http://russeurope.hypotheses.org/4179
Merci à Jacques Sapir
EN INTRO, PETITE REVUE DE PRESSE
Et pour commencer, honneur au taulier...
Mediapart : « Syriza remporte son troisième succès de l’année ».
Bon…
Un p’tit tour au PMU ?
Huffington Post : « Alexis Tsipras gagne encore son pari. »
J’ignore s'il est bon au poker, mais il me semble plus doué pour jouer avec les nerfs du peuple grec qu’avec ceux de la Troïka.
L’Humanité : « Syriza sort solide vainqueur ».
Et donc, camarades ?
Le Monde : « Tsipras parvient à se débarrasser des frondeurs du Syriza ».
Bien joué, renchérit Kosta, l'ex du front unique ouvrier qui ne rêve plus que de front anti-fronde.
Syriza étant un parti politique grec, on peut se demandes si le JO de la Vème n’aurait pas des préoccupations plus franchouillardes. D’autant que sa version papier titre en quatre colonne à la une : « Les Français Grecs valident la politique de réformes et d’austérité de Hollande Tsipras ».
N’exagérons rien ! En mettant tous les électeurs de Syriza dans le même panier que ceux de la « nouvelle démocratie » et autres partis eurobéats, ça ne fait guère que quatre Grecs sur dix inscrits… Le Monde de Kosta considérerait-ils, comme jadis les Colonels, que les six autres ne sont pas de vrais Grecs ?
Reuters : « Tsipras sur une corde raide »... Ouh là !
Wall Street Journal : « Alexis Tsipras Wins Greek Elections ; What’s Next ? »
L’Anglo-saxon est plus pragmatique que le papiste : plus factuel et moins rêveur…
Le Figaro : « La pillule de la rigueur sera difficile à avaler pour les Grecs ».
Certes !
L’Opinion : « Le plus dur commence pour Alexis Tsipras ».
Rien n’échappe à l’immense Nicolas Beytout.
Libération : « La Commission salue l’élection de Tsipras, pas de temps à perdre »…
Hé ho !!!! On est pas aux pièces, m’sieur Drahi !
RETOUR SUR TERRE…
Tout ça, c’est bien joli, mais revenons à nos moutons présumés…
Qu’ont voulu dire les Grecs ? Que signifie le vote Syriza et que cache-t-il ? Quid de l’abstention record ?
On peut trouver quelques éléments de réflexion dans les résultats du sondage réalisé par Bridging Europe sur la période du 22 au 24 juillet (pdf ici), et commenté par Jacques Sapir dans cet article.
Bien sûr, ce n’est qu’un sondage parmi d’autres, et ceux-ci ont d’autant plus mauvaise réputation qu’ils font souvent office de propagande politico-électorale, et que les résultats diffusés sont souvent volontairement biaisés : questions ambigües, mise à la trappe des abstentionnistes, etc. Tel n’est pas le cas de ce sondage, et je remarque (à l’intention du ouiouiste suspicieux) que le nom du think tank qui l’a commandé (Bridging Europe) ne laisse pas présager d’un nonisme exacerbé.
Quoi qu'il en soit, en voici les résultats in extenso, dont les intentions de vote (mesurées fin juillet) en cas d’élections anticipées, en notant au passage que ces estimations se sont moins vautrées que la concurrence plus récente.
LES GRECS ET LE GOUVERNEMENT SYRIZA
Question : « Pensez-vous que Syriza ait abandonné son programme électoral ? »
- Réponse : oui 83 % ; non 9 % ; nsp 8 %
Question : « Pensez vous que le gouvernement grec ait capitulé devant ses créanciers ? »
- Réponse : oui 76 % ; non 9 % ; nsp 15 %
Question : « Pensez vous que la rupture au sein de Syriza soit un bon ou un mauvais développement ? »
- Réponse : bon 31 % ; mauvais 58 % ; nsp 11 %
-- dont électeurs de Syriza : bon 16 % ; mauvais 79 % ; nsp 5 %
INTENTIONS DE VOTE (FIN JUILLET)…
Syriza : 32 % ; N.D. : 18.6 % ; To Potami : 6.4 % ; Aube dorée : 5.9 % ; KKE : 5.2 % ; ANEL : 4.1 % ; PASOK : 3 % ; Divers : 4.2 % ; Abstention : 19.4 %
LES GRECS, L'EURO ET SA TROIKA
Question : « Pensez vous qu'un accord de "bail out" aboutisse à une amélioration des conditions sociales et economiques de la Grèce ? »
- Réponse : oui 8 % ; non 73 % ; nsp 19%
-- dont électeurs de Syriza : oui 7 % ; non 82 % ; nsp 11%
Question : « Dans les circonstances présentes, préférez-vous rester ou sortir de l’Euro ? »
- Réponse : rester 41 % ; sortir 36 % ; nsp 23 %
Question : « Pensez vous qu’un GREXIT ait été évité ? »
- Réponse : oui 32 % ; non 58 % ; nsp 10 %
Bref, la majorité de Grecs qui, début juillet, disaient à 84 % vouloir « garder l’euro » (dixit Parapolitika, voir ici), a fondu de moitié en moins d'un mois !
Et du coup, il serait plus conforme à la vérité de qualifier cette "majorité" de minorité en détresse : quatre Grecs sur dix, dont trois sont ultra-pessimistes sur leur futur sort d'europhiles, l’un d’eux étant même convaincu que, quoi que Tsipras fasse, il se fera virer...