Le 6 mai, Grecs et Français ensemble pour refonder la démocratie en Europe!

Le 6 mai prochain, les peuples grec et français ont de nouveau rendez-vous avec leur destin. Le même jour, ils devront voter et choisir ceux qui vont les gouverner.

Le 6 mai prochain, les peuples grec et français ont de nouveau rendez-vous avec leur destin. Le même jour, ils devront voter et choisir ceux qui vont les gouverner.

 

Le 6 mai : tourner définitivement la page des 21 avril

Le 21 avril a été un jour funeste dans l'histoire des peuples européens, français et grec en particulier, jour de recul de la démocratie.

Le 21 avril 2002, le premier tour de l'élection présidentielle française aboutissait à l'élimination du candidat de gauche, le socialiste Lionel Jospin. Restaient ainsi en lice, pour le second tour, le candidat de la droite conservatrice et celui de l'extrême droite.

Trente-cinq ans plus tôt, le 21 avril 1967, les chars envahissaient Athènes et la dictature des colonels s'installait avec la complicité active de la CIA.

Par une nouvelle ruse de l'histoire, le 6 mai prochain, les peuples grec et français ont de nouveau rendez-vous avec leur destin. Le même jour, ils devront voter et choisir ceux qui vont les gouverner.

En France, il s'agira de choisir le Président de la République, en Grèce de désigner la composition de l'Assemblée dont seront issus le gouvernement et le Premier Ministre.

Le 6 mai, Grecs et Français peuvent, ensemble, par leur choix, contribuer puissamment à réorienter l'Europe. La faire sortir de l'ornière de l'austérité et du déclin, l'engager dans le sens de la démocratie et du développement.

L'austérité : une impasse de plus en plus évidente

Dès les premières mesures décidées en janvier 2010, la Grèce apparaît comme le laboratoire expérimental où seront appliquées les mesures d'austérité qui, progressivement, vont concerner l'Europe entière. Baisse des salaires de la fonction publique, diminution des pensions de retraite, hausse des impôts, contraction des budgets des ministères et des services publics, puis baisse des salaires du secteur privé, privatisations, réforme des retraites, déréglementation du droit du travail, vont, en effet, s'enchaîner partout.

Partout, le bilan des politiques suivies est le même : une gigantesque régression sociale, des économies en récession. Ces politiques ont été justifiées par la nécessité sans cesse répétée de réduire la dette publique. La dette, une fois de plus dans l'histoire de l'humanité, a ainsi servi comme justification et moyen de la servitude.

Suite à la mise en œuvre de ces politiques, partout ou presque, comme cela était prévisible, la dette s'est…aggravée, les pays se sont enfoncés dans la crise économique, le lien social a été altéré.

Si les déficits publics ont reculé, c'est au prix de mesures qui, toutes, ont aggravé la récession. Ces mesures, dites « d'ajustement », ont été imposées au peuple grec comme la contrepartie de plans « d'aide » qui, pour l'essentiel, ont été destinés non à financer des investissements d'avenir mais à combler le passif des banques et à remplacer les créanciers privés du pays par des créanciers publics.

En France, ignorant les effets dépressifs de cette orientation funeste, certains persistent à dire qu'il faudra aussi, tôt ou tard, procéder à des ajustements brutaux dans les finances publiques et dans les dépenses sociales. En Grèce, les deux partis politiques, le Pasok (Parti socialiste) et la Nouvelle Démocratie (droite), qui gouvernent le pays sous la direction d'un premier ministre non élu, poursuivent la politique engagée depuis 2010 qui enfonce le pays dans une des plus graves crises de son histoire.

Mais les doutes sur le bien-fondé des politiques mises en œuvre commencent à se faire entendre, y compris là où on les attend le moins. Ces doutes ne conduisent cependant pas à une réorientation des politiques engagées. Le FMI reconnaît ainsi que «l'assainissement budgétaire pèse sur la croissance». La Commission européenne, en pleine contradiction, estime nécessaire de procéder en 2013-2014 à un nouvel ajustement budgétaire (de l'ordre de 5 à 6% du Pib, ce qui est considérable) mais souligne son attachement à la croissance et ce qu'elle considère être l'importance de son soutien à l'économie grecque. La Banque centrale européenne, qui tente de sauvegarder les dogmes et surtout de protéger les intérêts des banques, admet qu'un pacte de croissance est nécessaire mais exige la ratification préalable du pacte budgétaire qui institue l'austérité. Le pacte de croissance qu'elle dit envisager devrait être basé sur des « réformes structurelles », au premier rang desquelles de nouvelles mesures de dérégulation du marché du travail qui ont pourtant fait la preuve de leur nocivité.

