Les mots dans Macron et les mots de Macron : des maux en perspective ? (1/2)

Les « mots » que nous utilisons et la façon dont nous les utilisons sont des reflets de notre personnalité. D’où l’idée d’aller voir ce qu’il en est de notre Président, en recherchant et en analysant tour à tour (pas toujours avec un esprit « scientifique ») les « mots dans Macron » et les « mots de Macron »... Avec une interrogation de taille en conclusion : des maux en perspective ?

Sans doute vais-je parler d’un temps que beaucoup ignorent et dont certains se demanderont même s’il a existé. Un monde sans télé, sans ces merveilles technologiques qui nous réjouissent souvent et nous pourrissent la vie plus souvent encore.

C’était il y a près de 60 ans déjà, autant dire une éternité…

Nous avions l’habitude, avec notre père, de pratiquer de nombreux jeux de société, le plus souvent basés sur les mots de notre si belle langue, aujourd’hui bien mal en point si je me fie à l’usage qu’en font la plupart de nos compatriotes.

Mais ce n’est pas l’objet de ce billet.

Parmi ces jeux, il y en avait un que nous affectionnions particulièrement, mon frère, ma sœur et moi : bien avant « Le mot le plus long » et ses multiples avatars télévisés. Il consistait, à partir d’une série de lettres (en règle générale un mot tiré au hasard dans le Petit Larousse, comportant 6 à 8 lettres), à rechercher, dans un temps limité, le plus grand nombre de noms communs comportant eux-mêmes un nombre minimum de lettres (3 ou plus).

Lorsque le temps prévu était écoulé, nous comparions nos listes : étaient alors éliminés tous les mots cités par au moins d’eux d’entre nous. Le vainqueur était évidemment celui dont le nombre de mots restants, c’est-à-dire ceux ayant échappé aux dures lois de la comparaison, était le plus élevé. Autant dire que la bataille était rude entre notre père, fort de ses années de lettres classiques, avant la guerre, mon frère aîné et moi, notre petite sœur étant toujours loin derrière en dépit de la mansuétude paternelle à son égard, que nous partagions sans barguigner…

Il ne viendrait plus à l’idée de personne de perdre son temps, en famille, à de telles activités.

Or c’est justement l’idée qui m’est venue récemment quand je me suis interrogé sur les mots que je pourrais composer avec les lettres qui constituent le nom de notre actuel Président, avec l’idée un peu (si peu !) irrespectueuse qu’ils m’en diraient très (et même peut-être trop) long sur lui.

Par respect pour notre chef d’Etat, je glisserai sur ce premier mot de trois lettres qui rime trop bien avec son nom, même si certains les associent souvent. Des rimeurs malintentionnés, cela va de soi.

Je ne citerai évidemment pas tous les mots auxquels a conduit ma recherche, mais simplement ceux qui, en toute subjectivité, m’apparaissent en phase avec ce que je sais (ou crois savoir) de notre Jupiter hexagonal[1].

Si une lettre n’est pas un mot, il en est pourtant une qui m’inspire : le « M », renvoi terrifiant à « M le Maudit », le film crépusculaire de Fritz Lang.

Une sombre histoire s’annoncerait-elle ?

Les mots de deux lettres sont évidemment très nombreux mais peu sont éclairants : je retiendrai seulement « or » pour la référence aux ors de la République, que semble priser particulièrement notre Dieu/Monarque/Président … Il y a bien aussi « on » (pour le commun des mortels, mais justement, il n’en fait pas partie), « « na » (pour la jeunesse, mais n’est-ce pas trop puéril ?) et « AN » (pour Assemblée Nationale, mais existe-t-elle encore ?) …

La pêche se révèle beaucoup plus riche avec les mots de trois lettres. On a même l’embarras du choix : de « mac » à « ram » pour les références informatiques, de « com » à « RMC » pour l’omniprésence médiatique, de « car » (tout près du bus qui lui est si cher) à l’« OMC » (qui nous coûte si cher, mondialisation oblige) pour les références à l’économie…

L’« arc » et le « cor » ne manquent pas d’intérêt eux non plus, le premier par référence à Cupidon, qui, le jour du deuxième tour de l’élection présidentielle, semble avoir frappé quantité de Dames plus ou moins âgées, sans doute en quête du gendre, du fils, du mari qu’elles aimeraient ou auraient aimé avoir ; le second, plus par référence au mouvement EM, qui, j’en suis convaincu, en laissera beaucoup aux pieds de nombreux Marcheurs et de ceux qui continuent à « marcher » dans sa vision de l’avenir (ou plus exactement la vision de son avenir), que par rapport à l’instrument qui accompagne traditionnellement la chasse à courre…

A moins qu’il n’annonce l’hallali ou la curée, mais on n’en est pas (encore) là.

