Être tenu par la barbichette rend indigne de la confiance publique

N'abusons pas du beau principe de présomption d'innocence. Peut on faire confiance à cette personne pour tenir un poste de responsabilité ? C'est la crédibilité qui est en cause ici.

Celui qui a enfreint des règles de droit mais aussi morales, même si leur irrespect n'est pas sanctionné par la loi ne peut plus bénéficier de notre confiance.

Si c'est une question d'ordre moral un peu gnangnan c'est surtout une question d'efficacité.

Car il est soumis à la pression de qui le sait, complice, secrétaire, collaborateur, voisin, partenaire, client, fournisseur, banquier notamment qui peuvent en user comme moyen de chantage pour obtenir de celui qui arrive au pouvoir les services dont il ont besoin, qu'il muselle une enquête, une inspection mais aussi qu'il prenne au nom de tous des dispositions légale ou réglementaires s'imposant à tous. Il s'en trouvera assurément, nous ne vivons pas entourés de saints.

Fragilisé par une potentielle délation, un chantage il ne doit plus disposer des moyens de la puissance publique. Un Balkany, un Tapie, un Sarkozy comme d'autres devaient nécessairement user de leurs pouvoirs pour renvoyer l'ascenseur sous une forme ou une autre à qui en savait assez pour ne pas être contrariés.

C'est aussi pourquoi il faut limiter, nombre, durée et renouvellement des mandats électifs et gouvernementaux. Car une carrière politique est nécessairement jalonnée de compromis, de compromissions. Dès lors, ce qui est gagné en expérience est consommé en perte de crédibilité, de sincérité. Etre tenu par la barbichette doit être privatif de la confiance publique.

Restera bien sur difficile de distinguer ce qui relève du chantage sans fondement de la réelle faute ou concussion.

On argue aujourd'hui non sans fondement de la fameuse "présomption d'innocence". Je suis de ceux qui pensent que l'intérêt collectif doit primer sur elle ici. L'éloignement d'une fonction élective ou gouvernementale s'applique uniquement à la carrière d'un individu, pas à sa liberté ni à son patrimoine et n'a aucun caractère pénal. L'éloignement du pouvoir n'est pas privatif de liberté, voire infâmant, c'est une protection de l'intérêt de tous qui laisse tout loisir à qui est l'objet d'un doute de s'en laver avant, éventuellement de revenir, libre de toute entrave et plus digne de notre confiance.

 

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