La désindustrialisation frappe la France dans sa capacité à protéger la population

Dans son allocution du 12 mars, le Président de la République nous invite à explorer une voie nouvelle : « Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle... »

Dans son allocution du 12 mars, le Président de la République nous invite, semble-t-il, à explorer une voie nouvelle :
« Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle, construire plus encore que nous ne le faisons déjà une France, une Europe souveraine, une France et une Europe qui tiennent fermement leur destin en main. »

La désindustrialisation frappe, en effet, la France dans sa capacité à protéger et soigner la population.

Alors qu’ils étaient invités à se laver très fréquemment les mains pour éviter la contagion, les Français ont ainsi découvert avec effarement les pénuries de gel hydroalcoolique
https://www.lefigaro.fr/conso/coronavirus-faut-il-craindre-une-veritable-penurie-de-gel-hydroalcoolique-20200303

Plus grave et plus compliquée à résoudre, la pénurie de masques relève du scandale d’État comme le suggère le Président de la Fédération des médecins de France https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/coronavirus-on-n-est-pas-de-la-chair-a-canon-s-indigne-le-president-de-la-federation-des-medecins-de-france-face-a-la-penurie-de-masques_3874617.html

La très grande faiblesse de l’industrie du matériel médical explique en partie sans doute le trop lent déploiement des tests de dépistage comparé à notre voisin allemand
https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/coronavirus-pourquoi-le-taux-de-mortalite-est-il-aussi-faible-en-allemagne_3871743.html

S’il est à craindre que, demain, manquent également des appareils respiratoires, comment comprendre que l’usine de Gerzat du groupe Luxfer, qui produit des bouteilles d’assistance respiratoire pour les ambulances et hôpitaux, n’ait pas été l’objet d’un soutien de la part de l’État ? Le 20 janvier 2020, les salariés de Luxfer Gas Cylinders Gerzat ont pris l’initiative de réquisitionner leur usine…
https://ftm-cgt.fr/luxfer-a-gerzat-63-les-salaries-requisitionnent-leur-usine/

Enfin, pour clore ce rapide tour d’horizon de ce qui relève d’un désastre industriel dont les effets sur le système sanitaire ne sauront longtemps être ignorés, terminons par la pénurie de certains médicaments et principes actifs pharmaceutiques.  Dénoncée il y a longtemps déjà par de nombreux médecins,  cette pénurie semble désormais inquiéter aussi le grand groupe pharmaceutique français Sanofi. Leader sur certains marchés pharmaceutiques mais aussi champion de l’externalisation, Sanofi a organisé, à l’instar des autres groupes industriels, sa chaîne de valeur en jouant sur la mondialisation. L’essentiel des principes actifs qui entrent dans la composition des médicaments qu’il produit est désormais fabriquée…en Chine

https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/02/25/penuries-de-medicaments-sanofi-veut-creer-un-leader-des-principes-actifs-pharmaceutiques_6030742_3234.html

Le groupe va donc peut-être devoir procéder à une révision en profondeur de sa stratégie d’externalisation.

Mais ce qui étonne le plus, c’est que les pouvoirs publics ne soient pas davantage inquiétés de la capacité de produire ces principes actifs indispensables sur le territoire national.

Les notions de « Souveraineté industrielle », d’ « Industrie stratégique nationale », d’« Opérateur d’intérêt vital » vont devoir faire l’objet d’une réflexion approfondie qui n’aura de sens que si elle est démocratique, débattue par nos concitoyens et non capturée par les seuls experts et/ou membres de tel ou tel comité dit « stratégique » débattant entre eux.

L’industrie est un bien commun indispensable à toute nation et dont les choix ne peuvent plus être laissés à la discrétion des actionnaires et des marchés financiers. Cela nous est révélé aujourd’hui par la crise du Corona virus qui rend manifeste la défaillance grave de nos industries liées à la santé. Cela restera vrai demain lorsqu’il s’agira de mettre enfin l’industrie au service de la transition écologique.

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