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Billet de blog 4 oct. 2021

Pour en finir avec le rôle positif de la colonisation

Des "camps de concentration" (Jacques Dumas, 1904) à la réponse cinglante de Georges Clemenceau à Jules Ferry - Chroniques.fr.dz salah guemriche... Nazisme : un colonialisme esclavagiste intra-européen.

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Le colonialisme français, sa "mission civilisatrice", ses zoos humains, camps de concentration et massacres coloniaux, néocolonialisme en la Françafrik et au Moyen-Orient des "mandats"... Mots d'ordre : NIER, NIER, NIER !!!

Telle est, en la République Une et Indivisible, la trame souterraine de la politique "intérieure" d'aujourd'hui, celle des Ciotti, Le Pen, Macron, Val, Valls, Zemmour and Company : NÉGATIONNISME D'ÉTAT.

Tel est le vrai motif de la stigmatisation permanente des "populations issues de l'immigration post-coloniale" (expression administrativement consacrée), opération financée par l'oligarchie hexagonale : enfants des témoins des turpitudes coloniales, ces gens sont un danger mortel pour la classe dirigeante et ses valeurs boursières gagées sur les produits du néocolonialisme, d'où accusations récurrentes de "communautarisme", "séparatisme", "délinquance" et "terrorisme, etc.

Et comme le montre la répression sauvage de la classe ouvrière française (dont Gilets jaunes et anti "pass") depuis deux quinquennats, le privilège blanc n'est une assurance non violence policière et judiciaire que s'il s'habille de soumission à l'oligarchie.

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Pour en finir avec le rôle positif de la colonisation. #chroniques.fr.dz #salah guemriche © Salah Guemriche

Salah Guemriche - 105 abonnés

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Camps de concentration (Wikipedia)

L'expression « camp de concentration » est construite à la fin du xixe siècle. La première utilisation de ce terme concerne la seconde guerre des Boers (1899-1902), comme innovation britannique. Il est inspiré du terme espagnol « reconcentración », utilisé par les Espagnols pendant la guerre d'indépendance cubaine (1895-1898).

Il y a eu également les camps de concentration construits par le général Lothar von Trotha dès 1904, comme le camp de concentration de Shark Island en Namibie pour éliminer le peuple Herero opposé à la colonisation entreprise par le gouverneur Heinrich Göring et aux armées du chancelier Von Bülow. Le désastre humanitairefut effrayant : plus de 70 000 Hereros morts avant ou dans les camps de concentration (pour cause de malnutrition, mauvais traitements, exécutions sommaires des malades ainsi que des plus faibles). Il ne faut pas oublier les expériences anthropologiques, scientifiques et médicales transformant les prisonniers hereros en cobayes humains.

Première Guerre mondiale

D'une manière générale, tous les pays liés à la Première Guerre mondiale ont ouvert des camps pour regrouper les civils des nations ennemies : camps pour Allemands en Australie, pour Belges en Afrique allemande, pour Autrichiens en Russie, etc.. Au Royaume-Uni, 32 000 étrangers ou espions supposés ou Irlandais après 1916, ont été enfermés dans des camps comme le champ de course de Newbury, puis dans une prison de l'île de Man qui n'était pas prévue pour des civils. Des tailleurs juifs de Londres, issus de Galicie (donc de l'Autriche-Hongrie) sont aussi internés dans des camps.

La France a utilisé des camps de concentration durant la Première Guerre mondiale, dont ceux de Pontmain ou de Crest, pour y enfermer les ressortissants allemands, austro-hongrois et ottomans présents sur son territoire à l'ouverture des hostilités. De nombreuses îles françaises de la Manche, de l'Atlantique et de la Méditerranée ont été utilisées pour implanter de tels camps.

Entre-deux-guerres

L’entre-deux-guerres fut une période de grand développement des camps de concentration et de perfectionnement des méthodes de soumission, d’exploitation économique et d’extermination des catégories jugées « nuisibles », à mesure que se multipliaient les systèmes politiques totalitaires.

Des bagnes appelés katorgas existaient déjà dans l’Empire russe notamment dans les zones peu peuplées de l’Extrême-Orient russe, donnant à ces contrées une réputation de punition. Pendant la Révolution russe, ils furent abolis par la République russe après la révolution de Février, mais rétablis en septembre 1918 par la Russie soviétique après celle d’Octobre : réorganisés en camps de travaux forcés, ils peuvent être comparés à des camps de concentration puisqu’ils fonctionnent en dehors d’un système judiciaire régulier et réunissent un grand nombre de détenus dans des conditions très dures. Le réseau de camps de travaux forcés de l’URSS compta à son apogée plus de 650 camps (des « villes-prisons » dont plusieurs dizaines regroupaient entre 5 000 et 10 000 prisonniers) ; il reçut en 1930 le nom de Goulag. Il était géré par la police politique (Tchéka, Guépéou, NKVD) comme instrument de terreur et d’expansion économique. Cette administration pénitentiaire connut une croissance constante jusqu’à la mort de Staline, à mesure que de nouvelles catégories de citoyens étaient incarcérés et déportées, et que ses prérogatives économiques se développaient.

