​Coups de crayon sur la rétention

En avril 2012, Jean-Benoît Meybeck, dessinateur toulousain, pénétrait dans les murs du Centre de Rétention de Cornebarrieu aux portes de Toulouse.
En avril 2012, Jean-Benoît Meybeck, dessinateur toulousain, pénétrait dans les murs du Centre de Rétention de Cornebarrieu aux portes de Toulouse. Grâce à la campagne "Migreurop", il a pu rencontrer et dessiner tous les protagonistes de cette zone d’embarquement et de retour pour les sans-papiers foulant le sol français. Sa BD "CRA" sortira en septembre aux éditions le Rond dans l’Ô. Les planches sont publiées dans le N°22 de Friture Mag, au moment où cette semaine, deux enfants de 8 mois et 2 ans ont passé la nuit au CRA.

 par Jean-Benoit Meybeck, Philippe Gagnebet sur www.frituremag.info

"Je suis graphiste indépendant, et j’ai toujours réalisé des bandes dessinées, sans en avoir publié jusque là.
Par ailleurs, je fais partie depuis 2009 de "Tournefeuille Sans Papiers" un collectif d’aide aux personnes "sans papiers" - c’est-à-dire les personnes que l’État refuse de laisser vivre tranquillement ici. Tournefeuille est la commune dans laquelle je réside, près de Toulouse.

En avril 2012, ce collectif a participé à une grande manifestation, organisée par Migreurop et Alternatives Européenne, deux associations internationales de défense des droits des migrants.
Le but de cette campagne est de donner aux citoyens accès aux Centres de Rétentions Administrative (CRA).
Dans ces centres répartis dans toute l’Europe sont enfermées des personnes n’ayant commis aucun crime, aucun délit.
Des personnes qui se sont vues refuser des papiers leur permettant de séjourner dans notre pays.
La manifestation à laquelle participait Tournefeuille Sans Papiers regroupait tous les collectifs de défense des droits des migrants autour de Toulouse, rassemblés sous la bannière du CLIC (Comité de Liaison Inter Collectif), ainsi que des personnalités politiques et des journalistes.
Il s’agissait de tenter de visiter le Centre de Rétention Administrative de Toulouse-Cornebarrieu.

Durant douze jours, entre le 26 mars et le 6 avril 2012, de petites délégations se sont présentées à la porte du Centre et ont demandé à le visiter.
Seuls les parlementaires ont eu l’autorisation de le faire. Les associations et journalistes ont dû se contenter de rendre des visites aux parloirs, à certains migrants dont ils avaient pu récupérer le nom.
Le premier et le dernier jour, ont eu lieu des manifestations rassemblant toutes les associations et militants.

Personnellement, je me suis rendu à ces deux manifestations, ainsi qu’à la visite à laquelle était convié le collectif Tournefeuille Sans Papiers. Mais je n’ai pas rencontré de migrant au centre à cette occasion. Je l’ai fait plus tard, avec Michèle Crémoux du Cercle des Voisins - le collectif de Cornebarrieu, très impliqué dans cette campagne.

Le jour de la dernière manifestation, le 6 avril, nous nous demandions comment donner un fort impact à cette campagne, comment témoigner du sort de ces migrants injustement enfermés et faire prendre conscience à la population des actes qui sont perpétrés en son nom. Il y avait des journalistes, qui ont fait des reportages et documentaires, des associations qui ont recueilli des témoignages, plus tous les témoignages des "visites" au parloir. J’ai alors proposé de réaliser une bande dessinée à partir de tout ce matériel, sans vraiment me rendre compte de l’ampleur de la tâche.

Ces pages sont donc le fruit de deux ans de travail, avec des périodes d’interruptions, d’interrogation, de découragement et de re-motivation. Ce sont les éditions "Des ronds dans l’O" qui ont souhaité publier ce projet, je les en remercie chaleureusement.
Elle sera diffusée à partir de septembre 2014."

http://www.meybeck.net


Des enfants en rétention
(Selon Réseau éducation sans frontières du Gers (Resf 32) une mère et ses deux enfants ont passé la nuit de mercredi à jeudi au sein du Centre de rétention administrative de Cornebarrieu. L’un aurait 8 mois et l’autre 2 ans et aurait une jambe dans le plâtre. Une mesure prise, selon eux, à l’encontre d’une directive de Manuel Valls, alors ministre de l’intérieur. La circulaire donne instruction aux préfets "d’assigner à résidence les familles en alternative au placement en rétention". Mais RESF souligne également que selon la circulaire "les familles de sans-papiers avec des mineurs ne seront plus, en règle générale, placées en centres de rétention, mais assignées à résidence dans des conditions strictes et dans un délai qui ne pourra excéder 45 jours (renouvelable une fois)". En 2013, 74 personnes placées au Centre de rétention de Cornebarrieu avaient des enfants sur le territoire français, selon les chiffres de la Cimade, l’organisme habilité à travailler avec les pouvoirs publics dans le centre.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.