Grèce: quatre raisons de refuser l'austérité

Le programme d'austérité annoncé par le gouvernement grec peut sembler particulièrement sévère. Parmi les mesures avancées, on observe une hausse de la TVA, une réduction de 30% du 13ème mois et de 60% du 14ème mois de salaire touchés par les employés du secteur public. Le gouvernement a aussi décidé de geler les pensions de retraites des fonctionnaires et des salariés du secteur privé. Enfin, sont aussi prévues des hausses de taxes sur les alcools, le tabac, les carburants et les produits dits de luxe.

Le programme d'austérité annoncé par le gouvernement grec peut sembler particulièrement sévère. Parmi les mesures avancées, on observe une hausse de la TVA, une réduction de 30% du 13ème mois et de 60% du 14ème mois de salaire touchés par les employés du secteur public. Le gouvernement a aussi décidé de geler les pensions de retraites des fonctionnaires et des salariés du secteur privé. Enfin, sont aussi prévues des hausses de taxes sur les alcools, le tabac, les carburants et les produits dits de luxe.

Plusieurs raisons apparaissent pour lesquelles les Grecs devraient refuser la nouvelle cure d'austérité.

La première raison du refus vraisemblable de la cure d'austérité imposée à la population grecque est que cette cure est la manifestation très concrète de la mise sous tutelle de la Grèce par l'Union européenne et le FMI. Cette mise sous tutelle, en elle-même difficilement acceptable, ne comporte de surcroît aucune contrepartie immédiate et tangible. Aucune aide n'est accordée actuellement à la Grèce laquelle doit se contenter pour l'heure d'un soutien «politique et psychologique». Alors, certes, des plans sont, dit-on, préparés par certains États ou certains établissements financiers mais rien de précis n'est annoncé et le tout est remis à plus tard, peut-être, si nécessaire.

 

Une autre raison du refus des mesures d'austérité est qu'il s'agit du troisième train de mesures en quelques semaines. Le sentiment d'acharnement dans la population risque donc fort de s'en trouver accru. A quand le quatrième train, peut se demander légitimement la population grecque qui pourrait avoir l'impression que le pays ou son gouvernement est ballotté au gré des pressions de toutes sortes qui s'exercent actuellement sur lui.

 

La troisième raison du rejet probable des mesures annoncées est qu'elles vont toucher beaucoup de monde et pas seulement les fonctionnaires. La hausse très significative du taux de TVA, celle de nombreuses taxes (énergie, tabac, etc.) concernent toute la population grecque. Ce troisième train de mesures ne comporte cependant aucune annonce concernant les très hauts revenus ou les revenus du capital. En revanche, des catégories de population importantes pour la qualité du lien social (taxis, exploitants des petits kiosques où l'on trouve de tout, etc.) vont être la cible (facile) du fisc.

 

La quatrième raison –au final, peut-être la plus importante– est que la cure d'austérité ne résoudra aucun des problèmes de la Grèce et risque fort, au contraire de les aggraver. Cette cure est justifiée par les experts de l'Union européenne et du FMI en raison du renchérissement du coût des emprunts de la Grèce. Ce renchérissement est la conséquence de la dégradation de la note de la Grèce par les agences de notation qui se comportent en véritables «maîtres du monde». Mais ces agences ont prévenu : tout relâchement du soutien de la population grecque aux mesures d'austérité se traduira par une nouvelle dégradation de la note du pays. D'où un coût accru des nouveaux emprunts et de nouveaux déficits. Un mécanisme pervers donc.

Perverse aussi la seconde justification avancée du nouveau plan d'austérité : des prévisions de croissance exagérément optimistes de la part du gouvernement grec. De fait, les mesures annoncées ont toutes les chances de produire une forte contraction de la consommation et par conséquent de l'activité économique. Les experts auraient ainsi produits eux-mêmes les conditions leur prophétie "auto-réalisatrice"...

 

Si elles sont appliquées, les mesures annoncées risquent donc d'entraîner la Grèce dans une spirale dépressive où le coût accru des emprunts et une pression très forte sur le pouvoir d'achat seront synonymes d'un appauvrissement généralisé et non d'un très hypothétique retour à l'équilibre des finances publiques.

Gabriel Colletis
Professeur de Sciences économiques, Université de Toulouse 1-Capitole

http://w3.univ-tlse1.fr/LEREPS/

Lire aussi la récente analyse : En Grèce comme ailleurs: l'alibi de la dette?

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