L'avenir de la Grèce s'écrira en grec !

  Vu de France, ce qui étonne le plus dans le déroulement de la crise en Grèce est la désinvolture avec laquelle les dirigeants européens se sont permis ces derniers mois de traiter le peuple grec.Ainsi, les Grecs –quoique l'on pense de l'intérêt qu'il y avait à provoquer un referendum- ne seraient ni libres d'en faire un, ni de déterminer son contenu (la question posée), ni même d'en choisir la date !

 

 

Vu de France, ce qui étonne le plus dans le déroulement de la crise en Grèce est la désinvolture avec laquelle les dirigeants européens se sont permis ces derniers mois de traiter le peuple grec.

Ainsi, les Grecs –quoique l'on pense de l'intérêt qu'il y avait à provoquer un referendum- ne seraient ni libres d'en faire un, ni de déterminer son contenu (la question posée), ni même d'en choisir la date !

Le Premier Ministre grec aura été "convoqué" par les dirigeants européens, sommé de s'expliquer. Certains journalistes français ont même utilisé, faisant mieux que certains de leurs collègues allemands, l'expression : "Monsieur Papandreou a comparu devant Madame Merkel et Monsieur Sarkozy"…Or ce terme est employé pour désigner la présentation d'un accusé devant ses juges !

À travers celui qui, alors, avait la charge de diriger le gouvernement, c'est le peuple grec qui s'est retrouvé en situation d'accusé…avant que n'arrive, un peu plus tard, le tour des peuples suivants (italien, espagnol, portugais…français aussi).

Mais qui peut accuser le peuple et de quoi l'accuse-t-on ?

L'objet de cet article n'est pas de dire qu'il n'y aurait aucune responsabilité collective des Grecs dans la situation actuelle de leur pays…tout au contraire !

Les Grecs ont la responsabilité de faire le bilan des erreurs que leurs dirigeants ont commises et qu'ils n'ont pas sanctionné. Ils ont, surtout, la responsabilité de prendre leurs affaires en mains, de ne pas attendre que d'autres décident à leur place du sort de leur pays.

Le salut de la Grèce ne viendra ni de l'extérieur (l'Europe, la Chine ou les États-Unis, le Fonds monétaire international, etc.) ni de ses classes dirigeantes actuellement au pouvoir. Il viendra du peuple grec lui-même. L'avenir de la Grèce s'écrira en grec ou ne s'écrira pas. Plutôt en langue démotique qu'en langue "pure" (katharevoussa)…

 

Ce salut ne repose ni sur la sortie ou le maintien dans la zone Euro, ni sur un hypothétique retour de la drachme, ni sur une réduction du déficit ou de la dette publics recherchés comme une fin en soi.

Le salut que les Grecs devront rechercher par eux-mêmes devra répondre à trois questions :

- Comment redévelopper les activités productives et l'industrie grecque ? L'industrie grecque ne représente aujourd'hui que moins de 8% du produit intérieur brut et les Grecs n'ont d'autre choix actuellement que d'importer l'essentiel des produits industriels qu'ils consomment…y compris leurs vêtements, les produits agro-alimentaires, jusqu'aux bateaux que les armateurs grecs n'achètent plus aux chantiers navals du pays !

- Comment reconstruire les institutions du pays ? Aucun pays ne peut fonctionner avec un État à la fois faible et pléthorique, des services publics sans moyens, des banques fragilisées par la masse des crédits douteux qu'elles ont distribués, un droit du travail en voie de démantèlement.

- Comment renouer le lien social ? Les Grecs ne se supportent plus les uns les autres. Mais les Grecs, depuis longtemps, sont connus pour leurs querelles incessantes (que dénonçait Byron en son temps) et leur difficulté à se mettre autour d'une table pour définir un projet commun alors qu'ils ont inventé la démocratie ! Le "vivre ensemble" s'est dégradé comme s'est détérioré le lien à la Nature, si belle et si généreuse de ce pays.

Il ne m'appartient pas de répondre à ces questions mais il est de mon droit et même de mon devoir de les poser.

 

Addendum

En Grèce comme en Italie, des gouvernements d'union nationale ont été formés.

Ces gouvernements sont dirigés non par des politiques, mais par des technocrates proches des institutions financières internationales. À Athènes, c'est un ancien vice-président de la Banque centrale européenne qui a été officiellement chargé de former un gouvernement de coalition.

De France, on observe que le patronat grec a salué favorablement l'arrivée de M. Papadémos au pouvoir tandis que le syndicat communiste PAME a dénoncé un choix dicté par la "ploutocratie et l'Union européenne".

Le nouveau gouvernement devra sans doute "rassurer les marchés" mais il devra au moins autant savoir rassembler le peuple grec. Ce rassemblement ne pourra se faire qu'autour d'un nouveau projet de développement du pays. La poursuite d'une politique uniquement guidée par l'objectif d'équilibre budgétaire serait très décevante sur le plan économique et dangereuse pour la paix sociale.

 

Texte publié dans Aggelioforos, le 13 novembre 2011

Version gecque : http://www.agelioforos.gr/default.asp?pid=7&ct=1&artid=118644

 

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