Encore une petite marche, la roche tarpéienne n’est plus très loin !

Depuis le début de l’été, les sorties de route de la communication présidentielle se multiplient au point que notre Président risque de passer bientôt pour un multirécidiviste…

Depuis le début de l’été, les sorties de route de la communication présidentielle se multiplient au point que notre Président risque de passer bientôt pour un multirécidiviste…

C’était prévisible et je l’avais même annoncé dans un précédent billet consacré aux « mots de Macron » : « Les dérapages verbaux n’ont pas manqué depuis son arrivée sous les feux des projecteurs, à tel point que leur rythme actuel augure d’une liste interminable d’ici au terme du quinquennat. »

On peut d’ores et déjà être certain que, « dans l’anthologie à venir des mauvais mots présidentiels » figurera certainement en bonne place sa sortie du week-end dernier, quand, interpellé par un jeune horticulteur au chômage, il a rétorqué : « Si vous êtes prêt et motivé, dans l’hôtellerie, les cafés et la restauration, dans le bâtiment, il n’y a pas un endroit où je vais où ils ne me disent pas qu’ils cherchent des gens. Pas un ! Il faut y aller ! Hôtels, cafés, restaurants, je traverse la rue, je vous en trouve ! Ils veulent simplement des gens qui sont prêts à travailler, avec les contraintes du métier » …

Insupportable ? Choquant ? Glaçant, comme l‘ont aussitôt estimé divers responsables de l’Opposition ?

Pas du tout, a aussitôt tranché l’incorrigible (et en même temps grand correcteur) Christophe Castaner, fidèle à son image de « maquilleur en chef » de la pensée (« complexe ») et de la parole (pas « rare » du tout, hélas !) présidentielles.

Une fois de plus, il l’affirme : nous n’avons rien compris...

Aussi, pour voler au secours de son Idole, pose-t-il LA question : « Vous préférez la langue de bois ? ».

Une question d’une saveur inégalable, à rapprocher de sa justification des résultats catastrophiques du sondage (réalisé par Kantar-Sofres pour RTL, LCI et Le Figaro) selon lequel 19 % seulement des Français jugent positif le bilan d'Emmanuel Macron depuis son arrivée à l'Élysée : « Un mauvais chiffre qui correspond à l'impatience, à l'attente, à l'exigence des Français »

Certes mais rien n’est dit en revanche qui puisse mettre en cause la politique gouvernementale et écorner l’image de ses responsables. Circulez, il n’y a rien à voir !

Langue de bois, vous avez dit langue de bois ?

Ce qui me permet de rappeler un autre extrait de mon billet sur « Les mots de Macron », qui trouve ici une nouvelle illustration :

« Pour justifier certains de ses propos, fussent-ils parfois inqualifiables, Jupiter peut toujours compter sur ses fidèles, qui, à l’image de Christophe Castaner, alors porte-parole du Gouvernement, probablement fort de la « dimension amoureuse » (sic) de ses relations privilégiées avec le Président, avait assuré le service après-vente de ses propos relatifs au « bordel » corrézien en affirmant qu’« Il y a ceux qui alimentent les polémiques et il y a ceux qui font », ajoutant dans la foulée « Je crois qu’on peut être cultivé et parler comme les Français. Je pense qu’on peut aussi avoir l’objectif en politique […], c’est le cas d’Emmanuel Macron, d’arrêter la langue de bois et d’oser nommer les choses. »

Traduit dans un langage compréhensible pour les nombreux illettrés que compte notre pays, cela signifierait d’une part que les Français - ce peuple inculte - parlent mal, et que pour le Président, cultivé, lui, ce « mal-parler » ne serait donc que l’expression d’un refus de la « langue de bois », tranchant probablement, même si ce n’est pas dit, avec le discours de ses prédécesseurs, et, plus généralement, des hommes politiques du monde « ancien », c’est-à-dire antérieur à son avènement… »

Puisqu’on en est toujours à devoir commenter les « mots de Macron », en se pliant à leur traduction du « Macron » vers le Français, il y a justement plusieurs mots, qui appartiennent indéniablement à la langue française, auxquels je n’ai cessé de penser depuis que s’est engagée et que s’accélère la descente aux enfers de notre royal Président, qui s’appliquent parfaitement à la situation présente : récupération, rattrapage, diversion, rafistolage, colmatage, sauvetage, …

Des mots qui, sans langue de bois, signifient que la Macronie est déjà en danger, voire en perdition, ce qui ne l’empêche pas de lorgner déjà avec gourmandise sur la prochaine élection… présidentielle, en 2022.

Ce qui, à l’étage en-dessous, n’empêche pas non plus (et encourage même) beaucoup de ses proches à rêver d’autres échéances électorales qui leur permettraient de se mettre au plus vite à l’abri, préservant ainsi leur avenir personnel sans donner le sentiment de quitter un navire qui prend l’eau prématurément…

Un navire particulièrement dangereux, si l’on en croit la Députée Frédérique Dumas, qui vient de démissionner de La République En Marche pour rejoindre le Groupe UDI, puisque, selon elle, « on a le sentiment d’être sur le Titanic » …

Et si l’on croit déceler dans l’actualité de ces derniers jours quelques ressemblances avec le « monde ancien », c’est assurément parce que, une fois de plus, nous n’avons rien compris !

Il est vrai qu’avec 19 % de Français satisfaits après 16 mois de Présidence macronienne, tous les espoirs sont permis ! 

PS : la « proposition » de Christophe Castaner visant à conduire « une réflexion sans tabou » sur la fiscalité des successions aurait provoqué une grosse colère d’Emmanuel Macron, le conduisant à faire une nouvelle sortie au ton fort peu présidentiel : « On n'y touchera pas tant que je suis là. On a demandé des efforts aux retraités mais maintenant, arrêtez de les emmerder ! »

Vrai ou faux ? Crédible ou non ?

Cela signifierait qu’un proche parmi les proches du Président aurait eu l’audace d’évoquer une question aussi sensible et même de la réitérer sans l’aval du « Patron » ?

Difficile à croire.

Ne peut-on pas plutôt penser qu’une fois encore, il s’agit d’un coup de com’, le serviteur zélé acceptant (proposant même peut-être) de « se sacrifier » pour permettre au Président, tel Zorro ou Jeanne d’Arc, au choix, de voler au secours des pauvres retraités, histoire de se refaire une sorte de virginité et de redresser son image auprès d’un électorat précieux qui a fâcheusement tendance à le délaisser depuis les coups (et les coûts) de la CSG et de la désindexation des retraites ?

Peut-être ne le saura-t-on jamais mais, quoi qu’il en soit, une nouvelle « perle » vient de s’ajouter au répertoire déjà bien fourni des « mots présidentiels !

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