CORONAVIRUS ET LIBERTES PUBLIQUES

Peut on accepter qu'on prétende nous préserver en nous enfermant ? Peut on fallacieusement restreindre les libertés publiques au motif de protéger des populations fragiles ? Lesquelles sont désormais dument informées de ce qu'elles ont à faire pour se protéger elles mêmes ou que l'on pourrait accompagner spécifiquement si elles n'ont pas l'autonomie nécessaire.

Je suis septuagénaire et donc de ceux que l’on décrit comme membre des populations fragiles

Or je n’aime pas que l’on limite tant qu’aujourd’hui les libertés de mes concitoyens pour me protéger. D’autant que bien d’autres maux bien plus mortels nous frappent sans qu’on leur affecte une once de cette étrange et subite attention. D'autant encore que le plus gros de la population n'est pas en danger sérieux pour être jeune et en bonne santé et que les plus fragiles dont je suis savent l'être et peuvent donc prendre pour eux même les mesures préventives.

Je ne demande rien d’autre à mes cadets que de m’aider à ne pas souffrir trop si je suis atteint et de ne surtout pas me prolonger vainement.

Je m’occupe moi-même de me sauvegarder si je le souhaite et n’entends pas qu’on m’y contraigne comme je ne souhaite pas qu’on oblige autrui à le faire au prix de nos libertés. Je répugne à accepter qu’on prétende nous sauver en nous enfermant.

Bien sûr, malgré le flou et l’inconstance des informations, je fais en sorte de ne pas faire prendre de risques aux autres par des geste-barrières suffisants (masques, distance, hygiène) et de limiter ceux que je prends.

D’autant qu’il me semble qu’on nous raconte des salades. On ne souhaite pas tant nous sauver que d’éviter l’engorgement d’un système hospitalier saigné par des décennies d’économies néo libérales et de politiques de sabordage-privatisation du réseau de santé public. Ce serait un rude camouflet pour les condottieres qui nous mal gouvernent s’il défaillait de nouveau comme il le fit ici où là au printemps.

Je soupçonne même ceux-ci de mettre à profit l’occasion du trouble actuel pour faire passer dans d’autres domaines des mesures qu’ils n’oseraient pas avancer si les rassemblements publics n’étaient pas interdits Qu’on ne me taxe pas ici de complotisme. En marketing politique on appelle cela « saisir les opportunités » et je pense qu’il ne s’agit que de cette forme de cynisme fort en vogue chez les premiers de cordée de la start up nation.

Ce sont des états de fait dénoncés depuis des années : court-termisme, flux tendus, délocalisations et réduction des moyens publics pour que ceux qui pourtant en ont les moyens paient moins d'impôts. Mais désormais c’est avec encore moins d’écho. Car la nouveauté consiste à interdire de rencontrer activement ceux qui hésitent encore à qualifier les mesures actuelles de mascarade toxique. Or des maladies bien plus répandues, douloureuses et mortelles pour tous ne sont plus ou mal traitées pour cause de manque de moyens. Les chiffres abondent, il suffit de consulter l’INSERM et d’autres.

Sachant que quelle que soit l’affection, je suis prochainement condamné je souhaite qu'on limite donc les mesures restrictives de libertés pour tous et accessoirement qu’on m’épargne des soins désespérés si je suis atteint. Je laisse ma place à plus jeune et porteur d’espoir. Je me contenterai de quelques sédatifs si les actionnaires des multinationale pharmaceutiques n’ont pas complètement privé notre pays des moyens d’en produire.

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