De « ti bo » en « ti bo », qui trop embrasse mal étreint…

De New-York à Saint Barthélémy, Emmanuel Macron a vécu un périple nord-américain tempétueux, contrairement à l’objectif poursuivi, « selfies » et « bisous » ne suffisant pas à redresser la barre, d’autant qu’en même temps, en Métropole, le Ministre de l’Intérieur s’ingéniait à faire souffler des vents contraires…

L’histoire bégaie.

Une fois de plus…

Comme si les incidents à répétition des derniers mois ne suffisaient pas et qu’il n’en avait été tiré aucune leçon.

La séquence de dix jours qui s’est achevée le week-end dernier devait, en termes de communication, être pour Emmanuel Macron celle de la « reconquête » d’une opinion publique déboussolée, avec, pour commencer, la rencontre puis la désormais traditionnelle « vraie fausse confrontation » avec Donald Trump à l’occasion de l’Assemblée générale de l’ONU, suivies de la remise à grand spectacle de deux titres, « Champion de la Terre » et « Champion du Climat », pour son engagement en faveur de l'Environnement, et, pour finir, quatre jours pleins aux Antilles, histoire de montrer combien il est un « vrai » écologiste (en s’intéressant notamment au chlordécone et aux sargasses), combien il se préoccupe de l’emploi des jeunes (en donnant des conseils à un chômeur), et, cerise sur le gâteau, combien il sait faire preuve de simplicité, de compréhension, de compassion, d’empathie, etc., à l’égard des gens pauvres et/ou sinistrés, comme devait le prouver son parcours aux Antilles, qui l’a conduit de la Guadeloupe à Saint-Barthélémy, en passant par la Martinique et Saint-Martin…

Un bien beau programme en vérité.

De New-York, on retiendra surtout le fait que, comme à l’accoutumée, Donald Trump, toujours aussi (im)prévisible, a remporté la pseudo-joute qui les oppose (et les rapproche « en même temps ») depuis leur accession aux « affaires », et que, s’agissant de l’écologie, de la médaille (en chocolat bio, évidemment issu d’une agriculture responsable), les observateurs hexagonaux les plus avertis n’ont retenu que le revers, symbolisé par les mauvais résultats de la France, particulièrement en matière de lutte contre le réchauffement climatique.

Des autres escales, à Pointe-à-Pitre, Fort-de-France et Saint-Martin en particulier, par-delà les accolades, les embrassades, les « bisous », les « selfies » et autres marques d’une proximité de façade avec les représentants de la « France d’en bas », comme on l’appelait il y a peu de temps encore, on retiendra la nouvelle leçon de morale donnée à un jeune chômeur (bis repetita placent !) et surtout l’échange hyper médiatisé avec un « braqueur » tout juste sorti de prison, sa mère et son cousin (si l’information relayée par la presse est bonne), conclu par un dernier « selfie » pour le moins embarrassant, à l’origine d’une nouvelle tempête médiatique.

Conduisant comme d’habitude à des explications de texte frisant le ridicule, de la part non seulement de la Secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les Femmes et les Hommes, qui a vu dans certaines des réactions suscitées par le geste obscène du jeune homme la manifestation d’un racisme anti-noir, mais encore et surtout du Président lui-même, qui a cru éteindre l’incendie naissant par un message lénifiant sur l’Amour qu’il porte à tous les enfants de la République[1]...

Pas sûr que tous les enfants de la République, jeunes et moins jeunes, comprennent vraiment le sens de ce message, même si, c’est une évidence, tous les enfants de la République ont naturellement droit aux mêmes égards. Encore faut-il que ce message ne soit pas brouillé par le peu de considération qui est objectivement porté à beaucoup de nos compatriotes, précisément parmi les plus fragiles et les plus démunis.

On a fort heureusement échappé au recueillement sur la tombe de Johnny Hallyday, même si c’était « dans un coin de sa tête », fortement déconseillé par sa garde rapprochée, consciente des effets désastreux qu’il pourrait avoir en termes de communication au terme de ce long périple nord-américain[2]

Alors que la tempête tropicale faisait rage aux Antilles, « en même temps », une autre tempête se préparait en Métropole avec les effets de la démission de Gérard Collomb, Ministre de l’Intérieur, à l’origine de multiples réactions à droite, à gauche et ailleurs.

Jusqu’à ce qu’on apprenne que le Président la refusait, redonnant ainsi à son Ministre, selon certains observateurs, une légitimité qu’il avait perdue, et que, dernier épisode de ce très mauvais feuilleton, le futur ex-Ministre de l’Intérieur maintenait sa demande de démission, mettant son « fils spirituel » dans un embarras croissant en le contraignant à l’accepter dans la nuit…

Un embarras majeur ajouté à tous ceux nés avant et pendant l’escapade antillaise, qu’aucune accolade, aucun « selfie », aucun « bisou » ne pourra réduire et encore moins supprimer.

Confirmation, s’il en était besoin, de la justesse d’un proverbe aussi vieux que les « ti bo » de la chanson traditionnelle antillaise « Ba moin en ti bo » : qui trop embrasse mal étreint !

 

[1] « J'aime chaque enfant de la République, quelles que soient ses bêtises, parce que bien souvent, parce que c'est un enfant de la République, il n'a pas choisi l'endroit où il est né, et il n'a pas eu la chance de ne pas en faire ».

[2] « Pas question en effet de brouiller l’image d’un président soucieux des problématiques de proximité et de dérèglement climatique dans les Antilles avec une note finale « people » qui pourrait l’exposer à des accusations d’opportunisme », comme on a pu le lire dans Le Parisien.

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