"Témoigner, dire et redire pour que personne n’oublie"

Le 20 avril 1994, Révérien Rurangwa a vu sa vie basculer en assistant au massacre de quarante-trois personnes de sa famille par ses voisins, des gens qu’il croyait ses amis. Laissé pour mort il a survécu et raconté le génocide des Tutsis au Rwanda dans Génocidé. Aujourd’hui il vit en Suisse où il tente de se reconstruire en se battant pour que justice soit faite. Adapté au théâtre par la Compagnie Monsieur Madame, ce texte, Génocidé, sera présenté en avant-première à Toulouse les 12 et 13 novembre. Entretien.

Le 20 avril 1994, Révérien Rurangwa a vu sa vie basculer en assistant au massacre de quarante-trois personnes de sa famille par ses voisins, des gens qu’il croyait ses amis. Laissé pour mort il a survécu et raconté le génocide des Tutsis au Rwanda dans Génocidé. Aujourd’hui il vit en Suisse où il tente de se reconstruire en se battant pour que justice soit faite. Adapté au théâtre par la Compagnie Monsieur Madame, ce texte, Génocidé, sera présenté en avant-première à Toulouse les 12 et 13 novembre. Entretien.

par Jean-Manuel Escarnot sur www.frituremag.info

Pourquoi avez-vous écrit ce livre Génocidé ?

Témoigner, dire et redire pour que personne n’oublie et ne sombre dans l’indifférence et le je-m’en-foutisme du génocide des Tutsis. C’est ma façon de dire aux nôtres qu’ils ne sont pas finis, qu’ils vivent en nous rescapés.

Le retour à la paix civile au Rwanda passe-t-il par une forme de pardon envers ceux qui ont participé au génocide des Tutsis ?

Il y ce qui est pardonnable et ce qui ne l’est pas. Comment peut-on pardonner à quelqu’un qui a déclaré qu’il était « fatigué de tuer jours et nuits ».


Des génocidaires, passibles de condamnations pour leur participation aux massacres de Tutsis, vivent à l’abri des poursuites en France et en Belgique.

  Aujourd’hui encore je dois faire attention quand je me déplace en France. J’étais invité à Rouen au début du mois d’avril à une conférence pour la 20ème commémoration du génocide des Tutsi du Rwanda. Mes contacts sur place m’ont averti de ne pas aller dans certains bars de la ville car ils étaient fréquentés par des génocidaires. J’avais 15 ans quand j’ai vécu tout cela. Je suis révolté de voir que vingt ans après certains de nos tortionnaires n’ont aucun regret. Très peu de rescapés ont osé témoigner.

Que pensez-vous de l’attitude de la France ? Reconnaît-elle sa part de responsabilité dans le génocide des Tutsis ?

La responsabilité de la France dans le génocide est prouvée. En 2010 Nicolas Sarkozy en visite à Kigali (la capitale du Rwanda ndlr) a dit : « je reconnais les graves erreurs de la France ». Qu’il nous dise de quelles erreurs il s’agit. Le minimum serait de les reconnaître précisément. Comment affirmer « plus jamais ça » si personne ne reconnaît les faits. Ce que je vois c’est que la France continue d’accueillir des Hutus génocidaires. Qu’attendent les ministères des Affaires étrangères et de la Défense pour ouvrir leurs archives à la justice et aux historiens ?

Comment le Rwanda surmonte t-il cette catastrophe ?

Au niveau de l’éducation la différence entre Hutus et Tutsis n’existe plus. C’est encore trop tôt pour savoir ce que cela va donner. J’espère que cela va continuer. J’espère que les enfants de ces enfants vivront dans un nouveau Rwanda de paix, de miel et de lait. Le Rwanda est un petit pays. Nous sommes obligés de vivre ensemble Hutus et Tutsis.
Le Rwanda c’est le Singapour de l’Afrique. 70% de la population a une assurance maladie. L’armée rwandaise intervient dans le cadre de l’ONU au Darfour, au Mali et à Haïti. Aujourd’hui malgré ma douleur je me sens fier d’être Rwandais. Je me bats pour que les rescapés du génocide se relèvent, se reconstruisent. Je m’engage politiquement dans ce sens.

Parlez-nous de l’adaptation de votre livre au théâtre.

C’est difficile de transmettre l’intransmissible. En même temps un génocide n’a pas de frontières. Le travail de mémoire de Génocidé se prolonge dans cette adaptation théâtrale présentée pour la première fois les 12 et 13 novembres prochains à Toulouse. Cela me permet de faire revivre ma famille. C’est ma raison de vivre. Je sais que je souffre pour quelque chose.

Sur quoi travaillez vous ?

Je travaille sur la suite de Génocidé. Je veux mettre le vécu des rescapés sur le papier. J’écris aussi des poèmes. Chaque année j’écris un poème au mois d’Avril (date du génocide rwandais ndlr). C’est ma façon de dire aux miens que je les aime.

--------------------------------------------------------------------------------------------------

Génocidé, 1er novembre à 17h à Mix Arts Myrys, 12 rue Ferdinand Lassalle, présentation du travail d’atelier autour du texte de Révérien Rurangwa.

Le 12 novembre à 20h30 et le 13 novembre à 19h avant- première de l’adaptation théâtrale par la Compagnie Monsieur Madame.

Génocidé de Révérien Rurangwa aux éditions J’ai Lu (5 euros)

Liens : www.ibuka-france.org

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.