La diversité, c'est bien... ailleurs !

Le 4 janvier, le Président de la République avait annoncé « une large consultation internationale » annonçant « une nouvelle stratégie de promotion de la langue française et du plurilinguisme » qui devrait avoir lieu, elle, au printemps. La plateforme numérique est lancée.

monideepourlefrancais

Emmanuel Macron souhaite une stratégie « décomplexée », qui « s’inscrivent pleinement dans le plurilinguisme ». Sauf qu’en matière de plurilinguisme, la France est coiffée du bonnet d’âne !

La plateforme s’intitule « mon idée pour le français ». Le site des affaires étrangères explique que cette initiative entend « mobiliser les acteurs de la présence française à l’international » et « recueillir des propositions concrètes pour moderniser l’usage du français et promouvoir le plurilinguisme ».

Toutefois, on remarquera aisément que le titre de la plateforme laisse de côté le plurilinguisme. Sur tweeter, le #monideepourlefrancais oublie lui aussi le plurilinguisme. Et comment pourrait-il en être autrement ? Le plurilinguisme, quand il est énoncé par un État comme la France, n’est qu’une manière de justifier une entreprise colonialiste.

Années après années, on oppose systématiquement aux défenseurs de langues minoritaires en France (qu’ils parlent le breton, l’occitan, le basque, le corse…), les fameuses « langues régionales », l’article 2 de la Constitution disant que « la langue de la République est le français ». Un article exclusif qui permet d’affirmer que l’État et la Constitution hiérarchisent les langues. L’État français n’est ni plurinational, ni civique : il est bel et bien nationaliste ! Alors que ces militants linguistiques demandent justement la coofficialité des langues, à l’instar de Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni en Corse, mais à l’instar de milliers d’anonymes, la France les humilient davantage en prétendant lancer une initiative en faveur du plurilinguisme, mais ailleurs qu’en France ! Injustifiable.

J’ai, dans le magazine Le Peuple breton, proposé à ces militants de se servir de l’outil géré par l’Institut Français pour réclamer la coofficialité des langues minoritaires. Pas simplement la ratification d’une Charte européenne des langues minoritaires qui, même si elle l’était, ne mettrait pas à égalité les différentes langues parlées en France. Mais bien coofficielles car toutes les langues se valent.

La France devrait balayer devant sa porte avant de demander au monde de respecter le français et de l’apprendre ! Il se joue là – personne n’est dupe – une course à l’influence à l’étranger malsaine. Qu’on ne s’y méprenne pas, les langues sont aussi un instrument de domination.

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