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Billet de blog 1 février 2017

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Bienséance, faux nez du conservatisme et outil de soumission

S'en prendre à la forme sert souvent à masquer le fond des choses. S'en prendre à la forme sert à déconsidérer celui qui s'oppose. Pourtant, celui qui ne peut accéder aux médias, qui est privé de représentation n'a plus que le recours à une forme outrée, voire violente de l'expression, sauf à se taire.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

En 2012. Les affrontements politiques d’alors glissaient vers la seule critique de la forme, masquant ainsi les questions de fonds posées (banlieues, chômage, crises paysannes, révélations de scandales…)
En 2016 on s’en prend aussi aux épiphénomènes : foulards, burkinis.
En 2017 on se dit révulsé par Mélenchon autant pour la forme que pour le fond. Mais l'aurait-on entendu sans cette forme ?

   Selon le Robert la bienséance serait « une conduite sociale en accord avec les usages, le respect de certaines formes ».On désignera ci-après comme « violents » les comportements relationnels qui lèsent les attentes, intérêts, valeurs et portent atteinte à la dignité. Le secret protégeant des vérités réservées aux initiés en fait partie. Nous n’y inclurons pas de violences physiques. Cette analyse s'applique aussi pour grande partie à l'attitude des défenseurs de la langue écrite "académique". Elle s'applique aussi à ceux qui supportent mal qu'on s'en prenne aux hiérarchies sociales, aux diplômes. Elle concerne aussi les corporations tant publiques que privées qui vont jusqu'à prétendre s'autoréguler arguant d'une technicité qui échappe au commun de mortels.  Bien qu'en voie de régression, ces comportements sont encore dominants chez les dominants et l'on sait pourquoi mais aussi plus paradoxalement chez  nombre de dominés. Mais c'est une autre histoire.

 Qu’il me soit permis une illustration tirée d’une séance réelle au tribunal des prud’hommes voici deux décennies :

 « Un salarié plaidait l’absence de paiement d’heures supplémentaires. Il tirait la preuve de son calepin rangé la poche de poitrine sur lequel il notait chaque jour ses horaires. Le tout, seul et sans avocat, sûr de sa bonne foi, de ses preuves ainsi que de l’équité de la justice. Le juge, entendit les dénégations de l’employeur et de son avocat, fin juriste qui plaida l’absence de preuve. Il débouta le demandeur : « les éléments avancés sont unilatéraux et non contradictoires, il ne sauraient constituer une preuve ». En droit, c’était imparable. En équité ce fut une catastrophe. Développant alors ce qu’il connaissait le mieux parmi ses normes comportementales, le geste et la parole, le demandeur franchit la barre du tribunal. Menaçant du geste, il invectiva les magistrats, usant de noms d’oiseaux, tous arguments qui ont cours sur les chantiers lorsque la colère naît du sentiment d’injustice.

 Mal lui en prit, les gendarme furent appelés et il fut menacé assez lourdement d’incarcération et d’amende pour avoir manqué ... au respect de la bienséance et accessoirement au respect dû au tribunal. »

 
La bienséance est bien une arme entre les mains de celui qui en connaît les règles.

 Qu'il soit encore permis de tirer de l'appréciation d'une copie de français truffée d'erreurs d'orthographe. Les qualificatifs employés par le correcteur : "méprisant, inattentif, inepte, irrespectueux, paresseux" traduisent la violence de son ressenti. Alors que l'auteur des méfaits, fils d'amis personnels, n'était rien de tout cela. Il  n'avait tout simplement pas accédé au maniement académique de la langue écrite pendant sa scolarité. Lui n'en était pas pour autant devenu rebelle militant. Il était d'un tempérament soumis et adepte de l'auto-dévaluation. C'est environ le cas de 30 à 40 % des élèves en fin de collège. Ce n'est donc pas rien et mérite que l'on y regarde de plus près.

 Clercs, nobles, aristocrates, managers, fonctionnaires, hussards de la République, commissaires européens, banquiers et d’autres, ont établi des règles de bienséance qui ont plusieurs fonctions que nous allons examiner. L’objectif de cette démarche étant d’ouvrir des voies de liberté pour tous.

