Quand tombera sur la tête des Grecs le couperet de la BCE ?

Le Conseil d’administration de la Banque centrale européenne (BCE) réuni dimanche 28 juin a annoncé le maintien des crédits d’urgence aux banques grecques (ELA). Le Conseil précise toutefois qu’il se tient prêt à revoir sa décision. Ainsi, le couperet n’est pas tombé aujourd’hui mais tombera peut-être demain ou après-demain… si Alexis Tsipras ne capitule pas ?

Le Conseil d’administration de la Banque centrale européenne (BCE) réuni dimanche 28 juin a annoncé le maintien des crédits d’urgence aux banques grecques (ELA). Le Conseil précise toutefois qu’il se tient prêt à revoir sa décision. Ainsi, le couperet n’est pas tombé aujourd’hui mais tombera peut-être demain ou après-demain… si Alexis Tsipras ne capitule pas ?

Mais de quel « couperet » s’agit-il ?

Rappelons que depuis août 2014, la Grèce n’a reçu aucun soutien financier alors qu’elle reste très exposée au paiement de sa dette (17 à 20 milliards d’euros en 2015) et des intérêts liés (entre 20 et 22% des dépenses de l’Etat).

Depuis le 25 janvier, les « institutions » (nom donné à l’ex Troïka) n’ont pas facilité la vie du jeune gouvernement grec et se sont attaqué délibérément au maillon le plus faible du système financier grec : les banques.

Que l’on en juge : le 4 février, un des principaux canaux de financement des banques grecques a été coupé par la BCE sous prétexte que le maintien de ce canal supposait que la Grèce reste bien dans le cadre des réformes (le triplet austérité, déréglementation, privatisations) acceptées par les gouvernements précédents.

Le 25 mars, la même BCE a déclaré estimer que la dette du pays fait peser un risque sur les établissements financiers grecs. La BCE s'est ainsi émue du « risque que le bilan (des banques grecques) soit plombé par des actifs de mauvaise qualité ». L'institution a ainsi intimé l’ordre aux banques grecques « de ne pas augmenter leur risque »En clair, elle leur a demandé d'arrêter d'acheter de la dette d'Athènes.

Or, c'est principalement auprès des banques grecques qu'Athènes écoule les bons du trésor émis à intervalles réguliers, qui lui servent à rembourser les précédents et à se maintenir à flot financièrement…

L’annonce par le Premier ministre grec d’un référendum, sans doute sur le contenu des réformes que les institutions créancières de la Grèce veulent lui imposer, a été considérée par l’Eurogroupe comme une rupture des négociations par la partie grecque. Habitué aux discussions et aux décisions prises dans des cénacles protégés du bruit et des regards des peuples, l’Eurogroupe n’a donc pas supporté que soient mises au grand jour ses exigences : une hausse encore plus forte de la TVA que celle déjà élevée concédée par le gouvernement grec, des coupes encore plus sévères dans le régime de retraite supposé tendre très vite vers le zéro déficit -ce qui implique une nouvelle contraction des dépenses de retraite de l’ordre de 20%-, l’abandon des prélèvements envisagés sur les entreprises et les ménages les plus aisées, etc.

L’Eurogroupe, cette instance déclarée comme « informelle » par son Président mais prenant néanmoins des décisions très formelles et très politiques, a donc estimé que le gouvernement grec s’était en quelque sorte « mis hors-jeu » des négociations en cours, laissant la BCE en tirer la conclusion qui semble s’imposer : couper les crédits d’urgence aux banques grecques.

Si telle devait être la décision de la BCE –une décision hautement politique –, cela signifierierait que le gouvernement grec n’aurait d’autre solution que de réquisitionner la Banque de Grèce, ce qui équivaudrait à une sortie de fait de la Grèce de la zone Euro.

Cette décision n’a donc pas été prise ce jour.

Pour quelle raison ?

Deux explications peuvent être avancées. La première est que, consciente de la gravité d’une telle décision, la BCE hésite. Un « Grexit » ouvre la boîte de Pandore pour la Grèce mais pas seulement…La seconde explication est que la BCE, comme l’Eurogroupe, espèrent que le Premier ministre grec finira par capituler et, pourquoi pas, faire comme un de ses prédécesseurs en novembre 2011, Georges Papandreou, renoncer à son projet de référendum et, surtout, continuer comme lui sur le chemin de l’austérité qui a conduit la Grèce là où elle en est aujourd’hui.

Si cette seconde option se révèle la bonne –nous le saurons rapidement –, l’extrême droite arrivera très vite au pouvoir en Grèce. Mais il n’est pas sûr qu’une telle perspective effraie vraiment l’Eurogroupe et la BCE. Elle devrait en revanche mobiliser les peuples européens et leurs élus.

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