A Decazeville (Aveyron), la vie après le charbon

Un article de Christophe Pélaprat, sur ce bassin houiller qui a vécu 100 ans au rythme du charbon, et dont la recoversion est lente et difficile.

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"Née pour le charbon, dévastée par la perte irréversible de son industrie, Decazeville n’est pas une ville comme les autres. Mais si la rupture fut douloureuse, ce n’en est pas pour autant une agglomération sinistrée. L’énergie, à défaut d’être fossile, se retrouve aujourd’hui dans la vitalité de ses habitants.

On l’appelle toujours le bassin. Il porte encore les stigmates de l’intense activité industrielle qui fit son heure de gloire. Collines noircies et pelées, bâtiments décrépis, densité d’un habitat disparate blotti le long d’une vallée étroite ; malgré une intense reconversion, les entrées de Viviez et de Decazeville n’incitent pas à l’arrêt touristique et tranchent d’emblée avec les charmes de la campagne environnante.
« Les jeunes pâtissent de cette représentation de la ville, de ce regard négatif de l’extérieur, constate-t-on à l’association des jeunes 2KZ. Le bassin est à part du reste du département, il est stigmatisé, avec un paysage qui valide cette impression ».
« La cessation d’activité a créé un changement d’échelle, tout un pan de l’économie s’est réduit. On se sent en décalage », confie un ancien travailleur de l’industrie déchue.

Ville-champignon établie à la fin du 19e siècle dans une vallée déserte, Decazeville a perdu il y a cinquante ans sa raison d’être. Le bassin fut l’un des premiers sites miniers à fermer en France, après avoir représenté l’un des plus importants gisements de charbon d’Europe. Il a subi de plein fouet la fermeture des mines et de son complexe sidérurgique dés les années 60, jusqu’à l’arrêt de la « découverte », l’immense mine à ciel ouvert, en 2003. Non par manque de charbon, qui est toujours là, à fleur de sol, mais parce que la politique industrielle de la Société Européenne du Charbon et de l’Acier en avait décidé autrement.

« C’est une ville en crise, explique Jean-François Marriot, de l’association Mescladis. Après le départ massif d’une grande partie de la population, c’est toujours une cité de transition, qui a peur de disparaître aussi vite qu’elle est apparue ».

Outre la crise économique, le charbon et la sidérurgie ont dispensé leur lot de risques : certains sols sont pollués en profondeur, la présence de cadmium dans les cours d’eau est avérée et, si la silicose ou le saturnisme n’ont plus lieu d’être aujourd’hui, il reste comme ailleurs le cancer dû à l’amiante.

Des métiers difficiles, des coups de grisou, et une histoire de lutte qui ont incité les habitants à s’unir. Des années 1860 où la troupe tirait sur la foule aux grandes grèves dont Decazeville va fêter en 2012 le cinquantenaire, une culture du bassin est née, pour laquelle la solidarité n’est pas un vain mot. L’attachement des habitants à leur travail les a conduits depuis longtemps à s’adapter et à rebondir, pour défendre leur emploi, leur cadre social, bref leur lieu de vie. « Cette culture permet qu’on se retrouve dans les moments difficiles, et il y en a eu beaucoup », affirme David Gistau, responsable syndical CGT.

C’est ici qu’est née la formule « Vivre et travailler au pays », la même qui prévaut aujourd’hui lorsqu’il s’agit de défendre l’hôpital et les services publics. « Le bassin est un endroit où les gens ont envie de travailler, ce n’est pas qu’un lieu de lutte, ajoute-t-il. On veut simplement vivre ici, à la campagne, on est là pour dire qu’il y a toujours un espoir sur ce bassin ».

Reconversion difficile

Mais, après 180 ans de monoculture industrielle, la reconversion est difficile. Si l’économie du bassin est en plein renouveau, notamment grâce à la volonté d’industriels locaux, beaucoup d’entreprises de reconversion ont su à une époque profiter de la situation en bénéficiant d’aides sans pour autant pérenniser leur activité. D’autre part, la reconversion d’anciens mineurs vers d’autres métiers n’a pas toujours été simple.

De nombreux chantiers restent ouverts : la dépollution et la reconquête d’immenses friches industrielles en nouvelles zones d’activités, la dégradation de l’habitat du centre-ville, la reconversion énergétique d’équipements qui se chauffaient au charbon jusqu’en 2002. « On utilisait l’énergie en circuit court », ironise Jean-louis Calmettes, adjoint à la mairie.

Culture de l’énergie héritée de son passé ? Toujours est-il que Decazeville fut l’une des premières collectivités en Midi-Pyrénées à mettre en place un plan climat local et un plan global de déplacement. Son Agenda 21 vise les économies d’énergies et les renouvelables, le projet de centrales photovoltaïques sur d’anciens sites miniers et la conversion au bois sont envisagés.
Conserver et mettre en valeur le patrimoine industriel est une autre manière de rebondir. Grâce au travail de l’ASPIBD (Association de Sauvegarde du Patrimoine Industriel du Bassin de Decazeville), qui n’a de cesse de collecter et de sauvegarder le patrimoine local, la mémoire fait figure de projet d’avenir. « La principale richesse du bassin est aujourd’hui dans sa ressource humaine et sa culture », assure l’association.
Outre un riche patrimoine bâti aux noms évocateurs (le Bâtiment des soufflantes, l’Allée des ingénieurs, l’Hôtel des célibataires…), d’anciens sites miniers, sur lesquels la nature reprend vite ses droits, sont reconvertis en espaces naturels et de loisirs. La fameuse « découverte », à deux pas du centre-ville, devient un lieu de détente de proximité, fièrement orné de l’unique chevalement rescapé, emblème de la mine.

 

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