 Nous retenons comme hypothèse de travail celle de Jean Jacques Rousseau selon laquelle « La bienséance est le masque du vice ». Tant il est vrai que les plus grandes découvertes comme la bienséance peuvent être détournées à des fins haïssables : fusion nucléaire, fusil qui défend la veuve et l’orphelin mais aussi l’opprime, communisme partageur qui déporte en Sibérie, libéralisme exacerbé qui conduit à la crise des subprimes de 2009, droit de propriété érigé en absolu qui conduit aux fusillades de Germinal, orthographe académique qui laisse sur le flanc (sélectionne) 40 % des jeunes dès avant l'entrée en sixième, financiers européens qui s’offusquent en 2015 lorsqu’un ministre grec se présente sans cravate. Les exemples abondent ...

MANIFESTATIONS DE BIENSEANCE

Ce sont surtout des attitudes et comportements admis, principalement d'autocontrôle, voire d'autocensure :

 ·   Non contradiction voir non questionnement de la hiérarchie : diplômés, héritiers, élus, N+1, maris, parfois épouses, parents, profs, médecins, créanciers, financiers, etc  ... détenteurs de pouvoirs en somme. Ils finissent alors par en abuser (voir la dégradation de l'éthique politique dès après De Gaulle)

 ·   Non contradiction voir non questionnement des représentants des corporations ou des « élites » (notaires, professeurs, officiers, énarques, élus, médecins, avocats ; prêtres, instituteurs, permanent syndicaux et politiques, secrétaires de cellule, commissaires politiques, agrégés, créanciers, financiers …). Ceci justifia la censure et la justifiera désormais qu'on rachetat la presse pour la maitriser.

 ·   Renonciation à l'usage élitiste d'outils et à la fréquentation de plaisirs pour raison d'inaccessibilité élitiste précisément. Je parle ici de la langue écrite mais aussi de la musique, des arts en général, du tourisme culturel. Des jeux du cirque à M6 et TF1 ... jusqu'à la détestation des bobos induite par les démagogues.

 ·   Abdication de sa responsabilité pour s’en remettre à la décision « d’experts » :  parents aux professeurs, croyant au prêcheur, dépressif au gourou, obèse au diététicien, vieillard au prêtre, épargnant à son banquier, militant au leader, troupier à l'officier, inquiet au populiste, nanti suivant le démagogue de droite, pauvre s'accrochant au démagogue - populiste de tous bords. Ceci n’étant pas exhaustif.

 ·   Ton, forme et vocabulaire doivent camoufler sentiments et valeurs. Aucune appréciation ou jugement ne doivent apparaître. On ne manifeste pas que l’on est heureux ou mécontent, marquant une proximité sincère ; on continue le maquillage de la duplicité. « Cette duplicité de l'homme est si visible, qu'il y en a qui ont pensé que nous avions deux âmes » (Pascal).
On ne se lève pas en réunion en prenant la parole pour soulager son corps d’une trop grande tension. Cela révèle une faiblesse et réduit d’autant les arguments énoncés ensuite. Venant d’un faible ils valent peu. « Son maintien, son regard, révélait la douceur, la modestie » (A. France).

 ·   Non révélation de faits, opinions, sentiments, secrets réservés à une élite sensée être seule à savoir s'en servir correctement. Voir les réprobations des analyses dans la presse de vérités révélées par ailleurs (affaire Wikileaks).

·   Bannissement de certains mots ou tournures : On ne prononce pas des mots tels que "nationalisation, bourgeois, plus-value, rentier " dans les milieux libéraux; c'est friser l'indécence et cela disqualifie le contrevenant (cf les réactions aux déclarations tonitruantes de A. Montebourg ). On trouve les mêmes pudeurs de tous côtés. Longtemps on ne parla pas des choses du sexe et de l'argent. On ne critiqua pas la hiérarchie. On ne prononça pas le nom de Dieu ni le nom de certaines maladies, parties du corps et comportements sexuels. L'homophobie y trouve l'une de ses sources d'ailleurs. Il est vrai qu'alors questionner c'était douter et que le doute conduisait à l'enfer. Alors on pratiqua l'avortement clandestin, la pédophilie, l'abus de pouvoir et l'accaparement ... discrètement.

La bienséance et ses gardiens réservent à l'élite le soin de traiter des choses importantes jusqu'à faire que les mots eux-mêmes soient interdits ... il n'y a parfois plus même un pas.

