Macron ne serait pas « le candidat des riches » ? La preuve du contraire...

Contrairement à ce qu'affirment les responsables d'En Marche !, le mouvement d'Emmanuel Macron, son financement est très largement assuré par une poignée de très généreux mécènes et non par un grand nombre de "petits" donateurs. Comment oser prétendre dans ces conditions « qu’il n’est pas le candidat des riches », comme on peut le lire dans le dossier du JDD publié le 12 février dernier ?

Pas facile de s’y retrouver dans les informations diffusées par la presse. Entre les mensonges, les rumeurs et les prises de position partisanes généralement masquées, sur certaines chaînes d’information en continu, par de (pseudo ?) sondages ou enquêtes d’opinion dont la pertinence et la crédibilité apparaissent souvent discutables, bien malin celui qui peut prétendre avoir saisi la vérité « vraie » …

C’est notamment le cas pour tout ce qui touche aux « finances » au sens large.

Pas question de revenir ici sur ce que certains ont appelé le « Penelopegate », très largement commenté, disséqué, depuis plusieurs semaines, dont le Parquet National Financier a affirmé, dans un Communiqué, le 16 février dernier, que « les nombreux éléments déjà recueillis ne permettent pas d'envisager, en l'état, un classement sans suite de la procédure ». Si François Fillon semble échapper, pour l’instant, à de nouveaux développements de l’affaire qui le vise, ce n’est en revanche le cas ni de Marine Le Pen, soupçonnée d’emplois fictifs, qui a fait l’objet d’une saisine, par l’Assemblée de Strasbourg, de l’Office anti-fraude de la Commission européenne (OLAF), ni d’Emmanuel Macron, qui, s’il n’est pas inquiété par la justice, se trouve malgré tout aux prises avec des informations embarrassantes sur ses dépenses alors qu’il était encore Ministre de l’Economie (voir le livre de Marion L’hour et Frédéric Says, Dans l’enfer de Bercy), ainsi qu’à des questions sur son patrimoine, à la suite du dossier intitulé « L’argent de Macron, son patrimoine, ses revenus, les fonds de sa campagne : le candidat joue la transparence » que lui a consacré le JDD dans son numéro du 12 février dernier.

En témoignent notamment deux articles récents, l’un du JDD, Argent d’Emmanuel Macron : les questions qui dérangent, l’autre du Monde, Macron : pourquoi sa déclaration de patrimoine suscite des questions.

Ne disposant pas des éléments permettant de porter un quelconque jugement sur leur contenu, je ne me risquerai pas à commenter les propos des journalistes. Il m’est possible en revanche de revenir très simplement sur certaines des (rares) données chiffrées contenues dans l’article du JDD intitulé « Ce qu’il a, ce qu’il dépense : les finances de Macron ».

Dans le court passage consacré aux fonds de sa campagne, on peut lire :

« Sur la page d’accueil d’En marche !, sous la photo du candidat radieux, les donateurs peuvent choisir leur somme : 10, 20, 50, 100, 500 euros ou un « autre montant ». Au 1er janvier, 18 700 personnes avaient souscrit (165 000 ont adhéré gratuitement). Faute d’élus, le mouvement d’Emmanuel Macron ne bénéficie d’aucune subvention publique mais les appels de fonds sont fructueux : l’entourage du candidat revendique 5,1 millions d’euros déjà collectés. Deux tiers des contributions sont inférieures à 60 euros ; seuls 3 % des dons dépasseraient 4 000 euros – ce qui montre qu’il n’est pas le candidat des riches, soulignent ses proches.

Son réseau dans les milieux d’affaires a tout de même été le premier à le soutenir. « Tous les banquiers de la place ont eu droit à leur dîner ou buffet de sensibilisation et les épouses étaient systématiquement conviées », signale un donateur. En deux mois d’existence, En Marche ! avait ainsi engrangé 400 000 euros avec un petit millier de donateurs. Plus de 150 personnes auraient versé 7 500 euros, le plafond autorisé par la loi, mais impossible de savoir qui ils sont – « Libre à eux de se dévoiler, mais nous, le secret fiscal nous l’interdit », oppose Sylvain Fort, le porte-parole du candidat ».

