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Billet de blog 12 novembre 2015

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Plaidoyer pour l'industrie manufacturière

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Pour l'heure, l'article de Martine Orange intitulé « Renault : pourquoi il faut en finir avec l'ère Ghosn » semble avoir moins de succès auprès des abonnés que la série « Etat français contre Mediapart »... Moins glamour que l'IGF, la France industrieuse qui se lève tôt ?

Pourtant, ce "parti pris" contient des infos susceptibles d'affecter la croissance à venir (ou pas) du PIB français, condition sine qua non (nous dit-on) pour que s'inverse (ou pas) la courbe du chomâge. D'autant que la combinaison entre taux élevé de natalité (envié par Angela Merkel) et baisse du flux des départs en retraite suite à train de "réformes structurelles" (exigé par l'envieuse) a quelques effets collatéraux sur le sacro-saint "marché du travail".

Exemple d'effet colatéral de la fièvre réformatrice à la sauce euro-austéritaire : si la valeur du flux entrant (les jeunes) dépasse celle du flux naturel sortant (les départs en retraite bien méritée), l'écart entre demande et offre d'emploi tend à se creuser de plus en plus, d'où accélération des plans de licenciement, ralentissement de l'embauche des jeunes, chômage massif, cortège de misère... Et risque non maîtrisé que les loups entrent à nouveau dans Paris !

A moins, bien sûr, que l'offre d'emploi augmente d'autant. Mais pour l'instant, les entrepreneurs aimés de Manuel Valls semblent plus occupés à "placer" les pépettes étatiques gracieusement offertes (via exonérations de cotisations sociales, CIR, CICE, etc.) qu'à investir, innover et produire dans le secteur industriel manufacturier.

Et contrairement aux prévisions du pseudo théorème de Schmidt, le "pour l'instant" des profits s'éternise...

Théorème de Schmidt égale grosse arnaque !

L'industrie manufacturière : ses ateliers, bureaux d'étude et labos de RD, ses machines-outils à commande numérique, ses ouvriers, employés et ICT, ses sections syndicales, ses négociations salariales, ses assemblées générales, ses actions collectives et mouvements de grève jusqu'à satisfaction des revendications... Les entreprises avec usines, quoi !

Pourquoi faut-il booster l'industrie plutôt que les services à la personne ? Tout simplement parce que les produits de ces honorables occupations se vendent peu à l'international, et parce que leurs Chief Executive Officers ont pris la fâcheuse habitude de générer la valeur ajoutée (par leur main-d'oeuvre) en consommant du consommable made in ailleurs, d'où creusement structurel de leur déficit commercial.

Pourquoi l'industrie plutôt que l'immobilier, la banque, l'assurance et autres activités peu salissantes ? Réponse : même incapacité structurelle à vendre à l'export plus qu'on n'achète via import.

Ben oui ! Fabriquer des vélos, bagnoles, navires, avions, machines-outils, grues, échaffaudages (merci à Mohed Altrad), etc., c'est ça qui peut nous permettre de payer la facture du gaz à Poutine, celle des carburants diesel et SPxx (sans poils de barbe ou avec), celle des fringues de marque (made in China), etc.

Ok, il faut de tout pour faire un monde : de l'industrie et du service... A condition que le tout fasse un ensemble équilibré, sinon ça casse !

Ceci posé, voyons ce que fait le Medef de ses manufactures sises en France, dont celles du CEO Carlos Ghosn...

Le Medef ne dit rien, car il s'enfonce... Et nous avec.

Selon Radio Paris, la cause de l'enfoncement hexagonal serait le diabolique « coût du travail » : plus cher pour les patrons français que pour leurs concurrents de la Deutsche Qualität... Voyons voir !

U.S. Bureau of Labor Statistics, International Comparisons of Hourly Compensation Costs in Manufacturing Industries, by Country.

Ben non, c'est pas ça, vu que nos camarades allemands sont 15 % "plus chers"... Et oui, c'est "charges" comprises.

Ça fait plus d'une paye qu'ils coûtent plus cher à leurs patrons : une info que tous les frontaliers connaissent sans avoir à lire un journal.

Et les sceptiques pourront trouver les données de la période 2008-2012 en consultant cette page → Tables 12a (France, US $/h), 12b (France, €/h), 13a (Germany, US $/h) et 13b  (Germany, €/h).

La première ligne de chaque tableau donne les moyennes 2008-2012 sur l'ensemble de l'industrie manufacturière, et les lignes suivantes montrent les moyennes sur chaque secteur : alimentaire, textile, etc.

Exemple : l'industrie automobile... On en est où du match France-Allemagne ? La réponse est sur la ligne "ISIC code 29" : le salaire horaire super-brut (i.e. toutes cotisations sociales comprises) coûte 1.4 fois (40 %) plus cher aux actionnaires de Wolkswagen qu'à ceux de Renault.

Surprenant, non ?

Le plus étonnant est que malgré cet énorme avantage compétitif en matière de « coût du travail », nos grands capitaines d'industrie continuent à se lamenter : c'est pas ma faute, m'sieur le président, c'est les ouvriers qui font rien que m'embêter !

Ils sont cons ou ils font semblant ?

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