Les nouvelles tendances du "consommer autrement"

Magasins bio, livraison de menus sur mesure, épiceries de produits régionaux couplées à des restaurants, tables d’hôtes valorisant les produits de saison… Les lieux qui prônent une alimentation locale et de qualité se multiplient, en ville comme à la campagne, répondant à la demande de plus en plus forte des consommateurs de consommer équilibré, sain et avec du goût. Petit tour d’horizon de ces nouveaux modes de consommation et d’achat dans le grand Sud-Ouest.

par Armelle Parion sur www.frituremag.info

 

Le grand boom du bio
La fréquentation des Biocoop, premier réseau de magasins bio en France, explose. Avec ses 320 points de vente en France, la coopérative s’est très bien implantée dans le Sud-Ouest. « Notre chiffre d’affaires a doublé en un an. Nous avons entre 400 et 500 clients par jour. C’est un vrai succès », témoigne Sylvie Delpech, la gérante de la Biocoop Jean-Jaurès, ouverte en 2011 dans le centre-ville de Toulouse. « Nous n’avons pas seulement des militants, mais beaucoup d’étudiants, de familles et de seniors », ajoute Sylvie Delpech, qui se fait livrer directement par une centaine de producteurs locaux. Avec l’ouverture en mars et en avril de deux nouvelles boutiques aux Minimes à Toulouse, et à Portet-sur-Garonne, l’enseigne atteindra les dix points de vente dans l’agglomération. L’Aquitaine n’est pas en reste avec 12 magasins rien qu’en Gironde. Montpellier et le département de l’Hérault ont seulement 4 magasins pour l’instant.

La vente directe en ville de produits régionaux
Qui a dit qu’il fallait vivre à la campagne pour avoir accès à des produits fermiers ? Des boutiques de vente directe s’installent dans les centres des grandes villes. Ferme Attitude, qui vient de fêter ses deux ans, fait figure de pionnier à Toulouse. 70 producteurs de Midi-Pyrénées associés y vendent fruits et légumes de saison, volailles élevées en plein air, viandes engraissées sur l’exploitation, produits laitiers, pain, conserves et produits d’épicerie. L’absence d’intermédiaires permet de rémunérer à prix juste leur travail. La boutique, qui prône la fraîcheur et la sécurité des aliments, privilégie « l’agriculture vivrière et la transparence des cycles de production, avec des techniques de fabrication traditionnelles ». Récemment installée dans la Ville rose aussi, la coopérative Le Recantou propose un concept équivalent. Composée d’une trentaine de producteurs, tous installés à moins de 60 Km du lieu de vente, l’épicerie associative paysanne ne vend que des produits certifiés sans pesticides et sans OGM.

Des épiceries-restaurants pour consommer sur place ET acheter des produits
Après s’être régalés sur place, les clients peuvent faire quelques emplettes, en parcourant les rayons de vins, les épiceries fines, ou les produits frais. Les épiceries-restaurants combinent une activité de restauration simple, à base de produits du terroir, à une activité de vente alimentaire. On peut citer l’épicerie Lalande ou encore le Goût des autres, à Toulouse, qui cuisine sur place gratins et œufs cocotte, tout en vendant ses alléchants produits du Quercy et du Rouergue. De nombreuses boutiques gourmandes de ce type ont fleuri dans la ville rose. Le créneau se développe également à Bordeaux et à Montpellier. Au Comestible, dans la cité girondine, le chef cuisine devant le client un repas élaboré en fonction d’un budget défini. Il utilise des produits made in Sud-ouest, qui sont également en vente sur place. Chez Gustave, dans le quartier des Beaux-Arts à Montpellier, le client peut choisir de déambuler dans les rayons de condiments, de confitures et de fins bocaux, ou de se sustenter sur place d’une soupe du jour, de pâtes fraîches, ou d’un plat du marché.