Si sommaires soient-elles, ces quelques informations sur les finances d’En Marche !, émanant du mouvement lui-même et de la personne qui, en son sein, en a la responsabilité, sont pourtant très révélatrices d’un gros mensonge, par action et par omission.

Pas besoin, pour le démontrer, d’être un économiste de haut vol : une simple calculatrice suffit !

Que disent ces quelques données ?

1.      165 000 sympathisants du mouvement ont adhéré gratuitement, ce qui signifie que leur contribution au financement d’En Marche ! est égale à 0 ;

2.      l’entourage du candidat revendique 5,1 millions d’euros déjà collectés ;

3.      18 700 avaient souscrit : parmi eux, les deux tiers, soit 12 467[1], ont versé des contributions inférieures à 60 euros ;

4.      3 % des dons, soit 561, dépasseraient 4 000 euros ;

5.      En deux mois d’existence, En Marche ! avait engrangé 400 000 euros avec un petit millier de donateurs, soit un « panier moyen » de 400 euros par donateur ;

6.      Plus de 150 personnes auraient versé 7 500 euros, le plafond autorisé par la loi.

Il est très facile, à partir de ces seuls éléments, émanant, il faut le rappeler, du Mouvement lui-même, de décomposer le financement d’En Marche !, en le corrigeant ou en le complétant, le cas échéant, pour tenir compte des tranches "suggérées" par le contenu de l'article, au nombre de 3, à partir des seuils et plafonds qui y sont présentés :

1.      Tranche 0 à 60 euros (contribution minimum de 10 euros, contribution moyenne de 30 euros, contribution maximum de 60 euros) :

a)      Contribution totale sur la base de la contribution minimum :

-        10 x 12 467 = 124 670 euros

b)     Contribution totale sur la base de la contribution « moyenne »[2] :

-        30 x 12 467 = 374 010 euros

c)      Contribution totale sur la base de la contribution maximum :

-        60 x 12 467 = 748 020 euros

2.      Tranche de 4 000 à 7 500 euros (contribution minimum de 4 000 euros, contribution moyenne de 5 750 euros, contribution maximum de 7 500 euros) :

d)     Contribution totale sur la base de la contribution minimum :

-        4 000 x 561 = 2 244 000 euros

e)     Contribution totale sur la base de la contribution moyenne :

-        5 750 x 561 = 3 225 750 euros

f)       Contribution totale sur la base de la contribution maximum :

-        7 500 x 561 = 4 207 500 euros, valeur aberrante puisque l’on sait qu’en fait, « plus de 150 personnes auraient versé 7 500 euros, le plafond autorisé par la loi » ce qui signifie que la contribution totale de ces très généreux donateurs est à elle seule au moins égale à 7 500 x 150, soit 1 125 000 euros.

Du coup, il convient de recalculer la contribution totale des autres contributeurs de ce groupe, soit 411 personnes (561 – 150), sur la base de la contribution minimum et de la contribution moyenne :

g)      Contribution totale sur la base de la contribution minimum :

-        4 000 x 411 = 1 644 000 euros

h)     Contribution totale sur la base de la contribution moyenne :

-        5 750 x 411 = 2 363 000 euros

3.     Tranche de 60 à 4 000 euros (contribution minimum de 60 euros, contribution moyenne de 2 030 euros, contribution maximum de 4 000 euros) ; on connaît le nombre de donateurs concernés par simple soustraction :

-        nombre total de donateurs – nombre de donateurs appartenant à la tranche
0-60 euros – nombre de donateurs appartenant à la tranche 4 000 - 7 500,

soit :

-        18 700 – 12 467 – 561 = 5 672

i)       Contribution totale sur la base de la contribution minimum :

-        60 x 5 672 = 340 320 euros

j)       Contribution totale sur la base de la contribution moyenne :

-        2 030 x 5672 = 11 514 160 euros, valeur aberrante puisqu’elle est plus de 2 fois supérieure au total des contributions versées.

k)      Contribution totale sur la base de la contribution maximale :

-        4 000 x 5 672 = 22 688 000 euros, valeur « stratosphérique » donnée uniquement pour la forme puisque, comme on vient de le démontrer, la valeur moyenne de 2 030 euros est déjà inatteignable.