Les agences de notation, quant à elles, réagissent désormais négativement lorsque sont annoncées des mesures de saignée budgétaire comme, par exemple, en Espagne ou en Italie (deux pays dont, par ailleurs, les gouvernements annoncent qu'ils ne pourront pas tenir les objectifs de rétablissement de l'équilibre budgétaire dans les délais prévus). Mais les mêmes agences continuent de mettre en garde les gouvernements qui seraient tentés d'adopter des mesures de soutien de la croissance.

Chasser du pouvoir les forces politiques qui ont promu l'austérité et la régression sociale

Le 6 mai, les peuples grecs et français, par leur vote, peuvent chasser du pouvoir des forces politiques qui ont soutenu et mis en œuvre des programmes d'austérité et de régression sociale. François Hollande, en France, s'il est élu, a annoncé qu'il s'engagera pour une renégociation du traité européen afin d'inscrire dans celui-ci les mesures nécessaires de soutien de la croissance. Nul doute que le Front de gauche, sans les voix duquel François Hollande ne peut être élu, le soutiendra fermement dans cette perspective.

 En Grèce, le déclin des deux partis à la base du clientélisme politique, le Pasok et la Nouvelle Démocratie, devrait profiter en grande part aux formations de gauche : Parti communiste (KKE), Gauche radicale (Syriza) et Gauche démocratique. Or ces formations, si elles s'opposent dans de nombreux domaines, rejettent toutes trois l'austérité.

En Grèce comme en France, le devoir historique des forces politiques susceptibles d'être portées au pouvoir le soir du 6 mai sera de s'entendre pour promouvoir une perspective de changement tournant le dos à l'austérité, à la régression sociale et économique.

Le chantier est vaste tant sont importants les dégâts d'une crise qui aura été exploitée pour produire un recul sans précédent des droits sociaux.

Les peuples doivent inventer eux-mêmes un nouvel avenir, une nouvelle Europe

Cependant, il ne fait pas de doute que si les élections du 6 mai sont décisives, elles ne suffiront pas à elles seules à produire la réorientation nécessaire.

Les peuples des deux pays devront se mobiliser pour imposer les transformations nécessaires face à ceux qui feront tout pour que rien ne change. Ceux-ci sont nombreux. Surtout, ils ont été habitués au pouvoir et à son usage. Ils n'envisagent pas que le peuple citoyen puisse décider lui-même de son destin.

Les peuples doivent non seulement chasser les forces politiques qui ont conduit à la régression sociale et économique, mais ils doivent aussi inventer par eux-mêmes un nouvel avenir, une nouvelle Europe.

Ils doivent pour cela chasser les pensées tristes de ceux qui veulent voir le travail comme un coût ou un acte de soumission, et qui veulent considérer les travailleurs comme des individus que l'on peut en mettre en concurrence généralisée. Les peuples doivent combattre ceux, le plus souvent les mêmes, qui conçoivent la nature comme un réservoir de ressources sur lequel on peut prélever un butin.

Ils doivent inventer une alternative humaniste à la domination des marchés financiers, penser un nouveau modèle de développement fondé sur le temps long, le respect de l'homme et de la nature.

Les peuples grec et français peuvent montrer la voie comme ils l'ont fait dans le passé en bâtissant les fondements renouvelés de la démocratie et ceux d'un État de droit. Ils doivent s'approprier les institutions nationales (l'État) et contraindre les institutions internationales (FMI, Commission européenne, Banque centrale européenne) à mettre en œuvre des politiques favorables au développement. Ces politiques devront résolument tourner le dos aux mesures d'austérité dont les seuls bénéficiaires sont les marchés financiers et les groupes d'intérêt dominants.

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