FONCTIONS DE LA BIENSEANCE

 ·   La bienséance recouvre d’abord un ensemble de solidarités. 

 La respecter démontre l’adhésion au groupe dominant de celui qui s’y plie. Cela engendre au minimum un regard favorable. Voire induit une inflexion prononcée et positive de l’attitude des observateurs du clan dominant. C’est vrai depuis la nuit des temps. Les nobles n’étaient pas roués sur la place publique mais bannis ou au pire décapités à condition qu’ils « tiennent leur rang en ne dérogeant pas ».

 On dit c’est un gentleman, il ou elle a de l’allure, du charisme, lorsqu’il est de l’élite. On dit du petit : il est fidèle, c’est un brave, il nous fait confiance, il ne pose pas de questions, c’est un bon petit soldat …

 ·   La bienséance marque l’appartenance sociale : Ne pas respecter les normes de bienséance du groupe marque l’appartenance à un autre clan. Cela engendre des réactions au mieux de désintérêt et le plus souvent de silence méprisant voire d’hostilité active quoique feutrée (cf : A. Montebourg, Gainsbourg, Mélenchon, Sarkozy lorsqu’il craque …). C’est important car ceci conditionnera l’accès aux lieux et cérémonies d’autocélébration (notamment : école, association, club, cercle, loisirs, sport, mariages, diners en ville, …). Chez les Lequesnoy on ne crie ni ne fait de gestes larges et on ne jure pas (cf. « La vie est un long fleuve tranquille »).

 On admettra à la limite un individu dérogeant aux normes s’il cantonne sa présence à l’exécution des directives de ceux du sérail. Il conviendra qu’il reste un exécutant ne posant pas de questions fondamentales (le Suisse, Lacombe Lucien, Rama Yade, le Trader, le Béni Oui-Oui, Kouchner, Michel Debré en 1962,[1] …) « Elle savait très bien voir les petites gens sans déroger » (Chateaubriand)

·    La bienséance a pour fonction de canaliser la violence. 

 Mais la violence reste, même sous un masque d’exquise politesse. Dire « Monsieur, j’ai le regret de ne pas pouvoir retenir vos écrits comme preuve » est aussi violent que de dire « Vos preuves ne valent pas un clou, vous vous êtes fait avoir ... ».
Mais c’est admis. Kafka décrivait le système bureaucratique policé et muet mais nous l’avons bien lu. C’était de la violence froide.

 Celui qui détient la majorité ou  le capital n’a nul besoin de la colère, de la malséance ou d’une autre forme de violence pour exposer ses arguments. Il n’y a pas de risque d’échec pour lui. Il détient in fine le pouvoir d’imposer son point de vue. C’est si vrai qu’un Sarkozy choquait lorsqu’il traitait de pauvre con quelqu’un qu’il estimait ne pas lui arriver à la cheville. "Avait-il besoin de se laisser aller ?". Cela lui a fait perdre le soutien d’une partie de la bourgeoisie.
A l’extrême, on déléguera la mission de contraindre, de torturer, à des subalternes si elle s’avère nécessaire.

 ·    Souvent la violence consiste en non réponse de la part de celui qui peut ou sait.

 On dit qu’il joue la montre, mène en bateau, fait le mort. En face on ressent du mépris, une injure. Le bienséant s’offusquera ensuite de ce que ce dernier hausse le ton ou descende dans la rue. Mais celui qui questionne et demande n’avait pas le loisir de se taire. Fallait-il qu’il ne demande rien pour ne pas devenir malséant ? Qui a mis le feu à la poudre ? Qui a tiré le premier ? Pour les gens de pouvoir, le défilé, la grève sont malséants. D'ailleurs ils n'y ont pas recours ... faute d'en avoir besoin. Quant au mot "nationalisation" on a vu l'effet révulsif.

 ·   La bienséance rend prévisibles les comportements, régule les relations interpersonnelles et ménage les coronaires du clan au pouvoir. 

 Renvoyer à des commissions successives, au vote de nuit, le traitement d’un problème économique ou social relève de la même pratique. C’est un procédé correct, sans armes, mais violent quoique admis. Il attire l’estime à celui qui l’a mis en œuvre de la part de ceux qui ne souhaitaient pas traiter la question. Ils applaudissent la fine manœuvre et se félicitent en aparté d’avoir voté pour un tel champion qui leur évite la confrontation avec des demandes malséantes.