Des camps de concentration ont aussi été créés par l’Italie fasciste en Libye italienne pour permettre le contrôle des populations libyennes et dans le but de priver la rébellion dirigé par Omar Al Mokhtar de tout soutien, mais des opposants politiques au fascisme y sont également détenus.

En France, le décret-loi du 12 novembre 1938 du gouvernement Daladier prévoit l’internement des « indésirables étrangers », élargi par la loi du 18 novembre 1939 qui permet l’internement « de tout individu, Français ou étranger, considéré comme dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Dès 1939, les camps d’internement français furent utilisés, moins dans un but de défense du pays que pour rassembler les quelque 450 000 réfugiés espagnols (réfugiés républicains fuyant l’avancée du camp franquiste) arrivés en France en moins d’un mois, soit le premier plus grand déplacement de population en Europe occidentale du xxe siècle. Ces camps étaient situés à Vernet, Gurs17, Rivesaltes, Argelès-sur-Mer et Agde. Si, au départ, les autorités françaises furent dépassées par la gestion du nombre de réfugiés amenant une situation sanitaire déplorable au sein de ces camps, très rapidement des mesures furent prises afin d’améliorer les conditions de vie des réfugiés et ainsi faire chuter la propagation de maladies, notamment la dysenterie...

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[Encyclopedia Universalis] NAZISME : UN COLONIALISME ESCLAVAGISTE INTRA-EUROPÉEN

[Histoire coloniale, et post coloniale juillet 2006] Après un texte de J.-P. Dubois dans Esprit,“nazisme et colonisation”
un débat à poursuivre

[Le Diplo, mai 2005] Les Noirs sous le nazisme

[France Culture, août 2020] Frantz Fanon, l’expérience vécue du racisme colonial sur le front de la Deuxième Guerre mondiale (podcast)

[Nofi Media] Aimé Césaire : « La colonisation travaille à dé-civiliser le colonisateur » 

Par Makandal Speaks

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« Discours sur le colonialisme » d’Aimé Césaire, le chantre martiniquais de la Négritude est sans conteste l’un des textes fondamentaux de la littérature post-coloniale. Cet essai traite de ce que Césaire qualifiait d’épouvantable affaire de la mission civilisatrice européenne. Selon l’ancien maire de Fort-de-France, plutôt que d’élever le monde non-occidental, les colonisateurs ont dé-civilisé les colonisés.

AIMÉ CÉSAIRE : « LA COLONISATION TRAVAILLE À DÉ-CIVILISER LE COLONISATEUR »

Ceux qui sont familiers de l’œuvre d’Aimé Césaire le savent, pour cet ancien poète et homme politique, racisme, barbarie et colonialisme étaient synonymes. Pour Césaire, la colonisation était une forme de déshumanisation née du racisme de l’Europe à l’égard des populations noires en Afrique et dans ses Caraïbes. De plus, pour le co-fondateur du mouvement de la Négritude, Hitler n’était un monstre aux yeux des Européens que parce qu’il avait appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique.

En somme, la colonisation était vue par Aimé Césaire comme du nazisme appliqué aux populations non-blanches. Voici un puissant extrait de « Discours sur le colonialisme » : « […] J’admets que mettre les civilisations différentes en contact les unes avec les autres est bien ; que marier des mondes différents est excellent ; qu’une civilisation, quel que soit son génie intime, à se replier sur elle-même, s’étiole ; que l’échange est ici l’oxygène, et que la grande chance de l’Europe est d’avoir été un carrefour, et que, d’avoir été le lieu géométrique de toutes les idées, le réceptacle de toutes les philosophies, le lieu d’accueil de tous les sentiments en a fait le meilleur re-distributeur d’énergie.

Mais alors je pose la question suivante : la colonisation a-t-elle vraiment mis en contact ? Ou, si l’on préfère, de toutes les manières d’« établir contact », était-elle la meilleure ?

Je réponds non.

Et je dis que de la colonisation à la civilisation, la distance est infinie ; que, de toutes les expéditions coloniales accumulées, de tous les statuts coloniaux élaborés, de toutes les circulaires ministérielles expédiées, on ne saurait réussir à extirper une seule valeur humaine.

Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viêt-nam une tête coupée et un œil crevé – et qu’en France on accepte –, une fillette violée – et qu’en France on accepte –, un Malgache supplicié – et qu’en France on accepte –, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et « interrogés », de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.

Et alors, un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.

On s’étonne, on s’indigne. On dit : « Comme c’est curieux ! Mais, bah ! C’est le nazisme, ça passera ! » Et on attend, et on espère ; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens ; que ce nazisme-là, on l’a cultivé, on en est responsable, et qu’il sourd, qu’il perce, qu’il goutte, avant de l’engloutir dans ses eaux rougies de toutes les fissures de la civilisation occidentale et chrétienne. » 

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R.Wan - "Des Humains" feat. Salif Keïta © R.Wan

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