Ces calculs prouvent simplement que la contribution moyenne effective à l’intérieur de cette tranche est beaucoup plus proche de 60 euros que de 4 000 euros.

Le « panier moyen » de 400 euros calculé plus haut sur les contributions des 1 000 premiers contributeurs, y compris celles dépassant 4 000 euros ou atteignant 7 500 euros, apparaît lui-même très largement supérieur à la situation actuelle.

Sur cette base, la contribution totale des donateurs appartenant à cette tranche serait en effet de 400 x 5 672, soit 2 268 800 euros, somme a priori incompatible avec ce que l’on sait par ailleurs (et dont on est sûr) des contributions pour la tranche la plus basse et la tranche la plus élevée.

De fait, le « panier moyen réel » calculé à partir de la somme globale collectée (5 100 000 euros) auprès des 18 770 personnes qui avaient souscrit au 1er janvier est de 272,72 euros, c’est-à-dire bien moins que le panier moyen des 1 000 premiers souscripteurs.

On peut raisonnablement estimer que, parmi les premiers contributeurs, figurait une large proportion de donateurs généreux (et aisés) appartenant à la tranche la plus élevée. On ne peut donc pas en tirer d’enseignements extrapolables aux 18 700 contributeurs recensés à la date de publication de l’article du JDD.

Le fait que les premiers à s’être déclarés financeurs d’En Marche ! aient été les plus aisés est en soi révélateur des soutiens d’Emmanuel Macron, très loin de l’élan « populaire » que les responsables du Mouvement cherchent à accréditer. 

On peut récapituler les données disponibles comme suit :

Tranche 0 à 60 euros (contribution minimum de 10 euros, contribution moyenne de 30 euros, contribution maximum de 60 euros) :

l)       Contribution totale sur la base de la contribution minimum :

-        10 x 12 467 = 124 670 euros

m)    Contribution totale sur la base de la contribution moyenne :

-        30 x 12 467 = 374 010 euros

n)     Contribution totale sur la base de la contribution maximum :

-        60 x 12 467 = 748 020 euros

Tranche de 4 000 à 7 500 euros (contribution minimum de 4 000 euros, contribution moyenne de 5 750 euros, contribution maximum de 7 500 euros) :

o)     Contribution totale sur la base de la contribution minimum :

-        4 000 x 411 = 1 644 000 euros

p)     Contribution totale sur la base de la contribution moyenne :

-        5 750 x 411 = 2 363 000 euros

q)     Contribution totale des 150 donateurs les plus généreux (au niveau du plafond de 7 500 euros) :

-        7 500 x 150, soit 1 125 000 euros

Sur la base des contributions minimales pour ces deux tranches et en y ajoutant les contributions des 150 donateurs les plus généreux (seule somme dont on peut être absolument sûr puisqu’elle correspond au plafond prévu par la loi), on obtient un total de :

-        124 670 euros + 1 644 000 euros + 1 125 000 euros, soit 2 893 670 euros, à comparer à 5 100 000 ; la contribution totale des contributeurs appartenant à la deuxième tranche (60 à 4 000 euros) serait donc de 5 100 000 – 2 893 670, soit 2 206 330 euros ou 389,00 euros par contributeur, valeur dont on a vu plus haut qu’elle apparaissait a priori peu crédible.

Sur la base des contributions moyennes pour ces deux tranches et en y ajoutant les contributions des 150 donateurs les plus généreux (seule somme dont on peut être absolument sûr puisqu’elle correspond au plafond prévu par la loi), on obtient un total de :

-        374 010 euros + 2 363 000 euros + 1 125 000 euros, soit 3 862 010 euros, à comparer à 5 100 000 ; la contribution totale des contributeurs appartenant à la deuxième tranche (60 à 4 000 euros) serait donc de 5 100 000 – 3 862 010, soit 1 237 990 euros ou 218,26 euros par contributeur, ce qui apparaît certes élevé mais pas invraisemblable dans la mesure où cette tranche est particulièrement large.

Faute de données plus détaillées sur la répartition exacte des donateurs à l’intérieur de cette tranche, il est impossible d’aller plus loin sans courir le risque d’être accusé de tripatouiller les chiffres.

Les leçons que l’on peut tirer de cette analyse succincte n’en sont pas moins explicites pour autant.

