Non à la présence de la police à l'école!

Tout commence par une vidéo postée par un élève mettant en scène un élève d’un lycée professionnel de Créteil qui menace d’une arme factice une enseignante pour qu’elle le note « présent » à son cours.

La répression comme réponse à la violence sévissant dans le milieu scolaire

Cette vidéo émeut l’opinion publique et tourne largement sur les réseaux sociaux jusqu’à atteindre le milieu enseignant. Dimanche 21 octobre, vers 20 heures, la twittosphère de professeur·e·s s’enflamme. En l’espace de quelques heures, des centaines d’enseignants ont posté, sous le hashtag #PasDeVague, des témoignages de violences subies par les équipes pédagogiques.

L’enseignante menacée porte plainte, le rectorat de Créteil a condamné « très fermement cet acte », tandis que le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer s’est empressé de lancer un plan d’actions contre les violences à l’école. Un « comité stratégique » s’est réuni vendredi 26 octobre pour le mettre en œuvre. Les mesures seront vraisemblablement axées sur la répression comme l’ont laissé entendre les ministres intégrant ce comité (Jean-Michel Blanquer, Christophe Castaner et Nicole Belloubet). Il s’agira d’autoriser la présence des forces de l’ordre dans les établissements, la création de permanences policières dans les écoles, le renforcement des sanctions dans le cadre des conseils de discipline voire l’imposition de travaux d’intérêt général pour les élèves1.

Nous ne sommes pas dupes. Derrière cet arsenal de mesures se cache la volonté de porter la responsabilité des violences en milieu scolaire sur le dos des élèves et des familles des quartiers populaires.

Source : Page "La méthode Blanquer" sur Facebook Source : Page "La méthode Blanquer" sur Facebook

Que nous dit #PasDeVague sur l’école ?

En tant que parents et membres de la communauté éducative, nous sommes émus par la détresse dans laquelle se trouvent de nombreux·ses enseignant·e·s, notamment les contractuels, les remplaçant·e·s et les néo-titulaires obligés d’aller au charbon sans formation ni accompagnement et souvent mal rémunérés. Nous exprimons donc toute notre solidarité à ces professeur·e·s.

Pour autant, il faut prendre distance avec cette émotion légitime et réfléchir aux causes réelles de la violence scolaire. Notre point de vue, au Front de Mères, est de considérer cette situation comme le résultat d’un phénomène structurel. La violence est malheureusement constitutive de l’école française. Les classements des établissements, des enseignant·e·s et des élèves, leur mise en concurrence imposent une grande pression sur les acteurs de l’éducation. L’inégale répartition des moyens alloués aux établissements selon leur territoire (comme vient de le montrer un rapport du Conseil national d'évaluation des politiques scolaires) se traduit par la suppression en 2019 de 2600 postes de professeurs de secondaire et 400 postes d’administratifs2. Par conséquent c’est le ministère lui-même qui favorise sinon crée le terreau idéal pour l’explosion de la violence.

Que faire pour lutter vraiment contre la violence ?

- S’impliquer dans la vie de nos écoles et s’organiser collectivement comme nous le faisons au Front de Mères.

- Ne pas stigmatiser les élèves des quartiers populaires et issus de l’immigration postcoloniale comme les seuls responsables de cette violence. Les témoignages de nombreux professeurs montrent que les situations difficiles et violentes ont lieu dans d’autres quartiers et établissements, y compris dans le 16e arrondissement ou à Neuilly-sur-Seine.

- Nous dénonçons le traitement médiatique et judiciaire différencié, utilisé pour stigmatiser les élèves des établissements déjà les moins dotés en personnel et en moyens financiers. Ainsi, on constate qu’il n’y a pas eu la même mobilisation lorsqu’en mars 2017, Killian, fils d’un conseiller municipal filloniste et étiqueté FN de Grasse, s’est présenté dans son lycée lourdement armé (fusil, deux armes de poing et deux grenades), a tiré avec le fusil et blessé quatre personnes. Nous n’avions pas vu la même réaction de la part du ministre face à un acte aussi grave. Et aux dernières nouvelles, Killian pourrait même être libéré3 !

- Nous nous opposons donc fermement à la présence des forces de police dans les écoles car elles seront exclusivement concentrées dans les quartiers populaires, pour mieux discipliner et contrôler nos enfants. Le tout sécuritaire ne stoppera pas la violence : elle ne fera que l’attiser.

- Il faut au contraire déployer des moyens de manière équitable car contrairement au discours officiel, nous observons que l’Etat ne donne pas plus aux territoires défavorisés mais à ceux qui le sont déjà4.

Une école plus juste, inclusive et bienveillante sera forcément une école moins violente.

FRONT DE MÈRES

 

1 « Violences scolaires : les mesures-chocs du gouvernement font polémique », Le Point, 27/10/18, URL : https://www.lepoint.fr/education/violences-scolaires-les-mesures-chocs-du-gouvernement-font-polemique-27-10-2018-2266448_3584.php

2 « En 2019, 2 600 postes seront supprimés au collège et au lycée, et 1 900 créés dans le primaire », Le Monde, 19/09/18, URL : https://www.lemonde.fr/education/article/2018/09/19/en-2019-2-600-postes-seront-supprimes-au-college-et-au-lycee-et-1-900-crees-dans-le-primaire_5357461_1473685.html

3 « Killian, l'auteur de la fusillade de Grasse, pourrait être remis en liberté », Nice-Matin, 15/03/18, URL : https://www.nicematin.com/justice/killian-lauteur-de-la-fusillade-de-grasse-pourrait-etre-remis-en-liberte-212462

4 « L'Éducation nationale donne-t-elle vraiment plus aux élèves défavorisés ? », Libération, 24/10/18, URL : https://www.liberation.fr/france/2018/10/24/l-education-nationale-donne-t-elle-vraiment-plus-aux-eleves-defavorises_1686504?fbclid=IwAR0lJ53p27C9x3aBlpUPNEtJPPi8NjE_b4AAPzF3ibOvP9EbvmOIeRQzu6Q

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