Lettre ouverte à François Hollande, président de la République, ami de la Grèce

Monsieur le Président,Vous allez recevoir, mercredi 4 février, Monsieur Alexis Tsipras, Premier ministre du nouveau gouvernement grec issu des élections législatives du 25 janvier.Le peuple grec s'est prononcé démocratiquement en faveur d'un programme associant la satisfaction des besoins humains et le maintien dans l’Union européenne, rejetant ainsi toute tentation nationaliste et xénophobe.

Monsieur le Président,

Vous allez recevoir, mercredi 4 février, Monsieur Alexis Tsipras, Premier ministre du nouveau gouvernement grec issu des élections législatives du 25 janvier.

Le peuple grec s'est prononcé démocratiquement en faveur d'un programme associant la satisfaction des besoins humains et le maintien dans l’Union européenne, rejetant ainsi toute tentation nationaliste et xénophobe.

Les politiques d'austérité appliquées jusqu'à aujourd'hui ont conduit au désastre économique et social que vous connaissez: 25% de la population active au chômage, 40% des Grecs vivant en dessous du seuil de pauvreté, le tiers de la population sans couverture sociale, une chute de 25% du PIB.

Le pays est en ruine alors que la dette n’a fait que croître avec l’austérité, atteignant désormais 175% du Pib alors qu’elle était de 110% avant le début de la cure d’austérité qui a été imposée au pays.

Comme vous le savez, le gouvernement grec demande un allègement de la dette du pays. Depuis 2008, les plans successifs imposés à la Grèce, en dévastant le pays, ont hypothéqué ses capacités de remboursement.

Les Grecs reconnaissent leur part de responsabilité et entendent rebâtir un Etat de droit fondé sur une réforme fiscale de grande ampleur mettant fin aux privilèges, à la fraude et à l'évasion fiscale.

Ils veulent aussi renégocier une dette qui les écrase et dont le paiement des intérêts représente 25% des dépenses de l'Etat.

Le gouvernement grec a des engagements envers la communauté internationale. Cependant, il a aussi des engagements envers son peuple. Il a  besoin de temps pour reconstruire le pays.

L'Allemagne a su mobiliser ses forces pour rebâtir son économie et son industrie après la Guerre. Elle a pu aussi bénéficier en 1953 de la part de ses créanciers (dont la Grèce) d’une réduction de moitié de ses dettes.

Au nom de quoi la Grèce ne serait-elle pas légitime aujourd’hui à obtenir un soutien identique alors que le gouvernement nouvellement élu a comme perspective centrale de sortir le pays du marasme économique et social et d’engager, enfin, une politique permettant au pays de développer ses forces productives pour répondre aux besoins de sa population (dans des domaines aussi importants que l’agriculture, la santé, le logement, l’industrie) et, demain, rembourser une dette qui serait devenue soutenable.

Le Président Obama vient de déclarer ce dimanche 2 février sur CNN que les peuples ne pouvaient plus supporter de nouvelles cures d’austérité et que la seule issue était le développement. Il a exhorté les partenaires de la Grèce à trouver un accord avec son nouveau gouvernement, accord garantissant le maintien de la Grèce dans la zone Euro voulu également par Alexis Tsipras.

De par ses liens privilégiés avec l'Allemagne, la France peut jouer un rôle essentiel de médiation et retrouver le prestige qui a longtemps été le sien auprès du peuple grec. Les relations entre la France et la Grèce sont très anciennes, politiques, économiques et culturelles. La France a su aider et accueillir les Grecs victimes de la dictature des colonels. La France a contribué activement à l'entrée de la Grèce dans la Communauté européenne. La France doit aujourd'hui impulser la concertation sur la renégociation des dettes qui affectent l'ensemble des économies européennes, concertation proposée par le gouvernement grec avec pour ambition une Europe solidaire.      

Monsieur  le Président, vous avez su être à la hauteur des évènements récents qui ont affecté la France. Nous espérons que vous saurez être l’homme d’Etat qui parviendra à ouvrir, enfin, la voie d’une Europe plus forte, tournant le dos aux égoïsmes nationaux et aux calculs strictement comptables.

Veuillez croire, Monsieur  le Président, en l’expression de nos salutations confiantes

 

Gabriel Colletis, Professeur d’Economie à l’Université de Toulouse-Capitole

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