Si les mots de quatre lettres sont logiquement beaucoup moins nombreux, ils sont en revanche d’une portée symbolique exceptionnelle, puisqu’ils renvoient directement à Dieu : le Dieu égyptien « Amon », considéré à l’origine comme l’une des principales divinités du Panthéon égyptien, n’a-t-il pas été assimilé au Zeus grec, connu sous le nom de Jupiter dans la Rome antique, et de… Macron chez nous.

Sacrée filiation, il faut le reconnaître. On n’est jamais si bien servi que par soi-même…

Dieu est également présent à travers « Marc », l’un des quatre évangélistes du Nouveau Testament. Mais peut-être ce « marc » renvoie-t-il plus prosaïquement au marc de café dans lequel on peut lire l’avenir. Ce ne serait probablement pas inutile pour comprendre les tenants et aboutissants des annonces et promesses faites pendant les campagnes électorales du printemps et ouvrir (enfin) les yeux de tous ceux qu’on a fait marcher.

« Mona » ne manque pas non plus d’intérêt en renvoyant à la Joconde, l’un des tableaux les plus célèbres au monde, exposé au Louvre, haut lieu du pouvoir royal au même titre que Versailles, là-même où notre nouveau Président avait tenu à fêter sa victoire, en s’avançant seul, loin de la valetaille mais en veillant à ce qu’elle puisse le suivre du regard tout au long de sa marche triomphale vers le pouvoir, à l’image de l’un de ceux qui l’ont précédé à la Magistrature suprême, sans rose à la main mais en longeant cette fameuse Pyramide dont la construction reste attachée à son nom...

Tout un programme !

Même si d’autres mots de quatre lettres, sur lesquels je reviendrai plus tard, méritent une citation, c’est bien « Mona », assortie des commentaires qui ont suivi cette marche interminable, prétentieuse et « tout de com » parée, qui conduit à un premier mot de cinq lettres présentant le plus grand intérêt : « maçon ».

On n’a eu de cesse, pendant la campagne et depuis l’élection de Jupiter 1er, de mettre en avant sa proximité avec les Frères de toutes obédiences, proximité qui a même conduit à des retournements inattendus. Comment par exemple le Secrétaire Général d’une Organisation syndicale a-t-il pu accepter, avant que sa base ne le contraigne à avaler son chapeau, des Ordonnances allant bien au-delà de la Loi El Khomri, lui qui, à l’époque, n’avait pas hésité, dans un accès de lucidité (ou d’inconscience), à la rebaptiser « Loi El Macron » ?

Nul n’ignore – et pas moi en tout cas, puisque « l’acacia m’est connu » depuis près de 40 ans – le pouvoir occulte de la Maçonnerie, mais jamais selon moi, pendant toute cette période, sa capacité à influer sur la vie politique de notre pays n’a été aussi voyante.

« Je ne sais ni lire ni écrire, je ne sais qu’épeler », au sens que les Maçons donnent à cette formule rituelle, mais, fort heureusement, je sais également lire et écrire, et pas seulement épeler, au sens profane de ces termes, ce qui me permet de conserver suffisamment de lucidité pour juger excessif le poids de cet autre pouvoir, qui s’est « fraternellement » mis au service de notre nouveau Président, ajoutant son influence à celles, omniprésentes et excessives elles aussi, de la technostructure, de la finance et des médias, qui, insidieusement, mettent en péril notre Démocratie.

Pas grand-chose à voir, il faut le dire, avec les valeurs de la Maçonnerie spéculative contenues dans les Constitutions d’Anderson, et bien moins encore avec celles de la Maçonnerie opérative, des bâtisseurs de cathédrales, de pyramides ou de temples.

