*) Le prénom a été changé
Vers un retour à une gestion publique ?
Le retour en régie publique de la gestion de l’eau à Toulouse était un des engagements de Pierre Cohen lors de son élection au Capitole en 2008. Faudra-t-il attendre 2020 et la fin de la concession à Véolia ? La question vaut 100 millions. d’euros. Dans une longue enquête publiée la semaine dernière La Dépêche du Midi revient sur l’un des grands enjeux des prochaines élections municipales.
La concession au privé signée en 1990 pour une durée de 30 ans par Dominique Baudis en faveur de la Générale des Eaux, est devenue depuis Véolia. « La volonté de remunicipaliser ce service est intacte », assure-t-on à la mairie, en soulignant que les enjeux se posent désormais au niveau de la communauté urbaine et de ses 37 communes. le Capitole a obtenu un avenant au contrat portant notamment sur la baisse de 25 % du prix de l’eau et un plan d’investissements de plus de 40 millions d’euros imposé à Véolia. Une compensation en attendant 2020 et la fin de la concession ?
Certains, comme les élus communistes à la mairie, qui font du sujet un point central des prochaines municipales ou encore l’association Eau-Secours 31, n’ont pas l’intention d’attendre pour restaurer « un service public de l’eau au bénéfice de tous les usagers ». D’autant qu’il existe une autre « fenêtre » pour remettre en cause le contrat de Véolia… à l’échéance 2015. En application de la jurisprudence dite Olivet, la caducité de la concession peut en effet être constatée à partir de février 2015.
Une certitude, pour l’usager, une facture publique est en moyenne 20 % moins chère que celle d’un concessionnaire privé, selon l’agence Adour-Garonne. On retomberait alors réellement sur cette fameuse baisse de 25 %.