«53, rue Gabriel Péri», un projet d’habitat participatif

Depuis 2010, Anne-Sophie Terral, journaliste, a suivi avec sa caméra un groupe de 15 foyers lancés dans un projet d’habitat coopératif à Pamiers (Ariège).

Documentaire Habitat Participatif - Pamiers (09) © Friture Mag
Depuis 2010, Anne-Sophie Terral, journaliste, a suivi avec sa caméra un groupe de 15 foyers lancés dans un projet d’habitat coopératif à Pamiers (Ariège). L’objectif est de suivre leur aventure humaine en allant du collectif vers l’intime, vers ce qui a poussé chacun vers ce projet : l’envie d’être moins seul, de construire quelque chose ensemble, ou encore de faire revivre la ville. Le projet (et donc le tournage) est actuellement en pause. Mais une partie du groupe cherche un nouveau bâtiment avec la très forte envie de continuer.

 

Retour en arrière

Histoire des pionniers dans le Far West de l’habitat participatif

Il était une fois une ville moyenne (16 000 habitants), dont le centre avait été vidé à coup de construction de supermarchés et de résidences pavillonnaires en périphérie. Dans les rues, les urbanistes parlaient de « manque de mixité sociale » et les derniers commerces de proximité tentaient de résister à l’appel du large.

Par Anne Sophie Terral sur www.frituremag.info

 

C’est là, dans ce début de conte moderne (adaptable à combien de villes françaises ?) qu’intervient un groupe d’irréductibles citoyens. Nous sommes à Pamiers, en 2010. A l’époque, Bernard Brunet, infatigable militant écologiste (co-fondateur de la Scop SAPIE entre autres) installe de grands panneaux dans le hall de la mairie.

Des schémas y expliquent ce qu’est l’habitat participatif ou habitat groupé. Une façon de vivre ensemble en étant chacun chez soi. Chacun a son appartement mais il y a des espaces collectifs : le jardin, une buanderie, un lieu culturel ou encore une chambre d’amis. Un projet autogéré par les futurs habitants dont l’objectif suprême serait de re-dynamiser un centre-ville à bout de souffle. En fonction des revenus, certains pourraient être locataires du futur immeuble, d’autres accédants à la propriété.

En pleine crise du logement, l’idée tombe à pic. Suite à la journée d’information, le projet fait déjà briller les yeux de plusieurs foyers. 15 familles pour être précis. Soit 25 personnes allant de 3 mois à 70 ans. Un immeuble à vendre en plein centre est aussi trouvé dans la rue Gabriel Péri, artère principale du centre ancien. Au 53. C’est un vieil et bel édifice délabré du XIXème siècle dont la façade invite déjà au rêve. L’aventure peut alors commencer dans ses 1600 m2 où tout est à construire. Au fil de réunions-auberge espagnole en fin de journée, les futurs habitants-coopérateurs se mettent à la tâche : trouver des architectes, définir une option architecturale, imaginer un montage financier et juridique solide. Le travail abattu collectivement durant trois années sera immense.

Intergénérationnel, mixte socialement, écologique

Au début de l’histoire, ces trois adjectifs définissaient le projet d’habitat. Qu’est-il resté de tout cela trois ans après ? Intergénérationnel, le projet l’est toujours resté. Même chose pour la mixité. Grâce à ces deux caractéristiques, l’aventure humaine a dès le début été très riche et saine, grâce aussi à la mise en place d’outils de prise de décision collective plutôt efficaces.

Ecologique ? Le groupe a du restreindre peu à peu ses exigences environnementales face au coût du projet, qui est vite devenu le gros handicap de cette histoire, le nerf de la guerre. Les rabat-joie diront qu’ils s’en doutaient. Après une première année porteuse, la calculatrice et les tableaux financiers ont fini par imposer leur loi et leur verdict. Le prix au m2 du projet défini par les architectes ne passait pas dans les prévisions de départ. A ce stade du récit, vous vous en doutez déjà. Ce projet là, au 53 rue Gabriel Péri, n’a finalement pas abouti.

La faute à l’architecte ? Au propriétaire qui voulait vendre son immeuble en ruine un peu trop cher ? La faute au coût trop élevé de la rénovation en centre-ville ? Aux futurs-habitants, qui ont poussé le rêve un peu trop loin ? A la mairie, qui n’a pas assez soutenu le projet ? Surement un peu de tout cela.

Enfin un cadre juridique

 

En suivant ce genre de projet, on comprend aussi à quel point ces associations d’habitants ont fait figure de pionnières. Dans un cadre législatif jusqu’alors totalement inexistant, sur-dopés à l’envie de changer les choses, ils ont du inventer eux-mêmes des montages financiers et juridiques originaux à leur risque et péril. Comment encadrer la propriété collective quand tout est fait pour penser la propriété privée ? Un véritable casse-tête.

Aujourd’hui, la loi présentée par Cécile Duflot veut enfin donner un statut légal aux logements dits « participatifs » (elle a été votée au Sénat en première lecture en octobre). La France pourra enfin rattraper son retard quand le statut de coopérative d’habitants existe déjà dans de nombreux pays européens.

A Pamiers, forts de leur première expérience, avec sa part de réussites et d’échecs, certains foyers se sont mis en recherche d’un autre bâtiment, cette fois dans un contexte plus clément. Ils n’ont pas renoncé à monter un projet d’habitat participatif dans le centre de Pamiers. La fin du conte moderne n’est donc pas encore écrite.

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