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Billet de blog 24 novembre 2015

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Etat d'urgence électorale...

Récit d'une perquisition musclée au "Pepper-Grill" de Saint-Ouen-l'Aumône (Val d'Oise), par "Le Monde" du 24/11/2015 (pages 8-9), plus commentaires personnels, et témoignage-vidéo du perquisitionné.

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LE MONDE | Mardi 24 novembre | Par Laurent Borredon, Paul Barelli (à Nice) et Richard Schittly (à Lyon)

Article en ligne sur http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2015/11/23/...

Dans le Val-d'Oise, récit d'une perquisition musclée

Illustration 1
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C’est une soirée calme au Pepper-Grill, un restaurant de Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise). Samedi 21 novembre, une semaine après les attentats du 13 novembre à Paris et Saint-Denis, la clientèle reprend doucement ses habitudes : des familles avec des enfants en bas âge, des couples, un groupe de copines… A 20 h 31, un homme tente péniblement d’ouvrir la porte intérieure du sas d’entrée. Elle se bloque sur le tapis de sol, il tire, finit par se glisser maladroitement dans l’embrasure, un peu encombré par son équipement : casque, gilet pare-balles, bouclier antiémeute. A sa suite, c’est la déferlante.

Sous le regard ébahi des clients, des dizaines de policiers en tenue d’intervention déboulent dans la grande salle du restaurant. Une perquisition administrative commence, en plein service, sous l’œil des caméras de surveillance du restaurant, dont Le Monde a pu consulter les images.

Lundi 23 novembre, la police avait procédé à 1 072 perquisitions en application de l’article 11 de la loi de 1955 sur l’état d’urgence. Elles ont donné lieu à 139 interpellations, qui ont débouché sur 117 gardes à vue. Ce qui signifie que, dans environ 90 % des cas, les policiers ont fait chou blanc. Comme au Pepper-Grill.

Il est 20 h 32. L’unité d’intervention a investi le restaurant. Une cliente, paniquée, fait mine de prendre son manteau pour sortir. « Mains sur les tables ! », crient les policiers. Les clients se figent. Les fonctionnaires ordonnent à la dizaine de salariés présents en salle de se rassembler autour d’une table libre. « Ordre...

La suite est "protégée". Ayant payé mon écho au JO de la Vème, je suis en droit (me semble-t-il) d’en faire un résumé assorti de citations entre guillemets, et j’ose espérer que le Mr. Copyright me pardonnera...

« Ordre du préfet ! »

La clientèle et le personnel suspects ayant été mis hors d’état de nuire, un détachement de robocops « descend au sous-sol, où se trouvent les cuisines, les pièces de stockage et les vestiaires ». Ils tombent alors sur le sable d’un autre terroriste présumé, « un employé en train de réparer une cloison endommagée lors du service », selon les déclarations de l’individu.

Le suspect « est braqué avec un fusil », et illico « aligné contre un mur avec l’un de ces collègues »… Chef, on en tient deux autres, plus armes par destination !

Poursuivant ses investigations, le commando antiterroriste tombe sur une première porte, illico enfoncée via bélier assermenté. « Elle donne sur les cuisines, par ailleurs accessibles par une porte battante : il suffisait de s’avancer de quelques mètres dans le couloir ».

Forts de cette éclatante victoire, les valeureux combattants de l’union sacrée « partent ensuite à l’assaut d’une deuxième porte, celle-là bien fermée. Le propriétaire du restaurant leur propose de l’ouvrir avec sa clé. Pas de réponse, la porte est cassée. »

Vaisselle, ustensiles de cuisine, nappes, chemises des serveurs... Tout un arsenal ! 

« Une dernière porte est attaquée. Un coup, deux coups, puis le policier qui tient le bélier se rend compte qu’il suffisant en fait de tourner la poignée. Derrière, une salle de douche. »

Ce n’est qu’après totale sécurisation du terrain que le propriétaire (Ivan A., 28 ans) se voit signifier l’ordre de perquisition, signé du juge (pardon), signé du préfet du Val-d’Oise, Yannick Blanc. En son âme et conscience, cet homme de loi d’exception a estimé qu’« il existe des raisons sérieuses de penser que se trouvent des personnes, armes ou objets liés à des activités à caractère terroriste » dans ce restaurant lancé il y a deux ans.

Pendant ce temps, la délégation du préfet poursuit son job d’exception : intimidation de tout ce qui a eu l’idée (suspecte) de venir respirer sur zone, fouille à l'arrache des armoires (avec une délicatesse digne des flics de la série NYPD), etc.

Epilogue…

Officier perquisitionneur : « Vous avez de la chance, on n’a rien trouvé, vous n’allez pas partir en garde à vue ».

Nichts, nothing, que dalle, walou… On plie les gaules et on s’arrache, les gars !

Motif de l’opération ?

« Une source policière explique qu’une salle de prière clandestine était recherché. Sauf qu’une salle de prière, il y en a bien une, mais elle n’est pas particulièrement clandestine. Il s’agit d’une petite pièce indiquée par un pictogramme, située à coté du bureau de monsieur A. (le proprio), et destinée aux clients qui le souhaitent. »

Bref, y’a de la lettre de dénonciation dans l’air, et l’air devient mauvais…

A l’intention des provinciaux claque-murés dans leurs fantasmes (ceux qui ignorent que Radio Paris ment), je précise que le Val-d’Oise n’est pas le Sunnistan, que Saint-Ouen-l’Aumône n’est pas Racca, et que son Pepper-Grill n’est pas une casemate de djihadistes. Ce n’est qu’un « vaste restaurant de burgers et de grillades tex-mex : plus de cent couverts, 22 salariés, une décoration soignée et une clientèle diverse, à l’image de l’agglomération de Cergy-Pontoise dont fait partie la ville », dixit « Le Monde » intra-périph.

Pour justifier le titre de ce billet (Etat d’urgence électorale), je cite une phrase extraite du dernier paragraphe : « C’est de la communication », commente un haut responsable policier à Paris...

Source et photos Le Monde

Merci à Paul Barelli, Richard Schittly et Laurent Borredon

Voir aussi Paris-luttes.info et le témoignage du proprio...

https://www.youtube.com/watch?v=ZaVe-Qx5td8

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