 Celui qui détient le pouvoir n’a pas besoin de lever le ton pour obtenir l’attention, puis l’action qu’il attend de son interlocuteur. Il sait qu’il a les moyens de se faire entendre sans se départir de son flegme : une bonne élocution, des arguments tirés d’une riche culture, un carnet d’adresse comprenant au choix, avocat, magistrat, architecte, maire, directeur d’école, voire évêque et un assureur pour les biens de cette terre, des nervis en cas limite.

 On louera sa maîtrise et son flegme en observant son impavidité. Pourtant, c'est aussi peu crédible que de louer les vertus de preneurs de risque des financiers et dirigeants contemporains de grands groupes. Ils sont bardés de retraite-chapeaux, parachutes et autre garanties ouvertes ou occultes. Statut, patrimoine financier et/ou culturel, corporation, tissu relationnel, famille et autres blindages permettent aisément de ne pas se démonter face à la contradiction car il y a somme toute peu à craindre.

 On reste ainsi bienséant quoique violent … froidement.

 ·   La bienséance conforte le doit du dominant. 

 En matière économique, l'invocation des règles du "marché", des nécessités du bon fonctionnement du système bancaire et de la libre circulation des capitaux, la primauté incontestée du droit de propriété font partie aussi de ces valeurs. Il est malvenu d’en discuter.

 Comme pour d'autres il est plus que malséant de s'en prendre aux dits du livre saint ni des prophètes, Coran ou Bible. Les invoquer, voire simplement les évoquer participe de l'entreprise de défense de la "bienséance" avec le bon ton et la retenu de bon aloi qui va avec.

 Sur les affiches, le rouge était hirsute et sortait du cabaret, l'homme de bon ton portait col amidonné, haut de forme et fréquentait un cercle. Aujourd’hui il dîne au Rotary. On le trouve peu sous une banderole, une crécelle à la main. D’ailleurs il en est ainsi depuis longtemps : les pauvres défilaient derrière le curé lors des processions. La noblesse et l’évêque étaient au balcon.

 ·   Grace à la bienséance on montre son flegme et partant on montre sa force.  

 Celui qui détient le pouvoir et/ou le savoir n’est pas pressé de répondre à la demande qui le gêne puisqu’il n’a pas besoin du demandeur.

 Un banquier n’a pas réellement besoin d’un client en difficulté. Un instituteur protégé par un statut n’a pas besoin d’un parent d’élève. Le PDG et les syndicats d’un monopole ou d’un oligopole n’ont pas vraiment besoin de se préoccuper du bien collectif ni des clients ou adhérents. La nomenklatura chinoise et l’oligarchie russe ne se préoccupent pas réellement des besoins et demandes de la population. Car ils ont un monopole de la représentation de la volonté collective et pourquoi pas la main sur la force. Il n’y a pas qu’eux … voyons autour de nous. Un agrégé de lettres, un rabin, un ayatollah, un hiérarque catholique, un despote sont dans la même situation dans leur champ de compétence et son environnement social proche. Cherchez, même près de vous, les exemples abondent.

 D’ailleurs celui-ci, qui s’énerve, a besoin d’une bonne leçon de dignité dont on s’empresse lentement de lui faire une brillante et dédaigneuse démonstration, souvent par le mépris silencieux ou l'ostracisme. Rien n’est réglé, sauf la forme, retournez à mon introduction : on parle de rébellion, d’inadaptation, de non conformisme, d’injure à agent de l’autorité publique … La préoccupation de celui qui a brisé les règles de forme n'est toujours pas traitée.

  •     Le respect de la forme fait accessoirement gagner du temps à celui qui domine. 

 L’aristocrate rejetterait la demande du rustre parce qu’elle n’est pas formulée dans les règles de la bienséance.

 Jusque dans les années 50, les demandes personnelles à la direction dans certains ministères devaient commencer par la phrase « J’ai l’honneur de solliciter de votre haute bienveillance ... l’octroi d’un jour de congé exceptionnel pour accompagner ma vieille mère au cimetière ... » Faute de cette formule, le courrier repartait sans réponse pour vice de forme. Bienséance ?