On constate en effet que, dans l’hypothèse la plus « optimiste » (la plus généreuse), les très nombreux « petits donateurs » pèsent 748 020 euros, à comparer à 5 100 000, soit 14,7 % du financement total.

Sur la base de la contribution moyenne, plus vraisemblable, leur contribution totale, soit 374 010 euros, ne pèse plus que 7,3 % !

A l’inverse, la contribution des donateurs les plus généreux, selon que l’on retient la contribution basse ou la contribution moyenne, se situe, de façon indiscutable, entre 2 769 000 euros (1 644 000 + 1 125 000), et 3 488 000 euros (2 363 000 + 1 125 000).

Sur la base de la contribution basse, leur apport total, soit 2 769 000 euros, pèse déjà à lui seul 54,3 % du financement total.

Sur la base de la contribution moyenne, plus vraisemblable, leur apport total, soit 3 488 000 euros, pèse 68,4 % du financement total !

Cela signifie que les donateurs les plus généreux, soit 3 % seulement du total, contribuent au minimum pour plus de la moitié au financement d’En Marche !, et même, très probablement, pour plus des deux tiers !

On peut l’exprimer de façon encore plus « parlante » en constatant que les 600 donateurs les plus « riches » contribuent collectivement au financement d’En Marche ! entre 2,7 et 9,4 fois plus que les 12 500 donateurs les plus « modestes » !

Un ratio qui se passe de commentaires et qui contredit formellement l’affirmation des proches du candidat (qui se targuent d'avoir collecté 5,1 millions d’euros), rapportée par le JDD, affirmation selon laquelle deux tiers des contributions étant inférieures à 60 euros et seulement 3 % des dons dépassant 4 000 euros, cela montre(rait) « qu’il n’est pas le candidat des riches ».

Ce qui est de toute évidence une contre-vérité manifeste…

On ignore ce qu’il en est pour les autres candidats à l’élection présidentielle mais s’agissant d’Emmanuel , qui revendique à la fois sa proximité avec les Français de base et son attachement à la transparence, force est de constater qu’il est soutenu pour l’essentiel par des « nantis », probablement issus, comme lui, de cet establishment, de ce « système » qu’il dit vouloir supprimer et dont il est en réalité un représentant particulièrement zélé. Comme le montrent brillamment, avec des approches complémentaires, Fabien Escalona dans Macron, tel César dans sa start-up et Hassina Méchaï dans La mécanique Emmanuel Macron, ni gauche, ni droite, bien au contraire... 

N’est-ce pas d’ailleurs ce que l’économiste Thomas Piketty, Conseiller de Benoît Hamon pour les questions européennes, s'interrogeant sur le financement du mouvement En Marche !, exprime lui aussi quand il considère, à partir des mêmes informations mais sans entrer dans le détail, que « les quelques éléments qu'on a suggèrent que plus de la moitié des financements de En Marche ! ont été donnés par quelques centaines de personnes », ajoutant à ce constat de bon sens aisément vérifiable qu’« Emmanuel Macron est un ex-banquier qui s'apprête à faire de gros cadeaux aux banquiers et aux portefeuilles financiers », comme on peut le lire sur le site de l’OBS… 


[1] Je n’ai pas arrondi les résultats, d’une part, pour ne pas être accusé de trafiquer les chiffres, d’autre part (et surtout), pour permettre à n’importe qui, y compris les personnes qui ne sont pas rôdées à ce genre d’exercice, à visée purement didactique, de suivre pas à pas les calculs, mais j’aurais évidemment pu le faire sans que cela modifie significativement le résultat final.

[2] Faute de connaître la distribution effective des dons à l’intérieur de chaque tranche, on considérera, pour chacune d’elles, qu’elle est parfaitement homogène, ce qui conduit à considérer comme contribution moyenne théorique la contribution « centrale » (ou médiane) de chaque tranche, soit 30 euros pour la première, 2 030 pour la deuxième et 5 750 pour la troisième.

Il s’agit bien sûr d’une simple convention mais elle est indispensable au déroulement de la démonstration. On verra d’ailleurs qu’elle permet de vérifier certaines impossibilités et d’éclairer sur la distribution réelle des dons, qui reposent majoritairement sur la générosité des plus gros donateurs.

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