Les semences de l’avenir

Dans cet inquiétant panorama géopolitique complexe, entre Trump et Erdogan, Otan et Russie, des lueurs d'espoir: la lutte des paysans pour la sauvegarde des semences.

Allons !Voilà que l’année 2017 commence dans la peur : peur de M. Trump dont on ne sait pas comment il va shooter dans le délicat jeu de billes international, peur de la Russie de M. Poutine dont on ne sait pas comment elle va célébrer le centième anniversaire de sa révolution contre la dictature des tsars et pour la dictature du prolétariat, peur de la Turquie qui emprisonne tout qui murmure la moindre opposition à la dérive totalitaire de M. Erdogan, peur du terrorisme qui ne peut que continuer malgré la défaite programmée de l’Etat islamique puisque les causes de cette radicalisation meurtrière ne sont pas élucidées, peur du dérèglement climatique qui ne peut aller qu’en s’accentuant puisque les décisions politiques pour le contrer sont trop timides et viennent un peu trop tard…

De belles luttes paysannes

Tout cela est effectivement inquiétant mais, en ce début d’année, je préfère vous parler de ce qui représente un arc-en-ciel dans ce panorama de folie destructrice : la lutte des paysans pour notre survie, celle de la nature et de la dignité humaine. La lutte pour les semences. Les racines de notre subsistance et dont on ne parle pas assez dans notre cacophonie médiatique.

C’est une lutte qui gagne. Sur le site de RFI, est apparu ce rayon de lumière dans les sombres perspectives géopolitique : un web doc http://webdoc.rfi.fr/semences-biodiversite-france-senegal-ethiopie-iran-indonesie/senegal/

On y raconte la Foire des Semences à Djimini au Sénégal où se retrouvent de petits agriculteurs, des ONG locales et internationales, des chercheurs aussi mais pas ceux des multinationales comme Monsanto, DuPont Pionneer, Syngenta et autres qui ont privatisé, confisqué 90% du marché des semences mondiales.

Cette recherche scientifique au service de l’amélioration des semences mais surtout de la protection du savoir faire et des droits des paysans est illustrée par l’Ethiopie qui, dès les années 1970, avait fondé l’institut de la biodiversité d’Addis-Abeba. 75.000 types de semences récoltées dans tout le pays y sont conservés.

Par prudence, vu le risque de famine, une série de banques locales a été instituée dans le pays afin de fournir les agriculteurs en cas de coup dur.

C’est aussi sur certaines de ces semences que se poursuivent des recherches scientifiques permettant de sélectionner des semences traditionnelles bien plus résistantes que les semences  industrielles. Or, ce sont bien ces dernières que nos pouvoirs politiques européens et étatsuniens tentent d’imposer au monde en favorisant les multinationales semencières par un arsenal légal et de traités souvent iniques.

Un combat politique de grande ampleur s’est développé contre ce monopole industriel et il est incarné par Vandana Shiva, « la déesse des semences » ainsi que la qualifie le National Geographic magazine. Cette scientifique et militante féministe indienne se bat depuis les années 80 en Inde avec les organisations paysannes. Elle a ainsi créé un centre de formation à l’agriculture biologique et un réseau de 120 banques de graines, ce qui a permis de sauver près de 4.000 variétés de riz, 150 variétés de céréales, des semences natives de légumineuses, d’oléagineux et de légumes par centaines.

Avant la mondialisation, 80 % des semences appartenaient aux Indiens qui cultivaient la terre.  Après, les paysans ont été obligés d’acheter très cher des semences industrielles et des OGM, ce qui les endettait considérablement. Et Vandana Shiva de citer l’exemple du coton transgénique de Monsanto, censé résister aux ravages du ver rose du coton : la firme a gagné 900 millions de dollars sur le dos des paysans indiens. Avant, « les semences locales s’achetaient entre 5 et 9 roupies le kilo… En 2006, le prix avait grimpé à 1600 roupies les 450 gr, soit 1250 roupies de « taxe qualitative » encaissées par Monsanto ! » Et lorsque Monsanto avoua en 2010 que son OGM n’était plus résistant, cela a déclenché une vague de suicides : 300.000 paysans indiens, terriblement endettés,  se sont donnés la mort entre 1995 et 2013. Rien que dans la ceinture cotonnière du Maharashtra,  on a dénombré 53.818 suicides, explique Vandana Shiva.

Haro sur ADPIC

Voilà pourquoi est essentiel le combat de millions d’agriculteurs contre les accords ADPIC (Aspects des Droits de Propriété Intellectuelle qui touchent au Commerce) de l'OMC qui mondialisent depuis 1995 les règles de brevetabilité du vivant. Inutile de dire que les discussions à ce sujet, très techniques, sont cadenassées par les multinationales et leurs soutiens politiques. En effet, il s’agit de réexaminer l'article 27:3 b de ces accords qui traite de la question de savoir si les brevets doivent protéger les « inventions » végétales et animales, et de la manière de protéger les « obtentions » végétales. (Rappel : pour être brevetables, les « inventions » doivent être nouvelles, impliquer une activité inventive (ou être non évidentes) et être susceptibles d’application industrielle (ou utiles). L’article 27 énumère les inventions que les gouvernements peuvent exclure de la brevetabilité.)

La discussion porte aussi sur le paragraphe 19 de la Déclaration de Doha de 2001, à savoir la relation entre l'Accord sur les ADPIC et la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique, ainsi que la protection des savoirs traditionnels et du folklore. Des propositions sur la divulgation de la source du matériel biologique et les savoirs traditionnels connexes ont été tout récemment débattues.

Complexe, on vous le disait. Mais le parlement et le gouvernement wallon ont démontré que des élus sont parfaitement capables, avec l’aide la société civile, de décrypter les méandres et les pièges les plus fins de règlementations internationales et d’accords dits de « libre-échange » comme le CETA.

C’est bien cela l’espoir de 2017 : une forme de désobéissance citoyenne, bien réjouissante vu son efficacité, puisqu’elle est basée sur un nouveau contrat politique entre citoyens et leurs élus.

 Vous retrouverez Vandana Shiva en tête du « Pacte pour la terre » : http://seedfreedom.info/fr/campaign/pacte-pour-la-terre/ , un engagement des citoyens pour protéger la planète et les peuples

Lire : « Changer le modèle. Ici et maintenant ? » et particulièrement l’article « Perspectives critiques sur la souveraineté alimentaire », édité par le CETRI et Entraide et Fraternité. http://www.cetri.be/Changer-le-modele-Ici-et

 Vers un traité d’interdiction des armes nucléaires

Une autre bonne nouvelle, rapportée le 9 décembre 2016 par le GRIP :  « Pour la première fois depuis deux décennies, la communauté internationale s’est retrouvée à la Première commission de l’ONU pour adopter ou rejeter une proposition concrète de résolution destinée à faire avancer les négociations multilatérales sur le désarmement nucléaire. Une large majorité d’État – issue du mouvement de l’initiative humanitaire – soutenue par la société civile a ainsi proposé qu’en 2017, un instrument juridique pour interdire les armes nucléaires soit négocié et ce, malgré une forte opposition des puissances nucléaires. C’est ainsi une véritable bataille argumentaire sur les objectifs et les conséquences de cette résolution instituant ce futur traité qui a été réalisée, par les différentes parties, durant cette 71e Assemblée générale de l’ONU. »  Ouf ? http://www.grip.org/fr/node/2181

 

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