Pourquoi faut-il se réjouir de l’élimination du Paris Saint-Germain ?

Que l’on soit ou non amateur de football et suiveur des compétitions européennes de clubs, il y a des raisons objectives de se réjouir de cette énième élimination précoce du Paris Saint-Germain en Ligue des Champions.

   Cette élimination n’est rien d’autre que la mise en échec d’une politique d’investissements authentiquement indécente. En effet, le club de la capital, devenu la propriété d’un fond d’investissement souverain du Qatar en 2011, a dépensé en recrutement de joueurs célèbres des centaines et des centaines de millions d’euros en se finançant à travers des contrats de sponsoring sans queue ni tête. Une part considérable des partenaires économiques du Paris Saint-Germain bat en effet pavillon qatari, et certains des contrats les plus rémunérateurs pour le club ne répondent à aucune logique de marché. Ainsi a-t-on par exemple appris grâce aux Football Leaks publiés il y a quelques semaines par Mediapart, qu’un contrat d’un montant initialement fixé à environ 200 millions d’euros par an entre l’office du tourisme du Qatar (Qatar Tourism Authority) et le PSG ne valait en réalité, selon plusieurs cabinets d’experts, pas plus de 10 millions d’euros. De ce fait, ce seul contrat pouvait être pour le Qatar l’occasion de maquiller une subvention indirecte d’un montant supérieur à 190 millions d’euros par an alors même que de telles subventions déguisées sont prohibées par le règlement du fair-play financier instauré par l’UEFA. Tous ces contrats avec des parties liées ramenés à leur valeur économique normale au regard des conditions de marché, révèlent que le club de l’émirat du Golfe dilapide en réalité des centaines de millions d’euros de subventions déguisées et profite ainsi d’un véritable « dopage financier ».

L’usage du mot « dopage » n’est pas exagéré tant il est vrai que le milieu sportif est aussi devenu depuis quelques décennies un espace de compétition économique entre ses acteurs. Le « dopage », dans le monde du football (qui a été l’un des premiers domaines sportifs à avoir été colonisé par le marché) peut donc aussi bien être biologique, pour accroître artificiellement les performances physiques des joueurs, que financier, pour accroître artificiellement les ressources financières d’un club. Ce « dopage » a créé à l’échelle des compétitions nationales une rupture d’égalité sans précédent puisque le Paris Saint-Germain a glané 15 des 16 derniers trophées nationaux décernés depuis 2014, tuant par la même occasion la « glorieuse incertitude du sport » dans le football français. Alors que tous les autres clubs français doivent faire en fonction des contraintes économiques qui sont les leurs, sous peine d’aller vers la faillite (c’est-à-dire la mort pour une société commerciale), le Paris Saint-Germain semble pouvoir ne s’interdire aucune folie, aucune dépense, aucune extravagance. C’est comme si, alors que ses concurrents doivent mesurer le moindre de leurs actes en sachant qu’ils n’ont qu’une seule vie et donc pas le droit à l’erreur, le Paris Saint-Germain était un acteur immortel pouvant prendre tous les risques stratégiques possibles sans jamais craindre la cessation de paiement. Y-a-t-il de concurrence plus déloyale que celle-ci ?

   Cet investissement massif est aussi indécent en ce que, en plus d’être déloyal, il se fait par le bais d’institutions ou de sociétés contrôlées par l’autorité publique qatarie (Ooredoo, QNB, QTA…). L’on sait qu’au-delà d’une certaine hauteur, les gratte-ciels perdent toute rentabilité, ce qui n’en fait que des investissements égotiques, des non-sens économiques. L’investissement qatari dans le Paris Saint-Germain est de la même manière une sorte d’investissement de vitrine mû par la satisfaction de l’égo du chef. Dans un monde où des centaines de millions d’êtres humains vivent encore dans la plus extrême pauvreté, il est proprement hideux de dépenser ainsi des sommes astronomiques qui n’ont pas véritablement été générées par l’activité du club. Il est en effet hideux, que cette immense manne financière (issue de fonds contrôlés par une autorité publique) ait été consacrée à satisfaire le caprice d’un chef d’Etat, au détriment de l'équité certes, mais aussi de la décence la plus élémentaire. Il y a donc lieu de se réjouir que ce genre d’investissement n’ait pas été couronné par le succès tant désiré par ceux qui en sont à l’origine.

   Cette élimination du Paris Saint-Germain symbolise aussi la défaite d’une politique sportive qui pense que l’argent achète tout : le prestige, les trophées désirés, l’esprit d’équipe et la chance. En échouant pour une énième fois consécutive dans sa quête d’un trophée international, qui plus est face à une équipe en partie composée de jeunes joueurs inconnus, les dirigeants qataris du PSG sont une nouvelle fois confrontés à une réalité que leur train de vie habituel ne leur permet que difficilement d’appréhender : celle qui apprend que l’argent ne fait pas tout.

   Enfin, il faut se réjouir de cette défaite car elle est aussi celle du microcosme des journalistes sportifs français, qui par lâcheté, en sont pour la plupart arrivé à croire que l’unique perspective de gloire internationale pour un club de football français était de devenir le jouet d’un milliardaire puéril ou d’un chef d’Etat imposant à plusieurs de ses sociétés publiques de dilapider leurs ressources. Ces journalistes ont oublié que les plus grandes réussites ne se font qu’au bénéfice de la patience, du talent et de l’espérance en soi.

   A plusieurs titres, cette élimination du Paris Saint-Germain est de celles qui doivent réjouir tous ceux qui sont attachés aux principes de loyauté et d’équité dans le sport, et qui ont en horreur qu’une puissance publique dilapide sans scrupules, pour satisfaire le désir de son prince, une partie de ses ressources pour contourner un règlement dont l’objet même est d’assurer une plus grande équité entre les participants aux joutes européennes de football. Finalement, la défaite du Paris Saint-Germain est d'une certaine manière la victoire de la décence. 

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