L’art du “fast good”, façon camion
Le concept des « Food trucks » vient tout droit des Etats-Unis : il s’agit de camions proposant de la nourriture de qualité dans les zones d’activités ou commerçantes. « Le camion qui fume » à Paris, monté par une chef californienne formée à l’école Ferrandi, aurait été le premier en France. Mais ces restaurants ambulants vantant le « fast-good » s’installent aussi en province, au pied des entreprises. Dans le parc d’activités de Saint-Martin-du-Touch, près de Nemea Toulouse Constellation, Coralie Belmonte sert depuis 7 ans à une centaine d’habitués, dont de nombreux salariés d’Airbus, des plats du jour originaux, des sandwiches au magret de canard et des salades, le tout à base de produits du marché. Un autre restaurateur a monté il y a deux ans un concept de bistrot parisien dans son camion, sur la ZAC de Basso Cambo, à Toulouse. Il se fournit exclusivement chez les producteurs de la région ou en bio. Et Colomiers a depuis peu son « camion gourmand » sur la zone En-Jacca. Enfin, à Montpellier, c’est dans la zone industrielle de Lavérune, qu’a choisi de s’implanter en 2010 un camion spécialisé dans les pizzas bio au feu de bois.

Les tables d’hôtes en ville… ou à la campagne
La Table de William ou La Pente douce conjuguent gastronomie et responsabilité vis-à-vis de l’environnement. Ces deux tables d’hôtes toulousaines composent leurs assiettes de produits de qualité et de saison, issus de producteurs locaux, et achètent leurs vins aux petits producteurs de la région. La Cognée, à Cugnaux, suit le même principe, tout comme le chef Vincent Valat, qui, après onze ans chez les frères Pourcel, propose à sa table, située dans le Vieux Montpellier, une carte inspirée des saisons et du terroir. Mais cette démarche n’est pas l’apanage des villes. On trouve aussi des tables paysannes au Pays Basque, dans le vignoble bordelais... Le Relais du Bastidou à Beaumarché, niché dans la campagne gersoise, a même adhéré au mouvement Slow Food, et organise des séjours « de la ferme à l’assiette ». Ses produits sont tous bio ou issus de l’agriculture "raisonnée" du terroir de Gascogne.

Gastronomie alternative ou menus diététiques à domicile
Ancien chef dans des restaurants étoilés, Gilles Drouillat a opéré un virage à 180 degrés en se lançant en 2009, dans la gastronomie végétarienne et responsable, à Toulouse. Son credo : utiliser les circuits courts et oublier les protéines animales, afin de réduire au maximum l’impact environnemental. « J’utilise beaucoup les légumineuses. Je me suis formé à rechercher un autre équilibre nutritionnel avec l’appui d’ouvrages de diététiciens, de naturopathes, de médecins ». Au-delà de son activité de traiteur, son entreprise Saveurs Vertes propose la réalisation de menus individualisés (sans gluten, sans œufs ou sans lait en cas d’allergies par exemple), ainsi que des stages pour les particuliers et les professionnels.
De nombreuses entreprises surfent sur l’idée d’équilibre nutritionnel, de plus en plus importante aux yeux des consommateurs. Diet chef et Menus Services, par exemple, livrent à domicile des repas établis en fonction des besoins caloriques du client, en intégrant un service de suivi et de conseil. Il s’agit de plats « cuisinés par de vrais chefs » et personnalisés après la visite d’une diététicienne.


Rééquilibrer son alimentation grâce à la naturopathie
Parmi les médecines naturelles qui ont le vent en poupe, la naturopathie, fondée par l’Allemand Benedict Lust à la fin du XIXe siècle, s’intéresse au patient dans son intégralité et cherche à traiter les causes et non les symptômes. La nutrition fait partie des outils qu’elle utilise pour concevoir un programme destiné à rétablir l’équilibre du patient, en centrant son alimentation sur ses besoins et sur les saisons. Mais attention, aucune réglementation officielle ne contrôle la naturopathie. Et les consultations ne sont pas prises en charge par la sécurité sociale.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.