 Bien des mauvaises notes en histoire et en géographie, voire en mathématiques sont dues à la présente de fautes d’orthographe ... Celles-ci sont traitées comme des injures à la bienséance. Elles priment, ainsi, la qualité du savoir, de la réflexion  exposée en histoire, en géographie, voire en mathématiques. Je connais des dizaines d’ingénieurs et docteurs en sciences qui pourraient en témoigner. Je parle aussi ici et surtout des 40 % de jeunes laminés par le niveau inadapté d'exigence en cours et fin de primaire en français. Voir "Ecole le vortex du trop plein"

 Le juge rejette la demande du plaideur naïf qui méconnaît la procédure. Le professeur punit pour insolence l'élève qui émet des doutes en écorchant les formes. D'ailleurs "questionner n'est-il pas déjà douter" arguaient  autrefois certains détenteurs d'autorité spirituelle. Nous avons peu progressé, substituant au directeur de consciences des directeurs de bienséance républicaine et d’orthodoxie financière.

Le président d’association, l’élu, l’enseignant, le cadre, ne répondent pas à la demande du néophyte parce que leur temps est précieux, parce que cette demande est infiniment minoritaire, parce qu’elle mettrait en cause son propre tissu relationnel. J’en connais beaucoup qui se vexent qu’on puisse les questionner sur leur gestion. Il m’arrive d’ailleurs d’y céder moi-même lorsqu’on me met en doute dans ce que je pense être mon domaine de compétence. Je deviens alors expert en violence feutrée.

 L'agrégé auto satisfait (ils ne le sont pas tous, loin de là) ne changera pas son cours "car il craint la baisse de niveau". Il craint aussi assurément que sa vanité et ses plaisirs solitaires de lecteur et scripteur d'élite ne soient découverts. Allons y voir.

 ·   Le respect de la règle de bienséance auto - gratifie celui qui la maîtrise et protège les dynasties et castes.  

 Son dévouement reconnu doit normalement engendrer une telle grande confiance qu’elle génère des marques de respect liées à la forme. La meilleure des formes étant encore de ne pas poser de questions pour toute personne de bon aloi. " Douteriez-vous de moi ?"

 C’est tellement vrai que la plupart des détenteurs du pouvoir supportent mal caricature, doute, questionnement et tentent de museler la presse libre soit ouvertement (Iran, Chine, religieux intégristes …), soit indirectement comme en France C’est notamment par le biais du financement, de la constitution du capital des grands médias et/ou de la nomination des dirigeants des médias publics et des juges ou encore dans la suppression d'organismes chargés précisément de soulever des lièvres. Dans la plupart des associations la reddition des comptes annuels n’est plus qu’un rituel. Dans une assemblée d’actionnaires le questionnement est vécu comme une quasi injure personnelle par nombre de dirigeants.

 C'est encore le verrouillage corporatiste de nombre de professions dites libérales ou de fonction publique via l'accès à des disciplines scolaires hors de portée de ceux qui sont mal nés. Expl : des maths pour limiter l'accès à la profession médicale, du français académique pour accéder à nombre de responsabilités ... cherchez les exemples, ils fourmillent.

·   Le respect de la bienséance fait taire ou freine l’expression du « mal élevé ». 

   Qui n’a jamais été freiné dans ses demandes face à l’autorité, l’âge, le statut, la fonction, le risque par la fameuse bienséance ?

  Qui n’a jamais été bridé par une mauvaise maîtrise de la langue et des normes comportementales étrangères à son groupe social jusqu’à renoncer : bienséance ?

Ces phénomènes se produisent spontanément mais sont aussi exploités par les détenteurs d’autorité et de savoir-faire et dire. Combien de parents et d’enseignants n’ont-ils pas confondu la forme et le fond des demandes de leurs enfants en prononçant le fameux « on ne parle pas comme ça ! ».

Combien de fois, un président d’assemblée, un DRH, un secrétaire de cellule n’a-t-il pas coupé l’expression de tel ou tel par un péremptoire « votre ton, vos mots, votre attitude, etc… sont inacceptables (ou pire vulgaires) ». C’est d’ailleurs une technique enseignée dans certains séminaires de conduite de réunion : s’en prendre à la forme lorsque le fond devient chaud.

