De « Macron ou le chaos » à « Macron et le chaos » ?

Trois années nous séparent des prochaines élections présidentielles et la messe est loin d’être dite, surtout si la politique économique et sociale du Gouvernement ne donne pas les résultats annoncés et que certains « ennuis » judiciaires touchant divers proches du Président viennent perturber le cours de l’histoire… Alors, « Macron ou le chaos » ou « Macron et le chaos » !

Il est impossible, depuis de trop longues semaines, d’échapper à la propagande macronienne, qui, depuis le déclenchement du mouvement des Gilets jaunes, n’a eu d’autre objet que de détourner l’attention de la population des nombreux problèmes que connaît notre pays.

Ont été imposés les « éléments de langage » voulus par « l’Elysée », du prétendu « grand débat » hier à « l’acte 2 du quinquennat » aujourd’hui, complaisamment diffusés par une certaine presse, prompte à relayer la « bonne parole » présidentielle.

A été supprimée de facto une véritable campagne électorale, le Président concentrant toute la lumière sur son discours, se comportant en chef de clan, au service de ses seules idées, méprisant le devoir de neutralité auquel il était normalement tenu.

Est pratiquement passée sous silence, pour finir, la défaite face au Rassemblement national, pourtant bien réelle et même d’autant plus réelle et cuisante que certains médias qui la relativisent et vont même jusqu’à la nier aujourd’hui annonçaient, il y a quelques semaines seulement, que, pour le Président, tout résultat autre qu’une première place serait considéré comme un échec justifiant notamment un remaniement de grande ampleur destiné à sanctionner des Ministres défaillants…

Qu’en est-il en fait ? La liste du Rassemblement National a doublé celle de La République en Marche, reléguée à la deuxième place, ce qui n’empêche ni la « macronie » de parler de résultat « honorable », ni le Président de renoncer complètement aux menaces proférées à l’encontre de ses « mauvais petits soldats ».

Les médias suivent le mouvement, préférant se concentrer sur les échecs, bien réels eux aussi, des Républicains et de la France insoumise…

L’attitude et les propos de Madame Loiseau, tête de liste « Renaissance », et de ses colistiers, ont constitué un grand moment de la soirée électorale du 26 mai. On n’avait pas assisté à un tel concentré d’autosatisfaction, de mensonge et de langue de bois depuis bien longtemps ! Un morceau d’anthologie !

On est passé à autre chose, toujours dans l’optique de (sur)valoriser l’action présidentielle : à la veille du 75 ème anniversaire du débarquement de Normandie, qui permettra bientôt à notre « Hyper-Président » de briller sous les yeux du monde entier, c’est aujourd’hui son double combat visant, d’une part, à dépouiller LR de ses derniers électeurs dans la perspective des prochaines élections municipales, d’autre part, à prendre la tête de l’Europe, qui occupe le devant de la scène, permettant opportunément de masquer des fautes majeures du « Macron Ministre de l’Economie » et du « Macron Président » dans les dossiers « Alstom/General Electric » et « Ascoval/British Steel », pour ne prendre que deux exemples d’une brûlante actualité…

On n’a, selon moi, pas fini d’en parler, tant les mensonges par action et par omission de l’équipe gouvernementale apparaissent grossiers ; il suffit, pour en être convaincu, de prendre connaissance des propos tenus notamment par le Ministre de l’Economie et la Porte-parole du Gouvernement, d’une accablante mauvaise foi…

Même si c’est une habitude de leur part, j’ai pour ma part le plus grand mal à m’y habituer…

Mensonge, manipulation ? Les termes sont forts, et pourtant…

Le résultat des élections européennes, comparé à celui du premier tour des élections présidentielles, en est une illustration exemplaire :

Au premier tour des élections présidentielles 2017, sur 47 581 118 électeurs inscrits, on avait dénombré 10 577 572 abstentionnistes, 37 003 546 votants, 659 302 bulletins blancs, 285 431 bulletins nuls, soit, finalement, 36 058 813 suffrages exprimés représentant 75,78 % des inscrits.

Le candidat Emmanuel Macron avait obtenu 8 657 326 voix, soit 18,19 % des inscrits, devant la candidate Marine Le Pen, créditée de 7 679 493 voix, soit 16,14 % des inscrits.