Hiram peut et doit se retourner dans son tombeau…

Avant de passer aux autres mots de 5 lettres, plusieurs mots de 4 lettres méritent eux aussi un bref commentaire : ce sont, pêle-mêle, « cran », « cram », « aron », « amor », « croa », « coma » ; je laisse à chacun le soin de réfléchir à leur hypothétique rapport avec notre Président.

Pour ma part - mais il est vrai que je manque totalement d’objectivité -, « cran » évoque davantage l’arrêt qui caractérise le couteau du même nom que le courage, qui, pour l’instant, quoi que puissent affirmer les thuriféraires du pouvoir actuel, me semble faire défaut.

« Cram », activité professionnelle oblige, renvoie à CARSAT, organisme chargé, parmi d’autres, de la Santé au travail, institution héritée du monde « ancien » dont j’estime qu’elle a été sérieusement malmenée depuis plusieurs années, particulièrement sous l’effet de textes (avortés pour certains) d’inspiration « macronienne », du temps où notre futur Président était Ministre de l’Economie, et, tout récemment encore, avec les Ordonnances, qui actent notamment ce que je considère personnellement comme la mise à mort des CHSCT…

Avec « Aron » (je m’en tiendrai à celui dont le prénom était Raymond), on n’est pas si loin de Macron, quoique…, comme le montre un article signé Philippe Douroux, « Raymond Aron avait raison, hélas ! », paru le 2 juillet 2017 dans Libération, où l’on peut lire : « Pour les contingences, les surgissements, on peut sans difficulté évoquer l’irruption d’un Donald Trump ou d’un Emmanuel Macron comme cristallisation de moments aroniens. En France, si le nouveau président de la République a suivi l’enseignement de Paul Ricœur, le philosophe qui explicitait le fossé impossible à combler entre une pensée inspirée par la raison tendant vers l’absolu et l’action publique pataugeant dans l’approximation, il a en revanche loupé son rendez-vous avec Aron. » 

Rien d’anormal en cela puisque chacun sait les convictions « droitières » de ce dernier, qui n’ont évidemment rien à voir avec celles d’Emmanuel Macron…

A chacun de se forger une opinion…

Restent « amor », « crôa » et « coma », que je cite volontairement dans cet ordre ; de l’Amour aux cris des corbeaux, oiseaux de très mauvais augure, comme nous le savons tous, pour en arriver à la perte de connaissance, il n’y a que quelques pas.

A ne franchir sous aucun prétexte…

En dehors de « Maçon », premier mot de 5 lettres examiné précédemment, plusieurs autres méritent attention : parmi eux, en tout premier lieu, « Coran », qui renvoie à l’Islam, religion qu’il est impossible de passer sous silence, actualité quotidienne oblige ; on trouve aussi « arcon », « macro », « maroc », « roman », « marco », « norma »…

Si « arcon » renvoie bien à « arçon » et au « cheval d’arçons », on retiendra que sur cet agrès majeur dans les compétitions de gymnastique masculine, les mouvements du gymnaste sont toujours circulaires…

A méditer.

« Macro » renvoie sans surprise à la macroéconomie, « approche théorique qui étudie l'économie à travers les relations existantes entre les grands agrégats économiques, le revenu, l'investissement, la consommation, le taux de chômage, l'inflation, etc. », selon la définition que chacun peut retrouver sur le site de Wikipédia. On peut y lire également que « la macroéconomie constitue l'outil essentiel d'analyse des politiques économiques des États ou des organisations internationales. Il s'agit d'expliquer les mécanismes par lesquels sont produites les richesses à travers le cycle de la production, de la consommation, et de la répartition des revenus au niveau national. »

En ces temps de mondialisation (ou de « globalisation », selon que l’on adopte la terminologie française ou anglo-saxonne), alors que la priorité est donnée à l’économique plutôt qu’au social, et que, de surcroît, il s’agit du domaine de prédilection de notre nouveau Président, l’ancien Professeur de Sciences économiques et sociales que je suis est dans l’obligation de constater que la « macro(n)-économie » est bien à sa place dans notre liste.

