Macron à la campagne et en campagne : entre itinérance et ras le bol…

Au terme d’un pont de la Toussaint qui a permis de découvrir ce que, pour l’Elysée, signifient « gérer son effort » et « voyage à titre privé », le temps est venu de respirer un grand coup, et, par souci d’équilibre dans la relation Gouvernant-Gouvernés, de nous préparer à exprimer bientôt, après « l’itinérance mémorielle », le ras-le-bol phénoménal qui touche une large majorité de Français.

A l'issue du dernier Conseil des Ministres, le porte-parole du Gouvernement, Benjamin Griveaux, avait expliqué :

« Comme des millions de Français, il peut arriver au Président de la République de prendre quelques jours. »

Trois jours de repos donc, évidemment sans relation avec un totalement (im)probable « coup de pompe », visant simplement à « gérer son effort » dans un agenda extrêmement chargé.

Rien de plus normal en effet.

Je me suis alors réjoui de pouvoir disposer moi aussi d’une semaine de repos.

D’être enfin « en vacances », libéré, où que je me trouve, de la corvée d’entendre encore et encore parler (et parler de) notre Président...

D’autant que le séjour du couple présidentiel étant « privé », c’est-à-dire normalement loin des caméras et des journalistes, dans un lieu tenu soigneusement secret, à en croire l’Elysée, nous allions enfin pouvoir être tranquilles.

Raté ! Ou pleinement réussi, au choix !

C’était compter sans la boulimie des médias, chaînes de télévision en continu et presse people en particulier, pour tout ce qui touche Madame et Monsieur.

C’était compter aussi sans la boulimie de ce(s) dernier(s) pour tout ce qui touche la mise en scène de son (leur) image.

Sitôt quitté Paris, le monde entier savait où ils allaient passer la fin de la semaine.

On savait même le prix des chambres.

Un week-end prolongé, à ses frais, selon l’Elysée, même si cela semble hautement improbable comme l’ont fait remarquer perfidement certains proches de son prédécesseur. On imagine mal en effet que le Président ait à supporter à titre personnel le coût de tout son « équipage »…

Un séjour à La Lanterne eut coûté beaucoup moins cher. Quant au fort de Brégançon, pas la peine d’y penser. Et d’ailleurs, la piscine ne devait-elle pas être démontée à la fin de l’été ?

Du coup, alors que j’espérais qu’enfin, sa parole se ferait rare, elle est demeurée omniprésente, et même plus pesante encore qu’à l’accoutumée.

D’autant que le porte-parole de l’Elysée s’y est mis à son tour ! Par mimétisme sans doute, il s’est apparemment pris pour le Président en tenant des propos dignes de son patron - presque du Macron dans le texte ! - rapportés par le JDD : « Wauquiez, c'est le candidat des gars qui fument des clopes et qui roulent au diesel ».

Ce qu’en langage Macronien, on appelle le « parler vrai ».

Cash certes mais pas vraiment classe vis-à-vis de Wauquiez et tout à fait insultant et détestable vis-à-vis des nombreux Français et Françaises qui, véritables sauvageons, pollueurs impénitents et sans scrupules, manifestement très mal éduqués, et, en même temps, incontestablement trop dociles, continuent bêtement à fumer (horreur !) et à utiliser un carburant (horreur ! malheur !) dont on leur a vanté les mérites pendant des décennies.

Honte à eux, qui, contrairement à Benjamin Griveaux, ne pourront pas affirmer : « Je veux pouvoir me regarder dans la glace dans 30 ans et dire à mes enfants : on a fait des choix difficiles, mais on les a faits pour votre génération ! ».

Quelle belle sentence !

Quelle hypocrisie !

Pour ma part, je ne suis plus concerné par le tabac depuis 20 ans. Je le suis en revanche par le diesel, auquel j’ai eu le tort de succomber il y a une dizaine d’années, après avoir résisté pendant quarante ans.

Erreur funeste !

Pour en revenir à notre Président, dont je rêvais, pour ma tranquillité personnelle, que sa parole se ferait enfin rare, nouvelle erreur, tout aussi funeste : il n’a pu s’empêcher de se livrer à son exercice préféré, le « bain de foule », avec son cortège de journalistes et de photographes, et de délivrer ces formules dont il a le secret, censées exprimer à la fois sa proximité avec le « peuple » et sa détermination à poursuivre dans la même voie, avec, cette fois-ci un imparable « Je ne lâche rien » qui en dit long sur les ennuis (les nôtres) qui s’annoncent.

C’était beaucoup.

C’était déjà trop.

On a eu droit, une fois encore, aux détails sur les tenues de Madame et Monsieur. Ainsi savons-nous que « Côté look, il n'y a pas que Brigitte Macron qui avait soigné sa tenue. Au côté de son épouse, vêtue d'un long manteau à double-boutonnage et bottines rock, le Président est apparu dans un blouson d'aviateur en cuir. »

Information cruciale s’il en est, chacun de nous en conviendra...

Mais l’essentiel est ailleurs, dans l’interview accordée à Ouest-France, où il livre sa vision des prochaines échéances électorales, à commencer par les élections européennes, vision reposant sur sa lecture comparée de la situation de l’Europe dans les années 30 et celle que nous connaissons aujourd’hui.

