Montpellier : Macron lâche Saurel

Philippe Saurel, maire de Montpellier et président de la Métropole, a bouleversé le paysage politique montpelliérain avec la création d'un groupe politique dénommé « La République en Marche et apparentés ». Cependant, les récents évènements montrent que le nouveau chef de l’Etat ne tient en aucun cas à être assimilé à l’édile montpelliérain, qui se retrouve désormais plus isolé que jamais.

Philippe Saurel a du souci à se faire. Le maire de Montpellier et président de la Métropole a opéré un revirement politique au cours de l’été 2017 à la suite de la déroute électorale de sa candidate montpelliéraine aux élections législatives. Pour rappel, au cours de la campagne présidentielle, la girouette montpelliéraine a successivement lancé des signaux de soutien à Mélenchon, Juppé, puis Valls, pour finalement s’arrêter de tourner au gré des treize vents et choisir Emmanuel Macron. Après la victoire de ce dernier, Philippe Saurel a donc pesé de tout son poids pour imposer ses candidats à La République En Marche (LREM) pour les législatives dans l’Hérault. Sa candidate sur la circonscription montpelliéraine, Stéphanie Janin, a cependant perdu contre la candidate de la France insoumise (FI).


A la suite de cette déroute électorale, le maire de Montpellier a cru pouvoir maquiller sa défaite en la faisant passer pour la première étape d’une stratégie politique réfléchie de longue date. Il a donc « changé de stratégie » en cours de mandat, en conditionnant l’accès à l’exécutif métropolitain à la participation au groupe « La République en Marche et Apparentés ». Il n’est nul besoin d’avoir lu l’œuvre complète de Machiavel pour comprendre cette manœuvre politique. Elle consiste d’une part à se débarrasser des principaux vice-présidents de la Métropole pour les remplacer par des personnalités plus falotes insusceptibles de faire de l’ombre à notre auguste Philippe. Elle consiste d’autre part à faire du maire de Montpellier la figure locale de La République En Marche. Et c’est là que le bât blesse.


Mardi 5 décembre, les héraultais ont pu assister à un drôle de spectacle. Sept maires et élus membres du groupe de coopération métropolitaine (groupe constitué en réaction à la politisation de la métropole par Philippe Saurel) étaient reçus au palais de l’Elysée par le directeur de cabinet du Président de la République et sa conseillère politique chargée des collectivités locales. Cette rencontre fait suite à une lettre envoyée au Président de la République par ces élus locaux opposés à Philippe Saurel, où ces derniers dénoncent la politisation de l’institution métropolitaine, qui, depuis les années soixante, fonctionne selon le principe de la coopération intercommunale. En politisant la métropole, le maire de Montpellier pensait s’attirer les grâces du chef de l’Etat. Or, c’est tout l’inverse.


Pour mieux comprendre la nature du système mis en place par l’équipe Saurel, il nous faut nous arrêter un peu sur la configuration actuelle du conseil métropolitain. Désormais, le groupe « La République En Marche et Apparentés » dispose d’une courte majorité de 54 voix (sur 92), ce qui suffit à lui permettre de gouverner seule l’institution. Cependant, bien que légale, cette majorité manque de légitimité, et ce à plus d’un titre. D’abord, elle porte le nom LREM, alors même que ce mouvement politique n’existait pas lors des élections de 2014. Aucun des membres de cette majorité n’a obtenu de mandat en ce sens. Ensuite, la majorité métropolitaine ne représente désormais plus la majorité de la métropole. En effet, puisque seulement 15 des 31 maires de la métropole font partie de la majorité Saurelienne, 16 d’entre eux n’en font pas partie. Enfin, on peut s’interroger sur les capacités des nouveaux vice-présidents à diriger leur délégation ; en effet, quand on les écoute, on se rend bien compte qu’ils ont été choisis essentiellement pour leur docilité.

Ses alliés d’hier devenus ses adversaires de demain, Philippe Saurel gère désormais l’exécutif métropolitain en bon héritier de Georges Frêche. Une courte majorité de patriciens serviles lève la main en cadence pour faire adopter les décisions du maire-président, et hue les opposants à chacune de leurs prises de parole. Ce spectacle ridicule horripile la population.
Un fossé s’est creusé entre l’élu local et la population qui, d’ailleurs, ne parvient plus à se rappeler du candidat Saurel de 2014 (écolo, citoyen, socialiste) tant elle a devant elle l’exact opposé de ce qu’elle a voulu porter au pouvoir. Candidat citoyen sans appartenance partisane, Philippe Saurel a anéanti en quelques semaines tout ce qui constituait son identité politique, sans même parvenir à s’en bricoler une nouvelle. Philippe Saurel est désormais un homme seul. Plus isolé qu’il ne l’a jamais été. Plus isolé qu’aucun maire de Montpellier ne l’a jamais été. Le Département, la Région, la majorité des communes de la Métropole, les maires des principales communes de sa métropole, et le Président de la République sont contre lui. Cela paraît invraisemblable.

