Le Roi, son trône, le déconfinement et nous

Ce billet est avant tout un hommage à toutes les victimes du coronavirus ainsi qu’à celles et ceux grâce auxquel(le)s notre vie s’est poursuivie sans trop de dommages pendant près de deux mois, à travers un autre hommage, rendu, lui, à Georges Brassens, l’auteur-compositeur français qui, à mes yeux, symbolise le mieux la Liberté, toutes les Libertés.

Avec le confinement, nous avons tous pu vaquer à de nombreuses occupations, parfois délaissées depuis longtemps faute de temps : lire, écouter de la musique, dessiner, bricoler, faire du jardinage ou du rangement...

Réfléchir aussi, à tout et à rien !

Un sujet s’est imposé rapidement à nous : la politique gouvernementale en matière de lutte contre le coronavirus.

Pas surprenant, compte tenu de l’invasion des plateaux télé par une foultitude d’experts du Covid 19 ou prétendus tels tenant des propos contradictoires. Compte tenu également (et même surtout !) de la gestion chaotique de la crise par le Gouvernement, d’autant plus dépassé par les événements qu’il a dû en permanence se plier au bon vouloir de sa Majesté, quitte à tordre fréquemment le cou à la vérité, à propos des masques bien sûr mais pas uniquement.

Avec un partage des rôles soigneusement réglé : Emmanuel Macron en Chef de guerre puis en Père Noël d’un côté, Edouard Philippe en bon petit soldat puis en Père Fouettard de l’autre (avec, ce matin, un changement de ton dont on ignore la justification exacte…), et, tout autour, des figurants et sous-figurants en pagaille complétant la distribution.

Fort heureusement, pendant toutes ces semaines, l’imagination est restée au pouvoir chez les confinés, permettant ainsi de rendre hommage à toutes celles et tous ceux grâce auxquels notre vie est demeurée acceptable, d’échanger aussi en partageant des photos, des dessins, des vidéos, des textes et des chansons...

Je pense en particulier à la toute première et magnifique « vidéo confinée », réalisée à partir de la chanson de Bourvil, « La Tendresse - Symphonie confinée ». De nombreuses autres ont suivi sur le même schéma. J’ai également à l’esprit les reprises parodiques de grandes chansons de notre répertoire national, parmi lesquelles celle de Charles Aznavour, « Comme ils disent », interprétée par Leumas, dont les « nouvelles » paroles, fruit du confinement, plutôt sévères à l’égard de notre Président, m’ont pleinement rassuré sur la persistance de l’esprit critique chez certains Français, heureusement insensibles à la propagande d’Etat…

Ces exemples m’ont donné l’idée de me lancer à mon tour, dans l’écriture, pas dans le chant ! Encore fallait-il trouver le texte adéquat.

Je n’ai même pas eu à chercher car une chanson m’est immédiatement venue à l’esprit : « Le Roi », de Georges Brassens, extrait de l’album n° 11, sorti en 1972, où l’on trouve également le superbe « Mourir pour des idées »... Quel meilleur auteur trouver que notre immense poète, à l’esprit frondeur, anarchiste au grand cœur, dont les airs m’accompagnent depuis le milieu des années 50, grâce à ma Tante Nanette, alors interne au Collège de jeunes filles de Luçon, en Vendée, qui, chaque fin de semaine, rentrait dans notre Saint-Juire-Champgillon natal en fredonnant les dernières chansons de Georges…

Il ne me restait plus qu’à écrire des paroles adaptées aux circonstances...

Vous les trouverez ci-dessous, et, si vous souhaitez les chanter à la manière de notre Sétois d’honneur, aucun problème : la versification de l’ensemble suit exactement le rythme choisi par son auteur-compositeur. Et si vous voulez faire mieux encore, il suffit de vous reporter aux tablatures expliquées par le compositeur et guitariste Yves Uzureau dans « Georges Brassens - J’ai rendez-vous avec vous », livre passionnant paru aux éditions Robert Laffont dans la collection Bouquins, qui contient l’intégrale des chansons qu’il a enregistrées, paroles et musiques, soit 136 textes et partitions au total : un régal !

J’espère simplement que « mes » paroles, dont la seule ambition est de divertir, quitte à provoquer quelques égratignures, ne le feront pas se retourner dans son onirique dernière demeure, celle pour laquelle il avait écrit, en 1966, la savoureuse « Supplique pour être enterré sur la plage de Sète », où il rendait hommage à un autre illustre Sétois :

« Déférence gardée envers Paul Valéry,
Moi l'humble troubadour, sur lui je renchéris ;
Le bon maître me le pardonne,
Et qu'au moins, si ses vers valent mieux que les miens,
Mon cimetière soit plus marin que le sien… »

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Le Roi Macron

Oui, c’est sûr, elle est bien bâtie
Sur du sable sa dynastie

Refrain
Vivement, ah, vivement qu’on
Détrône le Roi Macron !


Qu’il se méfie, ce Souverain,
De sa vanité, son dédain.
Refrain
Entendez-vous, mes bons amis,
Toutes ces clameurs, tous ces cris ?
Refrain
Et le tocsin républicain,
Qui résonne là-bas, au lointain ?
Refrain
Je, tu, il, elle, nous, vous, ils,
Personne ne veut qu’il rempile.
Refrain
C’est le peuple qui se réveille,
Au terme d’un trop long sommeil.
Refrain
Espérant que, de l’Elysée,
Le Roi, la Reine soient virés.
Refrain
Et c’est idem pour Matignon,
Qui, depuis mars, prend tous les gnons.
Refrain
Responsables des Ministères,
Ce qu’on attend ? De l’air, de l’air…
Refrain
Cher Président, on vous le dit :
Le Château, pour vous, c’est fini !
Refrain
Tchao théâtre, vous voilà branque,
Départ en vue, tchao la planque !
Refrain
En plus d’être déconfinés,
Nous serions tous débarrassés...
Refrain
Ce n’est pour l’heure qu’un simple rêve,
Que vienne vite la relève !

Refrain
Vivement, ah, vivement qu’on
Détrône le Roi Macron !

Gabriel Paillereau
le 11 mai 2020

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