Manolis Glezos: un Grec indomptable nous a quittés

Qui était Manolis Glezos, que de Gaulle avait un jour de 1949 qualifié de « premier résistant d’Europe » ?

Cet hommage lui était rendu pour avoir décroché, une nuit de la fin mai 1941, avec son ami et camarade Apostolos Santas, le drapeau nazi hissé au sommet du Parthénon depuis quelques semaines. Il refusa pourtant ce titre de « premier résistant », considérant qu’il devait être attribué à Mathios Potagas, un jeune de 17 ans, tué par les allemands début mai 1941 pour s’être mis en travers de la route d’une colonne de chars.

Glezos, âgé de 19 ans, n’en était pourtant pas à son premier engagement. Dès ses 17 ans, il avait, en effet, participé à la constitution d’un groupe de jeunes antifascistes luttant contre les Italiens de Mussolini et contre la dictature du général grec Metaxas.

Après avoir dérobé le drapeau nazi, Glezos est condamné à mort par les nazis, par contumace car ayant réussi à s’échapper avec son camarade. Il est cependant capturé quelques mois plus tard et torturé (mars 1942). Cet emprisonnement et les tortures qu’il aura subies ne seront pas les dernières, tant s’en faut. Il est de nouveau arrêté et emprisonné par les Italiens en avril 1943. En février 1944, il est fait prisonnier par des collabos grecs mais il réussit à s’évader. Dans le droit fil de ses convictions, il s’engage à nouveau dans les combats meurtriers de la guerre civile qui ravage son pays à la fin de la seconde guerre mondiale. Il est jugé pour ses convictions politiques et condamné à mort plusieurs fois par le gouvernement de droite.  Une nouvelle condamnation à mort donc, qui ne sera jamais exécutée en raison des nombreuses protestations internationales, dont celle du général de Gaulle en 1949.

En 1967, fidèle à lui-même et à ses convictions politiques, il reprend le combat, cette fois contre la junte des colonels installée par la CIA. Il est à nouveau arrêté et déporté sur les îles bagnes de la mer Égée. De nouveau livré à des tortionnaires, l’indomptable Grec, qui répétait sans cesse qu’il n’était ni une statue ni un tableau, aura été condamné vingt-huit fois pour ses convictions et ses actions politiques et aura passé seize ans de sa vie en prison.

Glezos participe à la fondation de « SY-RIZ-A » (acronyme de « Coalition de la gauche radicale ») en 2003. Il est élu député européen de ce jeune parti en 2012, parti qui, comme on le sait, accède au pouvoir en 2015 avec l’ambition, très vite abandonnée, de déchirer les mémorandums et de renoncer à toute politique d’austérité. Dénonçant les pseudos accords signés par le gouvernement grec avec les institutions européennes et le FMI, refusant de considérer que celles-ci étaient des « partenaires » de la Grèce, il entre à nouveau en résistance et finit par rompre avec SYRIZA en août 2015, ce, après avoir présenté ses excuses au peuple grec quelques semaines plus tôt pour avoir « soutenu l’illusion que cela [la mise en œuvre du programme de SYRIZA] serait fait ».

La rupture avec SYRIZA doit être mise en perspective de deux évènements. Le premier est la très large victoire du « NON » (plus de 60% des votants) au referendum organisé par le gouvernement le 5 juillet 2015. Par ce referendum, le gouvernement soumet à la décision des Grecs l’accord envisagé avec les institutions européennes et le FMI, accord qui se résume à l’octroi d’aides supplémentaires (en fait, des aides qui n’en sont pas et qui permettent seulement à la Grèce de rembourser ses créanciers) contre une aggravation de la politique d’austérité. À l’issue de ce referendum le premier ministre grec, Tsipras, appelle à une forme d’union nationale et indique vouloir poursuivre les négociations, affirmant ne pas prendre le résultat comme une volonté de rupture avec l’Europe…

De fait, Tsipras conclut le 13 juillet un accord que Glezos considère comme une trahison de la parole du peuple et une véritable capitulation dont il dira : « La fumée blanche de ce matin provenait des cendres de la Grèce ».

Depuis 2015, Manolis Glezos suivait de près la situation politique de son pays et de l’Europe, alternant séjours à Athènes, où il recevait fréquemment des visiteurs grecs et étrangers, et dans son village natal d’Apiranthos (sur l’île de Naxos) dont il était le maire…partisan indéfectible toutefois de la démocratie directe qu’il appelait de ses vœux par la multiplication des recours au referendum.

L’indomptable Grec est mort mais ses idées de démocratie, de justice et de liberté continuent de vivre : « Z » (ζει, il vit).

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