Aux élections européennes 2019, sur 47 344 735 électeurs inscrits, on a dénombré 23 613 483 abstentionnistes, 23 731 252 votants, 551 235 bulletins blancs, 525 793 bulletins nuls, soit, finalement, 22 654 224 suffrages exprimés représentant 47,85 % des inscrits.

La liste Jordan Bardella/Marine Le Pen a obtenu 5 281 576 voix, soit 11,16 % des inscrits, devant la liste Nathalie Loiseau/Emmanuel Macron, créditée de 5 076 363 voix, soit 10,72 % des inscrits.

Cela signifie que, d’une élection à l’autre, le nombre de voix obtenues par Emmanuel Macron a baissé de 3 580 963 (soit – 41,37 %), et celui de Marine Le Pen de 2 397 917 (soit – 31,22 %), scores à comparer à la baisse globale de la participation, qui s’établit à 35,87 %.

Avec une baisse inférieure à la moyenne, l’électorat RN s’est donc globalement montré nettement plus « solide » que l’électorat LREM.

A tel point que de 81,81 % au premier tour des élections présidentielles, la proportion d’électeurs inscrits ne faisant pas confiance en première intention à Emmanuel Macron est passée à 89,28 % aux élections européennes !

Oser parler de résultat « honorable » dans ces conditions relève de la désinformation pure et simple, que je pensais être l’apanage des régimes non démocratiques….

La vérité est que la liste « Renaissance » a subi un camouflet en dépit de l’engagement massif du Président. Camouflet suivi d’une campagne de camouflage, ceux que l’on appelle communément les « éditocrates » se chargeant des opérations de diversion en concentrant leur activisme éditorial sur les difficultés de la droite républicaine, évidemment présentée comme à l’agonie, incapable de renaître de ses cendres…

De fait, la « bande à Macron » a réussi à capter nombre de ses voix en surjouant la peur des populistes, de l’extrême droite, de l’extrême-gauche, des « black blocs », des gilets jaunes radicalisés, de tous ces fauteurs de troubles réels ou supposés, mentant délibérément, au risque (calculé et profondément cynique) d’accentuer encore la fracture entre les différentes composantes de la population française, tout en faisant semblant de se préoccuper du sort des plus modestes, dont elle n’a que faire en réalité…

En se projetant dès maintenant sur les élections municipales de 2020 et les élections présidentielles de 2022, sondages avantageux pour Emmanuel Macron à l’appui, les laudateurs du Président oublient une donnée fondamentale, qu’illustre parfaitement la comparaison de ses résultats aux scrutins de 2017 et 2019 : son électorat, qui penchait plutôt à gauche au premier tour des présidentielles (actant le recul historique du PS), penche désormais de plus en plus à droite (actant le recul, historique lui aussi, de LR) ; en clair, ce sont aujourd’hui des électeurs « de droite » pris à LR[1] qui ont pris le relais d’électeurs « de gauche » pris au PS.

Le socle électoral sur lequel peut s’appuyer Emmanuel Macron apparaît en réalité très mouvant, les sympathisants de droite qui viennent de le soutenir pouvant fort bien le quitter comme l’ont déjà fait nombre de sympathisants de gauche, soutiens de la première heure, déçus de la politique actuelle, qui préfèrent soutenir des listes alternatives (EELV en particulier, dont le succès est à confirmer) ou s’abstenir…

En maintenant obstinément son cap tout en poursuivant son entreprise de démolition des partis politiques de gouvernement, PS d’abord et LR aujourd’hui, ne risque-t-il pas de mécontenter à leur tour des électeurs qu’il vient tout juste de « conquérir » ?

Trois années nous séparent des prochaines élections présidentielles, et, fort heureusement, la messe est encore loin d’être dite, surtout si la politique économique et sociale du Gouvernement ne donne pas les résultats annoncés et que certains « ennuis » judiciaires touchant divers proches du Président viennent perturber le cours de l’histoire…

Est-il vraiment sérieux d’imaginer qu’il puisse être, en cas de victoire dans un nouveau duel l’opposant à Marine Le Pen, un Président « légitime », si, comme on peut raisonnablement l’envisager, l’abstentionnisme et les votes blancs et nuls progressent encore, réduisant sa base électorale à moins de 10 % des électeurs inscrits, ou, dit autrement, l’opposition à sa personne à plus de 90 %...

Ce ne serait donc plus « Macron ou le chaos » mais « Macron et le chaos » !

 

[1] Les résultats dans l’ouest parisien et dans certaines grandes villes « de droite » en sont la parfaite illustration…

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