Elle a d’ailleurs été à l’origine d’un petit livre fort instructif, « Introduction inquiète à la Macron-économie. Le projet du président », essai de Frédéric Farah et Thomas Porcher publié en octobre 2016 aux éditions « les petits Matins », dont je recommande à tous la lecture, dans la présentation duquel on peut lire que « derrière une modernité apparente, se trouve en réalité une vision régressive de l’économie qui stigmatise les chômeurs, réduit les droits sociaux, divise les Français et fait fi de l’impératif environnemental. En s’appuyant sur treize phrases « chocs » prononcées par Emmanuel Macron, les auteurs démontent un discours apparemment de bon sens et nous rappellent combien l’économie, loin d’être une science neutre, est bien politique. »

Tout un programme, une fois de plus !

Avec « Marco », que je rapprocherai naturellement de Marco Polo, c’est à la découverte du « Devisement du monde », connu également sous les noms de « Le Million » ou « Le Livre des merveilles », que nous sommes invités.

Alors, ce Monde de « Marco Macron » ? Plein de merveilles ou pas ?

Le mot « norma », renvoie, lui, à « La Norma », le plus célèbre opéra de Bellini, dont l’intrigue se situe en Gaule, sous l’occupation romaine, alors que le peuple gaulois se soulève contre l’occupant. Alors que, en Guyane, des voix viennent de s’élever contre la politique « coloniale » de la France, où les Catalans espagnols se rebellent contre le pouvoir central espagnol, et où, dans les kiosques, triomphe « Astérix et la Transitalique », avec ses références aux particularismes régionaux de la botte italienne, le rapprochement avec Norma ne manque pas de piment...

Bûcher ou pas pour les protagonistes contemporains de tous ces « drames » ? Telle est la question.

Restent encore « roman » et « maroc », que je me fais un plaisir de citer ici, non par référence à Macron mais pour des raisons strictement affectives, sans toutefois perdre de vue la question des relations entre la France et le Maroc, d'une grande importance géopolitique, comme l’explique Omar Brouksy dans « La République de sa Majesté. France-Maroc, liaisons dangereuses », livre paru il y a quelques semaines aux Editions Nouveau Monde.

Ne restent plus à examiner que les anagrammes, c’est-à-dire les mots reprenant toutes les lettres de Macron.

Le résultat est des plus modestes : en dehors de « Mornac », petite commune de Charente, qui figure parmi les plus beaux villages de France, et de « Marçon », autre petite commune, de la Sarthe cette fois, que je connais bien, à la fois pour avoir vécu longtemps à quelques encablures de là et pour sa proximité avec le somptueux vin de Jasnières, rien à se mettre sous la dent, si ce n’est « Macron ».

Macron et rien d’autre, ce qui, tout bien réfléchi, est parfaitement normal.

Comment lui, qui, comme la quasi-totalité d’entre nous, n’est pas né de la cuisse de Jupiter, mais, à notre différence, fondamentale il faut en convenir, EST Jupiter en personne, pourrait-il avoir à souffrir (d’) une quelconque concurrence ?

D’un remarquable éclectisme, mêlant politique, ésotérisme, littérature, économie, business, communication, musique, etc., « les mots dans Macron » permettent de dresser le portrait saisissant d’un personnage hors du commun, à l’ascension fulgurante[2]

Mais qu’en est-il des « mots de Macron » ?

Fin de la partie 1/2

[1] J’ai réalisé ma recherche « à l’ancienne », ce qui est normal pour un représentant du monde « ancien », au sens péjoratif que les tenants du monde « nouveau » veulent imposer. Ce n’est qu’a posteriori que j’ai découvert les sites permettant de lister tous les mots possibles à partir de lettres choisies à l’avance. Un outil imparable pour jouer à tous ces jeux de mots qui occupent précisément le temps de nos « anciens » : mots croisés, mots fléchés, mots casés, scrabble, etc.

Cela m’a permis de vérifier que je n’avais pas fait d’omission majeure et que la technique « ancienne » valait bien la seconde, rapidité en moins certes mais réflexion en plus…

[2] D’une indéniable mauvaise foi, ce pot-pourri reflète une vision toute personnelle des débuts de la jupit« ère » Macron. Libre à chacun d’en avoir une autre et de se risquer à l’exercice auquel je me suis livré, par pur jeu certes mais sans jamais perdre de vue que le sujet abordé est loin d’être une plaisanterie…

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