Le photographe qui scrute les mémoires

Le photographe toulousain Philippe Guionie a adapté sa formation d’historien à sa passion pour la photographie. Il en résulte un important travail, entre documentaire et ethnologie, entamé en Afrique, qui se poursuit aujourd’hui sur l’autre rive de l’Atlantique.
Le photographe toulousain Philippe Guionie a adapté sa formation d’historien à sa passion pour la photographie. Il en résulte un important travail, entre documentaire et ethnologie, entamé en Afrique, qui se poursuit aujourd’hui sur l’autre rive de l’Atlantique.


 

par Philippe Gagnebet sur www.frituremag.infotirailleur_senegal_2008_ph.g_077-fe51a-25faf.jpg

 

Son projet : construire une oeuvre autour de la mémoire des peuples noirs d’Afrique. Itinéraire en noir et blanc d’un auteur qui travaille son humilité face au sujet, et donc à l’histoire, et soigne particulièrement le traitement de la bichromie, signe des exodes, des exils et de la différence de peau sur fond de mémoires douloureuses ou enfouies.


Philippe Guionie a beaucoup voyagé. D’abord en empruntant les itinéraires sinueux d’études qui devaient le mener tout droit à exercer le métier de prof, suite à un Capes d’histoire, mais qui font de lui aujourd’hui un des photographes français les plus vu et exposé. Venu très tardivement à la photo, il s’est découvert lors de séjours en Afrique de l’Ouest une passion pour la prise de vue noir et blanc, symbole des grands portraitistes humanistes des années 50 et 60. C’est lors d’un périple au Bénin qu’il commence à se rapprocher de l’autre, un appareil collé sur le nez. Rentré en France il fait tirer ses premiers rouleaux, participe au prestigieux prix Ilford... et le remporte. Il se découvre un parrain, Willy Ronis, et commence alors une longue immersion dans la chambre noire et celle des mémoires. Nous sommes à la fin des années 90, et dès lors, il a trouvé sa voie.

Depuis, le jeune photographe de 39 ans n’en finit pas de faire des allers-retours avec le continent noir, d’en ramener images sur images composées sur un vieux Rolleiflex, tout en travaillant pour des journaux et magazines dans tous les domaines. Son travail à ce jour le plus intéressant, déjà exposé maintes fois en France et à l’étranger, prend sa source aussi dans l’histoire, coloniale et dramatique des anciens Tirailleurs sénégalais rencontrés dans le pays de Senghor mais aussi sur d’autres contrées, et même dans des quartiers toulousains, un des volets intéressants de son travail. Profonds, émouvants, nostalgiques, ces portraits sont le fruit d’une approche sociale et au long court que peu de photographes pratiquent de nos jours. Obstiné, très documenté, mais aussi excellent communicant, Philippe Guionie suivra pendant près de 10 ans les rescapés de cet épisode souvent occulté de l’histoire coloniale. Sans donner de leçon ni tomber dans le voyeurisme.

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©Philippe Guionie/Myop

Retour en Afrique de l’Ouest

Avec, depuis mi-octobre, une autre exposition présentée au Château d’Eau à Toulouse, il est devenu le premier photographe toulousain, après Jean Dieuzaide, à investir la fameuse tour surplombant la Garonne. C’est cette fois sur l’émigration des populations noires d’Afrique vers l’Amérique du Sud qu’il s’est penché. Si cette série semble plus "diffuse", moins émotive, et peut-être trop ambitieuse par rapport à ses précédentes, elle se veut la suite logique de tout ce travail entamé entre mémoires et migrations, et constitue en cela une "oeuvre". Un mot presque oublié à l’heure du déferlement des images et de la sur-abondance de l’illustration. Son oeil est parti divaguer sur les traces de ces émigrés, de la Colombie au Chili, et propose une soixantaine de portraits présentés dans l’ouvrage "Africa – América".

Dès la fin de l’année, entre des cours donnés à l’école de photo ETPA à Toulouse, l’animation de stages, d’autres expos à venir à Paris, il repartira sur la route d’autres peuples. Cette fois, c’est certainement du côté du Mali, dans le nord du Sénégal, en Mauritanie ou au Soudan qu’il suivra les peuples Peuls. On se délecte déjà des visages et de la rencontre avec ceux qui, d’abord nomades menant leurs troupeaux, se sont majoritairement sédentarisés. La plupart musulmans, leur dispersion et mobilité ont favorisé les échanges et les métissages avec d’autres populations. De quoi aiguiser l’oeil du photographe voyageur. Dans des temps retrouvés et les espaces du monde.

  • Cet article, ainsi que d’autres photographies, seront à découvrir dans le prochain numéro du magazine papier de Friture mag, sortie le 16 novembre

Documentaire Africa-America from Polka Image on Vimeo.

  • ph.guionie_diaphane__32120c-18ea4-62f8c.jpg Africa-America sera présentée sur trois supports d’octobre à janvier 2012 à Toulouse et Paris. Cette série bénéficie du patronage de la Commission française pour l’Unesco et des soutiens de la Fondation Alliance française et des Alliances françaises au Venezuela, Colombie, Equateur et Pérou.

Une exposition muséale de grande ampleur (72 pièces) est présentée à la galerie du Château d’Eau à Toulouse (1, place Laganne) du 20 octobre au 31 décembre 2O11. Vernissage le jeudi 20 octobre à 18 heures et à la galerie Polka à Paris (12, rue Saint Gilles, 75003 Paris) du 08 novembre 2011 au 30 janvier 2012. Vernissage le 08 novembre 2011 à 18 heures.

Un ouvrage est édité aux éditions Diaphane, textes de Christian Caujolle et Jean-Christophe Rufin (en trois langues : français, espagnol,anglais), 230 pages, 45 euros.

Un film de 12 minutes réalisé par François Tisseyre.

Un cycle de conférences est dès à présent fixé à Toulouse et Paris affiche_expo_ch-teau_d-eau-cf802-bb4d2.jpg d’octobre à décembre 2011 avec Christian Caujolle, Jean-Christophe Rufin....

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