 Combien de questions ne sont pas posées par les plus humbles qui savent ne pas maîtriser les règles de la bienséance et donc s'autocensurent. Combien de patients n'expriment pas au médecin leur mal, pensant malséant d'employer certains mots traitant de telle ou telle partie du corps ou fonction biologique. Cet exemple d'auto limitation de l'accès à l'information suffira. Cherchez, il en est d'autres : argent, affects ...

 QUE FAIRE ?

Ces règles de « good-looking » portent le nom d’élégance, de raffinement, d’amabilité, de bienséance, de distinction, de maîtrise de soi. S’y opposent : simplification, rudesse, trivialité, simplicité, spontanéité, émotion, désespoir, colère.

 Les mêmes choses sont dites par les uns et les autres mais la forme les rend acceptables ou indignes d’intérêt.

Ces règles, lorsqu’elles sont respectées, rendent admissible l’opposition car elles ne mettent pas en causes les hiérarchies, parce qu’elles en respectent le formalisme et manifestent l’appartenance solidaire au clan. La face reste sauve pour les uns. « Forte tête mais pas dangereux, il est avec nous » dit-on des autres.

 ·   Ne pas céder à l’autocensure 

 L’expérience m’a appris que s’efforcer de trop se soumettre aux règles de formes revenait à :

 ·      Ne pas questionner pour ne pas mettre en difficulté (injonction : sois gentil).

 ·      Ne pas dire ses besoins, difficultés et avis (injonction : fais effort)

 ·      Donc ne pas savoir et ipso facto ne pas disposer d’éléments constructifs de proposition (injonction : fais confiance)

 ·      Revenait à accepter par avance les silences, non-dits et dénégations de ceux qui disposent d’information et de pouvoir (injonction : regarde comme ils sont dévoués, rien que pour cela, n’insiste pas).

 ·      Accepter d’avance l’avis des « sachants » (injonction : Eux, savent ! Qui es-tu ?).

 ·      S’en remettre aux jugements de ceux qui veillent sur les valeurs (injonction : respecte la hiérarchie. Ils ont l’onction, ils sont élus, ils sont diplômés, …)

 ·      Ne pas remettre en cause les droits et prérogatives des corporations et hiérarchies (injonction : ne critique pas ton groupe d’appartenance et ses leaders, c’est l’affaiblir !).

 ·   Dire même s’il en coûte. 

 Face au silence il faut parfois hausser le ton pour se faire entendre et obtenir réponse.

 Tant pis pour la bienséance s’ils n’écoutent et ne répondent.
Le silence est aussi une agression

 Face à la solidarité de la minorité des « décideurs avertis » il faut parfois insister avec véhémence pour obtenir les informations qu’ils détiennent, les peser et les comparer avec les besoins de la majorité dont il se trouve que l’on fait partie.

 Tant pis pour la bienséance s’ils n’écoutent et ne répondent.
Le silence est aussi manifestation de mépris

 Face aux tenants d’une bienséance soumise il ne faut pas oublier qu’ils sont tant attachés à leur prééminence qu’ils sont prêts à négocier avec nous pourvu qu’ils gardent l’apparence du pouvoir (la face dit-on parfois). Encore faut-il que nous disions, parfois fort, face à leurs dénégations et silences, ce que nous souhaitons.

 Et ça marche souvent. Ils préféreront le repli à la perte de leur statut. Essayez !
Le silence est aussi manifestation d'un point faible

 ·   Pour un avenir de sincérité. 

 Veillons à ne pas rendre nos enfants des sujets passifs, soumis, privés d’initiative, par excès de formalisme. Notre exemple est fondateur. Donnons ainsi à nos enfants l’exemple de la transparence maîtrisée source de bien des bénéfices.

 Celle-ci assure :

 ·   La certitude en matière d’acquiescement ou de désaccord. A défaut on parle au mieux d’incertitude et au pire d’hypocrisie.

 ·   La convivialité en désignant clairement ceux avec qui l’on peut cheminer et ceux avec qui il y aura moins d’harmonie, voire intérêt à renoncer à les côtoyer. A contrario on parlera de soumission et d’autorité voilée ou ouverte

 On peut aussi choisir de rester un laquais. Mais c’est une autre histoire.

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