Sale temps pour la Planète et… pour son Champion ! Qui trop embrase mal éteint !

La semaine qui vient de s’écouler restera probablement dans les mémoires comme l’une des pires de « l’ère Macron », notre « Champion de la Terre » étant « au sommet » à Nairobi en milieu de semaine, et, paradoxalement, « au plus bas » à la Mongie, quelques jours plus tard, alors que les Champs-Elysées étaient dévastés par quelques centaines de casseurs.

Un événement inopiné est chose fréquente. Nous en connaissons tous, de bons et de moins bons, chaque jour ou presque.

Que deux événements de même nature surviennent en même temps est en revanche beaucoup plus rare.

Mais s’il y en a trois ou plus, leur survenue simultanée, déjà exceptionnelle en soi, l’est davantage encore quand elle concerne ou vise une seule et même personne.

C’est précisément ce qui se passe en ce moment pour notre Président.

Tout Jupiter qu’il soit et/ou ait prétendu être (ou pas), il n’a rien vu (ou voulu voir ?) venir…

On ne compte en effet pas moins de quatre événements qui s’entrechoquent en ce moment dans un domaine qui, à l’écouter, est primordial à ses yeux : l’Ecologie.

Alors que se déroule aujourd’hui l’acte 18 du mouvement des Gilets jaunes, qui coïncide avec la fin du bien mal nommé « Grand débat » que notre Président nous a infligé, lequel se solde par une « micro-participation » des électeurs (2,5 % environ, sous réserve de vérification), le réchauffement climatique, la pollution, la transition énergétique (celle-là même qu’il nous avait servie au tout début du mouvement comme la justification de la hausse du prix des carburants…) viennent de se rappeler à lui (et à nous aussi, hélas !) de bien vilaine manière[1].

Lui qui se pose en leader de la lutte en faveur de l’Ecologie au niveau mondial ; lui, fort des titres de « Champion de la Terre » (on se souvient de son slogan : « Make our planet great again ») et de « Champion du Climat », qui lui ont été décernés à New-York, en septembre dernier, pour son engagement en faveur de l'Environnement ; lui, l’invité d’honneur du « One Planet Summit » qui vient de s’achever au Kénya ; lui, le « donneur de leçons en chef » des Chefs d’Etat du monde entier, a appris que sa politique venait de faire l’objet du dépôt d’une plainte pour « action insuffisante en matière de lutte contre le réchauffement climatique », déposée par quatre ONG luttant pour la défense de l’Environnement, à la tête desquelles on trouve notamment Nicolas Hulot et Cécile Duflot, qu’il est difficile de faire passer pour des ignares en la matière !

Le camouflet est d’autant plus sévère que cette mise en cause de sa politique fait suite à une pétition en ligne concernant « L’Affaire du siècle », signée par plus de 2 millions de personnes, un record absolu dans notre pays.

On comprend aisément l’irritation qui a été la sienne, que chacun de nous a pu mesurer à travers la Conférence de presse qu’il a donnée sur place, à Nairobi. Répondant à ses détracteurs, il a estimé que « sur le climat, il y a parfois beaucoup de postures sur ce sujet. Moi, je crois aux faits et à la réalité », puis, se défendant de l’inaction dont on l’accuse, il a contre-attaqué en ajoutant : « Je n'achète pas cet esprit. La solution est en nous tous. Ce n'est pas le peuple contre le gouvernement sur ces sujets-là. Les gouvernements doivent bouger, les grandes entreprises doivent bouger, les citoyens doivent bouger, les postures, elles ne m'intéressent pas. On est dans l'action concrète », comme l’a rapporté Europe 1.

Simple début : alors qu’il venait de fouler le sol africain, un porte-conteneurs italien, au doux nom de « Grande America », comme un clin d’œil à son ami Donald Trump, a sombré le mardi 12 mars, à quelque 350 km au large des côtes françaises. Les opérations en cours permettront à coup sûr de jauger « l’action concrète » de notre « Ministre d'État, Ministre de la Transition écologique et solidaire », dont il faut espérer que les actes dépasseront les doctes paroles, promises, je n’en doute pas, à la postérité : « Nous allons tout faire pour éviter une pollution à terre »

Ce qu’on appelle le minimum minimorum !

Fort heureusement pour nous, il n’est pas seul. Notre pays compte des experts de la lutte contre les marées noires et je ne doute pas qu’ils parviennent rapidement, sans l’aide du Ministre, à éviter le pire pour les côtes de Charente-Maritime et de Gironde, et pour tous ceux que la pollution menace, ostréiculteurs et mytiliculteurs en particulier.

