Désindustrialisation et crise sanitaire (suite et pas fin)

Chaque jour qui passe, nous fait mesurer les dégâts d’une extrême gravité que provoquent la désindustrialisation et le manque total de vision stratégique s’agissant d’activités vitales pour la population.

Nous avons déjà attiré l’attention sur une série de défaillances industrielles allant de la capacité à disposer de masques, de gel hydroalcoolique, à produire des bouteilles d’assistance respiratoire ou encore des principes actifs pharmaceutiques dont la fabrication a été délocalisée
http://manifestepourlindustrie.org/la-desindustrialisation-frappe-la-france-dans-sa-capacite-a-proteger-et-soigner-la-population/

Aujourd’hui, continuant ce tour d’horizon qui semble ne devoir jamais être clos tant les défaillances sont nombreuses et graves, nous évoquerons succinctement trois autres cas qui révèlent une forme d’inconscience, voire d’irresponsabilité de la part de ceux qui ont la charge de veiller à notre bien-être.

Commençons par les tests de dépistage du virus. Interrogé par le journal Le Monde (20 mars, édition réservée aux abonnées), le Président du Comité scientifique chargé de conseiller le Président de la République sur le Covid-19, Jean-François Delfraissy, a indiqué : « Nous ne possédons pas les capacités de tester à la même échelle que la Corée du Sud. En France, environ 8 000 tests sont réalisés chaque jour. Les laboratoires privés vont s’y ajouter mais nous avons un énorme problème avec les réactifs utilisés dans les tests. Ces réactifs de base proviennent de Chine et des Etats-Unis. La machine de production s’est arrêtée en Chine et les Etats-Unis les gardent pour eux ».

Continuons à présent avec les masques, déjà évoqués hier.

Un des sites historiques de production de masques, l’usine de Plaintel, jusqu’en 2010 propriété de Spérian, rachetée par Honeywell cette année-là, a progressivement cessé son activité. Produisant des masques respiratoires jetables depuis près d’un demi-siècle, l’entreprise aura subi cinq plans de réduction d’effectifs imposés par le groupe américain.  De 300 salariés en 2010, l’effectif est tombé à 38 salariés avant que la production ne soit totalement délocalisée en Tunisie
https://www.letelegramme.fr/economie/honeywell-fermeture-annoncee-pour-le-fabricant-de-masques-respiratoires-a-plaintel-17-05-2018-11962114.php

Nous terminerons avec le cas de la société FAMAR. Cette entreprise produit la nivaquine (Chloroquine), un médicament de traitement du paludisme. Médicament qui constitue une piste contre le Covid-19… à condition que l’usine de Lyon ne ferme pas ses portes en 2020.

Sous-traitante de l’industrie pharmaceutique, employant un peu plus de 250 salariés, l’entreprise, en redressement judiciaire depuis juin 2019, risque la fermeture si aucune solution de reprise n’est présentée au Tribunal de Commerce. Différents appels d’offre réalisés depuis l’ouverture de la procédure collective sont, en effet, restés sans suite.

La poursuite des activités pendant la période d’observation permet pour l’heure d’éviter des ruptures de médicaments et participe également à la constitution de stocks de sécurité avant transfert définitif des productions à l’issue de la procédure collective si aucune solution industrielle n’est trouvée.

Le maintien des productions sur le site est impératif, ne serait-ce, du point de vue de logiques qui resteraient strictement privées, que pour pouvoir intéresser de potentiels repreneurs. L’usine fabrique un éventail de produits concernant des classes thérapeutiques multiples : antidiabétique, neuroleptique, cardiovasculaire, antibiotique, antiparasitaire, antipaludéen, dermatologique et antifongique.

Le site compte parmi ses productions pas moins de douze médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM) (dont la nivaquine).

Les dernières déclarations du ministre de la santé, Olivier Véran, sur les situations critiques liées aux pénuries de médicaments et au risque épidémique du Covid-19 permettront-elles de reconsidérer l’avenir du site dans le but de conserver partiellement, quand il en est encore temps, une indépendance sanitaire fortement compromise ? Un début de rupture avec les pratiques antérieures ? La preuve devra être faite dans bien des domaines…

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