Nous le savions Enarque, Inspecteur des Finances, Comédien, Banquier, Jet-skieur (en zone interdite), Philosophe, Ministre, Boxeur, Président, Monarque…

Nous savions également qu’il aurait aimé être Ecrivain…

Nous ne le savions pas Historien.

Un véritable « couteau suisse »...

Il se trouve (mal)heureusement un certain nombre de personnes, Historiens en premier lieu bien sûr, mais aussi Responsables politiques, Sociologues, Economistes…, qui, de par leurs études et les enseignements qu’ils dispensent (ou ont dispensé, comme c’est mon cas), peuvent contredire point par point la présentation ultra-simpliste et pour tout dire mensongère qu’il a faite de cette période noire de l’histoire européenne, de notre histoire.

Dans quel but ? Simplement abuser le citoyen de base par une vision ultra manichéenne du monde, annoncer le chaos et se poser en sauveur.

On a connu quelques sauveurs dans le passé mais pour l’être ou le devenir, il faut une autre stature.

Et ce n’est pas « le blouson d’aviateur en cuir » façon « Top gun », évoqué précédemment, qui suffira. Tout juste permettra-t-il à quelques groupies énamourées de disposer de « selfies » un peu plus glamour, comme si elles s’étaient trouvées en compagnie de Tom Cruise, que s’il avait été revêtu d’un traditionnel « costume cravate ».

La Com’, toujours la Com’ !

Je me suis dit que c’était fini, que plus rien d’autre ne pourrait arriver. Nouvelle erreur : nouveau coup de Com’ avec le clip encourageant les Citoyens à aller voter. Normalement rien de bien méchant et encore moins de répréhensible là-dedans.

A priori…

Mais, comme l’ont immédiatement relevé divers responsables politiques, de gauche comme de droite, ce n’est pas un simple clip mais bel et bien une atteinte à la démocratie, de la propagande… Cette propagande si chère justement aux régimes totalitaires qu’il dit à juste titre avoir en horreur, au pouvoir en Italie, en Allemagne, en URSS dans les années 30…

Justifiée et relayée comme il se doit par tous ceux qui, dans certains médias en particulier, passent leur temps à glorifier le Président, ses paroles et ses actes, allant même, pour faire bonne mesure, jusqu’à puiser dans les archives nationales les documents susceptibles de lui donner, à travers les exploits militaires de ses arrière-grands-pères pendant la première guerre mondiale, un quasi brevet de Poilu…

Il se trouve que je suis né et j’ai vécu pendant de longues années à Sainte-Hermine, Commune de Vendée où Georges Clemenceau[1] fut Médecin et où fut érigé le monument qui le montre au milieu de ses Poilus, inauguré en sa présence en 1921.

Pas sûr que le Tigre (ou Père La Victoire) se reconnaîtrait vraiment dans celui qui, aujourd’hui, prétend sauver la France, l’Europe, le Monde, l’Univers...

Quant à mon rêve de tranquillité, je pense qu’il en restera là, l’« itinérance mémorielle » annoncée par le service de la Com’ élyséenne, qui prendra le relais, dès lundi, de ses « vraies fausses vacances » en Normandie, ayant toutes les chances de monopoliser l’ensemble des médias pendant une dizaine de jours encore…

Il ne me reste donc qu’à attendre patiemment que cet épisode soit clos…

Sans doute, mais je suis hélas certain que de nombreux autres suivront, à un rythme de plus en plus rapide, ne serait-ce que pour essayer de compenser les effets des sondages désastreux qui se succèdent depuis des mois…

Aussi, pour changer, puisque nous sommes condamnés à entendre vanter les mérites de la politique actuelle de notre Président, pourquoi ne pas le condamner, lui, à entendre ce que nous avons à lui dire ?

Pas à travers de pseudo bains de foule pour bisous, selfies, accolades et poignées de main, mais par un mouvement de protestation d’ampleur nationale, à la fois vaste et coordonné, dépassant les clivages politiques partisans, à l’instar du combat actuel contre l’augmentation scandaleuse du prix des carburants, pour qu’il comprenne que la contestation, le mécontentement, la colère qui montent dans l’opinion publique, ne sont pas le fait d’êtres irresponsables, assistés, râleurs réfractaires au changement, fumeurs de clopes ou empoisonneurs qui se gavent de gazole, mais de citoyens bien réels, appartenant à toutes les couches de la Société, à toutes les classes d’âge, confrontés à de vraies difficultés, et qui, ayant de plus en plus de mal à joindre les deux bouts, tiennent à lui exprimer leur ras-le-bol.

Pour finir, je joins ma voix à celle de mes concitoyens, qui, simplement, sobrement, le 11 novembre prochain, 100 ans après la fin d’un épouvantable carnage, honoreront nos aïeuls, morts pour la France, morts pour nous permettre de vivre. 

[1] Je n’oublie pas mon domaine d’activité, la Santé au travail, aujourd’hui à la veille d’une énième réforme, ce qui me renvoie naturellement à… Georges Clemenceau, qui m’avait inspiré un article publié en septembre 2012 sur le site d’epHYGIE, Santé au travail (fiction) : une renaissance à l’horizon 2065 ?

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