Mais ce n’est pas tout.

Peut-être n’est-ce même qu’un début puisque le retour en France de notre « Champion » coïncide avec la journée de grève des Collégiens, Lycéens et Etudiants en faveur du Climat, très nombreux à « sécher » les cours hier pour marquer leur attachement à notre bonne vieille Terre et apparemment disposés à le faire à nouveau dans les semaines qui viennent.

L’entretien avec Greta Thunberg, la collégienne suédoise à l’origine du mouvement, reçue à l’Elysée il y a quelques semaines seulement, n’était en réalité qu’une opération de Com’ visant à donner le change sur la politique réelle de la France. Il n’a pas empêché les jeunes manifestants se réclamant de Greta de descendre dans la rue par dizaines de milliers et de scander des slogans très hostiles à la politique du Gouvernement. Même chose aujourd’hui avec la Marche du siècle, qui a mobilisé des centaines de milliers de personnes dans toute la France[2].

On voit bien, à travers l’occupation des ronds-points par les Gilets jaunes d’abord, avec celle de la rue par les Jeunes ensuite, que le Pouvoir est aujourd’hui en décalage total avec une large partie de la population. Et ce n’est certes pas le vrai faux « Grand débat » qui apportera les réponses attendues.

En résumé, son aveuglement est à l’origine d’un avis de tempête majeur pour lui-même et tous ceux qui le soutiennent sans sourciller[3].

La preuve que l’on peut « en même temps » s’imaginer le Maître du Monde à l’étranger et n’être Maître de rien en France.

Tout serait pourtant tellement simple si chacun de nous se tenait à la place qui lui est dévolue : au pied ; à ses pieds !

Les violences et dégradations sans précédent qui accompagnent depuis le milieu de la matinée, sur les Champs-Elysées, l’acte 18 du mouvement, dans un climat quasi-insurrectionnel, sont injustifiables, et il faut espérer que leurs auteurs et leurs inspirateurs soient poursuivis et condamnés avec la plus grande sévérité.

Tous ces faits sont absolument inexcusables, et c’est précisément parce qu’ils sont inexcusables qu’il est indispensable d’essayer d’en comprendre les fondements. Or, c’est justement cette recherche qui fait défaut depuis le mois de novembre.

En jouant la politique de l’autruche, en niant sa propre responsabilité, en refusant de donner des gages crédibles à une population en quête de reconnaissance et de justice, en mettant en avant des pseudo-solutions improvisées, sorties du chapeau d’un mauvais Magicien, le Pouvoir exécutif, appuyé par une majorité de Députés godillots, a, en parfaite connaissance de cause, pris le risque insupportable de contribuer à l’aggravation de la crise et à son installation dans la durée.

En oubliant un vieil adage, à peine détourné : « Qui trop embrase mal éteint ! »[4]

 

[1] Je me dois, à ce stade de la relecture de mon brouillon, d’ajouter cette « note de bas de page » pour réprouver avec force les débordements scandaleux, consternants, effroyables…, dont je suis en ce moment-même le témoin impuissant devant mon téléviseur, comme probablement des millions d’autres personnes ; débordements d'une ampleur que je n’avais évidemment pas à l’esprit en commençant la rédaction de ce billet, dont l’objet initial était de mettre en évidence le caractère ambivalent, hypocrite, pour ne pas dire schizophrénique, du positionnement de nos Dirigeants en matière de défense de l’environnement ; débordements qui ne peuvent évidemment que susciter indignation, colère et dégoût chez l'immense majorité des Français, très inquiets comme je le suis moi-même pour l’avenir de notre pays, de notre planète, de nos enfants et petits-enfants, et, une fois de plus, desservir la juste cause de tous ceux qui, pacifiquement, depuis des mois, cherchent simplement à vivre dignement.

[2] Voir à ce sujet l’article du Monde, mis en ligne en fin d’après-midi « Marche du siècle » : une vague verte et jaune déferle en France pour le climat et la justice sociale.

[3] Et, par ricochet, pour nous tous !

[4] PS : absent de Paris en dépit des menaces annoncées depuis plusieurs jours, pour cause de « détente » à La Mongie après son périple africain, notre Président s’est finalement résolu à écourter son séjour à la montagne… Mieux vaut tard que jamais.

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