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Billet de blog 3 mars 2022

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Abattage des animaux à la ferme. Nous demandons un réel soutien de l’Etat

[Rediffusion] Solidarité avec « Quand l’Abattoir Vient A la Ferme ». Depuis 2019, la loi autorise les éleveurs, à titre expérimental, à abattre leurs animaux à la ferme. Ils n’ont toutefois bénéficié d’aucuns moyens dédiés et doivent tout à la fois assurer les études technique, financière, économique, sanitaire. Respecter les animaux de ferme est une exigence collective. Nous demandons un réel soutien de l’État.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

À la suite des actions menées depuis plusieurs années par l’association « Quand l’abattoir vient à la ferme » et par la Confédération Paysanne, un amendement voté dans le cadre de la loi Alimentation autorise, depuis avril 2019, l’expérimentation d’équipements d’abattage mobile sur la ferme [article 73 de la loi n° 2018-938 du 30 octobre 2018 pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous. Décret n° 2019-324 du 15 avril 2019 relatif à l’expérimentation de dispositifs d’abattoirs mobiles].

Cette évolution répond à la demande des éleveurs paysans de pouvoir travailler de façon cohérente avec leurs animaux de leur naissance à leur mort. L’actuelle contrainte que représente pour les éleveurs le fait de devoir emmener leurs animaux dans des abattoirs industriels, ou pensés sur le modèle industriel, pose deux grands problèmes. Tout d’abord, la disparition de nombreux abattoirs et leur concentration conduisent à l’augmentation des temps de trajet -considérant que très souvent, il s’agit de transporter un seul animal-, et à l’obligation de laisser les animaux à l’abattoir, sans que l’éleveur puisse avoir un regard sur la façon dont ils sont traités [lire le Livre blanc pour une mort digne des animaux. Editions du Palais, 2014]. Ensuite, le fait de devoir abandonner la maîtrise de l’abattage des animaux constitue une rupture dans la relation de responsabilité des éleveurs envers leurs animaux. Si les éleveurs s’efforcent, tout au long de la vie des animaux, d’avoir avec eux des relations respectueuses, ce respect doit être, de leur point de vue, d’autant plus marqué au moment de leur donner la mort.

Cette relation de travail avec les animaux portée par des valeurs morales renvoie également à une demande des consommateurs. Savoir que les animaux dont ils achètent les produits ont été élevés dans le respect de leur dignité et de la nôtre est un élément important de leur relation à l’élevage. C’est pourquoi ils demandent, comme les éleveurs paysans, à ce que soit assurée la continuité de nos engagements envers les animaux, de leur naissance à leur mort.

L’abattage à la ferme n’est donc pas une revendication marginale. Il est un facteur clé de la légitimité et de la durabilité de l’élevage paysan.

Depuis deux ans, de nombreux groupes d’éleveurs se sont constitués et sont mobilisés pour mettre en place des équipements d’abattage à la ferme. On constate toutefois que, si l’autorisation d’expérimenter a été finalement consentie aux éleveurs, le soutien des services de l’Etat s’arrête là. Les éleveurs n’ont bénéficié d’aucuns moyens dédiés. Ils doivent par eux-mêmes trouver les financements, les fabricants, les autorisations… Ils doivent devenir tout à la fois chargés d’étude technique, financière, économique, sanitaire. Ils doivent négocier avec les abattoirs pour l’usage de certains équipements, ces derniers pouvant bénéficier d’aides refusées aux éleveurs.  Les services de l’Etat semblent s’en tenir au rôle d’inspecteur des travaux finis.

La vocation de l’abattage à la ferme n’est pas de transplanter l’abattoir tel qu’il est, ses procédures, ses équipements, ses objectifs, sur la ferme. Il s’agit d’assurer l’abattage des animaux sur leur lieu de vie, sans stress, sans souffrance mais en toute conscience de ce que représente le fait de prendre la vie d’un animal. L’équipement d’abattage doit être au service de cet objectif. Il doit également bien sûr assurer les qualités sanitaires et réglementaires attendues.

La volonté que manifestent les éleveurs de retrouver la maîtrise de l’abattage de leurs animaux devrait être prise en compte dans ce qu’elle porte de compétences et d’innovations. Les éleveurs sont les mieux placés pour être force de proposition dans le développement de l’abattage à la ferme. Contre les longs transports, ils revendiquent par exemple que les animaux puissent être abattus dans le département où ils sont nés et où ils ont été élevés. Les éleveurs veulent respecter leurs animaux, ils veulent respecter les consommateurs. Il n’est pas besoin de les surveiller ou d’évaluer leur travail à la seule aune de critères techniques ou économiques.

L’abattage à la ferme est un outil au service de l’élevage paysan. C’est cet élevage que plébiscitent nos concitoyens pour leur santé, pour les animaux, pour l’environnement.

Nous demandons aux services de l’Etat de donner maintenant aux éleveurs engagés dans cette démarche d’innovation que constitue l’abattage à la ferme, les moyens concrets, financiers et humains, nécessaires à la réussite de leur projet.

« Quand l’abattoir vient à la ferme »

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