Syrie: "Témoigner pour empêcher nos jeunes de tomber dans l’endoctrinement"

Dominique Bons, la présidente de l’association toulousaine « Syrien ne bouge agissons », intervient dans le clip de prévention contre l’endoctrinement djihadiste, diffusé par le ministère de l’Intérieur. « J’attends que le gouvernement ne fasse pas l’amalgame entre ces jeunes qui sont des "victimes" et les vrais terroristes » nous dit-elle.

Dominique Bons, la présidente de l’association toulousaine « Syrien ne bouge agissons », intervient dans le clip de prévention contre l’endoctrinement djihadiste, diffusé par le ministère de l’Intérieur. « J’attends que le gouvernement ne fasse pas l’amalgame entre ces jeunes qui sont des "victimes" et les vrais terroristes » nous dit-elle.

Ils te diront... © Ministère de l'Intérieur

 

 

 

 

 par Jean-Manuel Escarnot, Philippe Gagnebet sur www.frituremag.info

Selon le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve 930 français, parmi lesquels se trouvent des mineurs et des familles avec des enfants, seraient du côté des djihadistes de l’Etat islamique en Syrie et en Irak. Les derniers en date sont les trois jihadistes originaires de Toulouse et d’Albi rentrés en France le 22 septembre. Ils étaient partis en Syrie en février dernier. Selon le récit livré à la proches, ils auraient désertés les rangs de l’Etat Islamique car ils refusaient de combattre. « Beaucoup de ceux et celles qui sont partis en Syrie se sont fait bernés. Certains d’entre eux sont partis là bas en croyant ainsi aider le peuple syrien », nous dit Dominique Bons.

Pourquoi avez-vous participé à ce clip de prévention du ministère de l’Intérieur ?

Dominique Bons : C’est un message que je veux faire passer à toutes les familles, même si certaines ne se sentent pas directement concernées pour leur faire comprendre que cela n’arrive pas qu’aux autres. Nos jeunes sont manipulés : au départ ce sont des victimes et non des extrémistes. La technique employée est très pernicieuse. Attention, danger. Cette technique d’endoctrinement varie selon les cas. C’est pour cela qu’il y a trois témoignages bien distincts sur cette vidéo.

Votre fils Nicolas et son demi frère Jean-Daniel sont morts en Syrie. Quel est le message que vous voulez faire passer aux jeunes qui seraient tentés par le djihad ?

Je m’adresse à tous les jeunes. Ne tombez dans cet engrenage d’endoctrinement, car une fois que vous y êtes, vous perdez tous vos moyens, vous subissez un lavage de cerveau, on vous désolidarise de vos proches, de vos amis, de votre façon de vivre. Ce n’est plus vous, on vous fait croire que vous êtes important, que là-bas, dans le pays du Cham (La Syrie selon la dénomination des djihadistes ndlr) vous gagnerez le paradis. En pleine crise d’adolescence, rien de plus facile pour eux de vous détourner de votre vie que vous pensez chaotique. Tout les jeunes passent par la case ado, ce n’est pas évident, bien sûr, on se cherche ! Pour faire du bien, pour aider les autres nul besoin d’aller en Syrie. En fait on vous fait faire le contraire de ce que l’on vous a raconté. Si vous vous sentez une âme de bienfaiteur, de protecteur de l’humanité et si vous souhaitez aider votre prochain, commencez déjà par aider vos familles. Et, si cela ne vous suffit pas, adhérez à une œuvre humanitaire. Réfléchissez ! Mon fils Nicolas et son demi frère Jean-Daniel ont laissé leur vie pour une idéologie incompréhensible.


Selon le ministère de l’Intérieur, trente six français seraient morts en Syrie et en Irak. Vous pointez la difficulté des familles à obtenir des certificats de décès.

Pourquoi les familles concernées n’auraient-elles pas la possibilité d’obtenir un acte de décès ? En plus d’avoir perdu un être cher, elles n’ont même pas la possibilité de rapatrier les corps. Comment peut on faire le deuil ? Leur mort est confirmée, alors je pense que les autorités comprendront ce que l’on peut ressentir et acquiesceront à notre requête.

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Une loi votée sur fond de polémiques
Le texte du ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve a été voté jeudi 18 septembre au matin. Il a été soutenu par l’ensemble des groupes à l’exception des écologistes, qui se sont abstenus.

Blocage de sites Internet
L’autorité administrative pourra demander aux fournisseurs d’accès à Internet (FAI) de bloquer l’accès aux sites faisant « l’apologie du terrorisme », à l’instar de ce que le législateur a déjà prévu pour les sites pédopornographiques. Durant la discussion toutefois, certains députés socialistes et écologistes s’étaient inquiétés du fait que « la notion d’apologie du terrorisme puisse être interprétée de façon extensive ».

Délit « d’entreprise terroriste individuelle ».
Il complétera la mesure phare de la législation française antiterroriste depuis 30 ans, « l’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». L’objectif affiché est de créer un nouvel outil contre ceux que l’on qualifie parfois de « loups solitaires »

Un cadre juridique précis
Pour que le délit soit constitué, il faudra que le projet soit caractérisé par la détention d’objets ou de substances dangereuses (armes, explosifs) et par un second élément matériel (repérages, formation au maniement des armes ou aux engins explosifs, consultation habituelle de sites Internet faisant l’apologie du terrorisme, séjour à l’étranger dans une zone où sont commis des actes terroristes).

Durcissement des peines
C’est sans changement que les députés ont voté le déplacement du délit de provocation ou d’apologie d’actes terroristes de la loi sur la presse de 1881 vers le Code pénal, permettant des délais de prescription allongés et des règles de procédure rentrant dans le régime dérogatoire en matière terroriste.

Selon Bernard Cazeneuve, 932 Français sont impliqués dans des filières vers la Syrie et l’Irak   : 350 sur place, 180 repartis de Syrie, 170 en transit vers la zone et 232 ayant des velléités de départ. Ce nombre est en « augmentation de 74 % en huit mois ».

Sources AFP et le Point

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