Le vendredi 13 mars 2020, le jour où les crises semblent se nouer

En dépit des mesures spectaculaires annoncées hier soir par le Président Macron (la fermeture des écoles et des Universités, notamment), il y a fort à parier que la situation va fortement s’aggraver. Pourquoi ? Que faire ?

Le jour où les crises semblent se nouer

 Par un concours de circonstances malheureux, le vendredi 13 mars 2020 semble être le jour où, en France et ailleurs, les crises semblent se nouer au grand jour.

Une crise sanitaire aggravée par les coupes budgétaires effectuées dans le budget de la santé depuis trop longtemps à présent, par les logiques financières qui l’ont emporté jusque dans les hôpitaux publics. Que l’on en juge : par le nombre de lits par habitant, la France est désormais dans une situation critique

https://www.francetvinfo.fr/sante/hopital/salaires-des-infirmiers-nombre-de-lits-niveau-de-la-dette-neuf-graphiques-pour-comprendre-la-situation-des-hopitaux-avant-les-annonces-d-edouard-philippe_3709593.html

https://www.indexmundi.com/g/r.aspx?v=2227&l=fr

Une crise financière provoquée par la formation, à nouveau, depuis 2009, d’une bulle alimentée par les Banques centrales. L’indice de la bourse, tombé à 2600 points en février 2009, est remonté à 6000 points en ce début d’année avant de plonger aujourd’hui en même temps que les cours du pétrole  

https://www.abcbourse.com/graphes/eod.aspx?s=PX1p

Une crise économique et sociale générée par l’austérité,  la pression continue depuis près de 30 ans sur les coûts du travail, la décodification du droit du travail, la réforme de l’assurance chômage, celle, demain, des retraites. Chacune et l’ensemble de ces réformes auront produit un creusement sans précédent des inégalités sociales.

Une crise économique et sociale résultant également de la volonté forcenée de baisser les dépenses publiques qui aura eu des conséquences très graves sur la qualité de tous les services publics.

Une crise économique et sociale produite par la désindustrialisation,  les délocalisations, la décomposition mondiale des processus productifs. Au final, une dépendance très forte aux importations.

Une crise écologique provoquée par une croissance productiviste, la consommation low cost.

Ce, alors que depuis 1972 et la publication du rapport Meadows, on connaît les méfaits de cette croissance (qui n’a rien à voir avec un développement durable ou soutenable) sur les humains et la nature.

Que faire ?

Des mesures à court terme

À court terme, ont certes été annoncées des mesures sectorielles de soutien aux activités les plus touchées directement (hôtellerie, restauration, tourisme…). Des mesures de prise en charge du chômage partiel. Le report de la fin de la trêve hivernale.

Ces mesures sont notoirement insuffisantes !

Il conviendrait de prendre tout de suite quatre mesures :

1) Stopper la réforme de l’assurance chômage
https://www.lci.fr/population/coronavirus-cfdt-cgt-et-fo-veulent-stopper-la-reforme-de-l-assurance-chomage-l-executif-ouvert-a-des-amenagements-2147687.html

2) Reporter l’actuelle réforme des retraites (fortement critiquée par le Conseil d’État lui-même), remettre la réforme à plus tard, en se donnant les moyens de la conduire de manière consensuelle et en annonçant qu’en aucun cas le 49.3 ne sera utilisé pour la faire passer.

3) Prévoir immédiatement un budget exceptionnel pour les services de santé.

4) Soutenir la consommation et les investissements par des mesures coordonnées de relance budgétaire et monétaire au niveau européen. Des mesures modulées selon la situation de chaque pays. Les mesures les plus énergiques devraient être prises en Allemagne et en Grèce. Parce que l’Allemagne en a les moyens et la Grèce le plus besoin.

À moyen et long terme

 Il conviendrait de :

1) Définanciariser l’économie en interdisant les outils de la financiarisation : stock-options, LBO et rachats d’action. Cela est possible, très vite.

À moyen terme, il est possible et nécessaire de réformer la fiscalité des bénéfices, de mettre en place un calcul des droits de vote lors des assemblées d’actionnaires au prorata de la durée de détention des titres, d’instaurer enfin une taxe sur les transactions financières, de faire de même sur les ventes des firmes multinationales qui font de l’optimisation fiscale en ne déclarant pas de bénéfices, de taxer les GAFAM dans le même esprit.

2) Cesser de considérer la dépense publique comme nuisible en elle-même et de donner les moyens aux acteurs publics (État mais aussi collectivités) d’investir dans l’économie de la connaissance et la transition écologique, les deux piliers de notre avenir collectif.

3) Reconquérir notre autonomie productive. La France subit aujourd’hui une dépendance extrême à ses importations. Cette situation annule en partie la possibilité de relancer la production par une hausse de la consommation et met le pays en danger, y compris sur le plan sanitaire.

La dépendance de la France aux importations concerne tous les domaines : des composants actifs dans le domaine pharmaceutiques à l’équipement des ménages en biens de consommation durable en passant par les chaînes de production qui dépendent de manière excessive d’approvisionnements étrangers, notamment chinois. Cette dépendance va de pair avec l’accroissement de l’empreinte carbone et les effets indésirables du réchauffement climatique liés au transport des marchandises que nous importons.

Il convient donc de reconstruire des capacités de production à l’échelle de la France et de l’Europe, de penser les productions futures en partant des besoins fondamentaux qui restent énormes et mal couverts : une alimentation saine à la fois pour les humains et la planète, des logements bien isolés afin de réduire les consommations énergétiques, une santé de qualité privilégiant la prévention, un habillement à base de textiles naturels, etc.

Si le recyclage et l’écoconception devront être stimulés, la priorité devra aller à la réparabilité effective et à la réutilisation des produits très insuffisamment soutenues aujourd’hui.

À chaque fois que cela est possible, les besoins devront être satisfaits dans des logiques de proximité afin de réduire l’empreinte carbone. La reterritorialisation de l’économie pourra se faire par le développement des circuits courts, celui d’une économie plus circulaire et le soutien à des offres de services proposant des produits pouvant être partagés (à l’image des vélos et des automobiles en libre-service).

Reconquérir notre autonomie productive, reterritorialiser l’économie impliqueront de remettre en cause les traités de libre-échange dès lors que ceux-ci ne respectent pas les normes sociales et environnementales qui s’imposeront aux producteurs français et européens, normes qui découleront des principes qui précèdent.

 

 

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