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Billet de blog 13 septembre 2024

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Le Fil

Henri Grouès était cinglé et l’abbé Pierre avait du génie.

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Le fil je l’ai vu hier au cinéma. Le film de Daniel Auteuil est un chef d’œuvre d’humanité. L’humanité dans ce qu’elle a de pire et de meilleur. Comme Henri et l’abbé finalement.

J’ai regardé hier soir l’émission à l’air libre sur Mediapart. Il manquait quelqu’un sur le plateau, un psychiatre pour nous éclairer sur les attitudes de chacun des présents sur le plateau et surtout sur l’absent, mort depuis dix sept ans et vivant pour l’éternité. Nous ne sommes que des humains que diable, et on aurait parfois besoin qu’on nous explique.

Laurence a témoigné. C’était en 1990, elle était en attente d’une procédure d’indemnisation et en précarité à cause de cela. Alors sans moyen de subsistance elle cherchait un logement. Elle s’est adressée à Emmaüs qui l’a accueillie dans une de ses maisons, proche de la résidence de celle de l’abbé Pierre qui vivait à Emmaüs. Elle a rencontré l’abbé trois fois. La première fois pour lui parler de son histoire et encore deux autres fois. Il n’avait pas de solution pour elle, mais a pris rendez-vous pour elle avec Simone Veil alors ministre, qui a tout débloqué et résolu son problème. Laurence est restée en contact pendant dix ans avec Simone Veil et ne lui a pas dit, parce qu’elle ne l’a raconté à personne que les deux autres fois qu’elle a rencontré l’abbé dans son bureau, il lui a sauté dessus, lui a enfoncé sa langue dans sa bouche, caressé ses seins et touché l’entrejambe à travers son pantalon en la serrant si fort qu’elle ne pouvait pas se dégager. Quand elle raconte ça, sa voix change. Elle ne comprend pas et nous non plus. Henri Grouès fait n’importe quoi et l’abbé la rassure, elle n’y est pour rien dans ce qui arrive là, ce n’est pas de sa faute. Sous-entendu peut-être que c’est de sa faute à lui ? Bien sûr que c’était une faute, un délit. Personne ne peut douter de ce que raconte Laurence et personne ne pouvait imaginer que l’abbé Pierre fasse un truc aussi fou que ça. Alors oui, il est urgent qu’un psychiatre nous explique ça. Henri Grouès se jette sur des femmes pour les embrasser, leur caresser les seins et plus encore avec certaines, d’après ce qu’on sait. Pourquoi ? Ceux qui l’ont vu dans sa clinique suisse où l’église catholique l’avait envoyé quand il était jeune n’ont pas laissé d’explications dans son dossier. Henri Grouès s’est comporté avec des femmes comme un fou.

Ça n’enlève rien à l’abbé Pierre qui a fait des miracles sur terre quand il parlait comme ça par exemple.

Tout s’explique. On peut tout expliquer. Même si sur le coup on est sidéré, qu’on a envie de vomir. Comme dans Le fil. Heureusement que je l’avais vu quelques heures plus tôt. Il n’y a pas de hasards décidément, mais ça je le savais déjà.

Au lieu d’accuser de complicité Emmaüs, voire d’insinuer que finalement tous les hommes sont capables du pire, Mediapart aurait pu inviter aussi un expert psychiatrique qui aurait pu nous expliquer que Henri Grouès était malade. De quoi ?

L’abbé Pierre n’était pas une idole pour moi, je n’ai pas d’idole. C’était un homme politique qui avait une vision pour l'égalité et la fraternité. Et ça ne plaisait pas tout le monde, quand il disait :

« Ceux qui ont pris tout le plat dans leur assiette, les assiettes des autres vides, et qui ayant tout, disent avec une bonne figure, une bonne conscience, nous, nous qui avons tout, on est pour la paix. Je sais que je dois leur crier à ceux-là, les premiers violents, les provocateurs de toute violence, c’est vous. Et quand le soir dans vos belles maisons, vous allez embrasser vos petits-enfants avec votre bonne conscience, au regard de dieu vous avez probablement plus de sang sur vos mains d’inconscients que n’en aura jamais le désespéré qui a pris des armes pour essayer de se sortir de son désespoir. »

Ou encore…

« Vous, les jeunes, heureux êtes-vous si vous voulez le bonheur de tous ! Devenez compétents. Soyez passionnés. Dominez-vous pour pouvoir être efficaces, pour être à la hauteur de cette tâche merveilleuse qui est là devant vous et qui vous montre la vraie grandeur de l'homme. Mais malheur à vous si vous ne pensez qu'à vous ! Si vous entrez dans la vie avec cette pensée stupide : « Moi, moi, moi, je veux être heureux. Je ne veux de mal à personne, je ne suis pas méchant, mais les autres je m'en fiche. Moi, ma carrière, ma réussite, mon avancement, ma fortune, mon plaisir ». Malheur à vous parce que la brutalité des bouleversements qui, déjà, ont commencé à travers le monde, brisera à coup sûr dans les années qui viennent, ceux qui auront cette stupidité de n'avoir de but que leur MOI. »

Au cinéma il y a presqu’un an maintenant, j’avais vu le dernier film sur l’abbé Pierre. « une vie de combat » J’avais raconté ici. Lui à Le Pen, il avait répondu deux fois, à la télé, « ta gueule ».

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© GTK

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