Mais pourquoi Macron lâche-t-il Saurel, tout de même maire de la 7e ville de France et président d’une grande métropole ? Tout simplement parce qu’Emmanuel Macron n’a désormais plus aucun intérêt à le soutenir, puisqu’il est Président de la République et que l’une des prochaines échéances électorales est l’élection municipale de 2020. Toute ville de plus de plus de 100 000 habitants est un réel enjeu pour un mouvement politique aussi jeune que LREM, et le parti présidentiel ne peut pas se permettre de soutenir un candidat sortant aussi impopulaire. De plus, Philippe Saurel s’approprie la mention « LREM » sans demander la permission à quiconque, en s’autoproclamant figure locale du macronisme. Sauf que les macronistes héraultais eux-mêmes ne veulent pas de Philippe Saurel, en témoigne le maire de Montaud Joël Raymond, député suppléant LREM et membre du groupe d’opposition à Saurel à la métropole. Comme le résume le directeur de cabinet du Président (selon ses visiteurs, qui n’ont pas été démentis) : « On ne gère pas une grande métropole en étant en guerre avec les autres institutions, les principales mairies du territoire, le conseil départemental, le conseil régional. »

Cet isolement amène le maire de Montpellier à commettre des erreurs supplémentaires. En effet, comme si cela ne suffisait pas, Philippe Saurel rompt avec un autre des principes qui constituait son identité politique : l’alternative au frêchisme. Au-delà des nominations politiques à des postes administratifs, au-delà du clientélisme décomplexé, au-delà d’une communication pléthorique et dispendieuse, Philippe Saurel ose mettre le pouvoir municipal et métropolitain entre les mains de toute une série de personnes nourries au frêchisme depuis leur plus jeune âge, alors même que Philippe Saurel a été élu précisément pour rompre avec les pratiques de l’ancien maire de Montpellier. Nous n’énumérerons pas ici les noms de tout ce petit personnel politique, nous retiendrons simplement que Sophie Salelle est récemment devenue directrice de cabinet du maire de Montpellier, plusieurs années après avoir été celle de Georges Frêche, puis celle de Jean-Pierre Moure (président de l’agglomération à la suite du décès de Georges Frêche de 2010 à 2014). Décidément…

Toutes ces erreurs ne doivent pas nous amener à sous-estimer M. Saurel. Son bilan, à mi-mandat, est considérablement vide. On peut donc prévoir que d’ici les mois prochains une ou deux annonces tonitruantes seront faites par le maire de Montpellier pour combler ce vide abyssal. Cyrile Meunier, maire de Lattes, offre une analyse intéressante à ce propos. Selon lui, la stratégie de Philippe Saurel consiste à ponctionner autant que faire se peut l’épargne des communes de la métropole afin de gonfler celle de l’institution métropolitaine. Cette accumulation de capital lui permettrait dès lors d’emprunter une somme considérable afin de pouvoir enfin réaliser quelque chose de concret. Cependant, même s’il parvenait à construire une tour Eiffel sur la place de la Comédie, les chances de Philippe Saurel pour 2020 restent cruellement insuffisantes.

A Montpellier, la prochaine élection municipale est déjà à l’ordre du jour. On a pu lire dans Midi Libre que l’insoumis René Revol, maire de Grabels et député suppléant, serait déjà dans les starting-blocks, ce que l’intéressé dément. Une telle candidature serait probablement parmi les favorites étant donné le score de Jean-Luc Mélenchon aux élections présidentielles dans la ville et la popularité de M. Revol à Montpellier ; on lui attribue la mise en place de la Régie publique de l’eau par exemple. Or selon ses collaborateurs, l’apparition dans la presse de cette candidature potentielle a été organisée « dans l’objectif de justifier l’éviction » du maire de Grabels de la vice-présidence de la métropole en juillet dernier, ce que les murmures qui émanent de l’administration de Montpellier confirment. S’il était candidat, les insoumis auraient une chance de l’emporter. Si tel n’était pas le cas, il n’en reste pas moins que les partisans de Jean-Luc Mélenchon sont bien placés pour amputer Philippe Saurel d’une bonne partie de son électorat de 2014.

De l’autre côté de l’échiquier, LREM dispose donc de deux ans pour trouver son candidat, puisque Philippe Saurel vient de perdre toute chance d’être soutenu par le parti présidentiel. La balle est donc entre les mains de Coralie Dubost, députée de la troisième circonscription de l’Hérault et de Yolaine Vignaud, référente LREM de l’Hérault. La double appartenance des membres de la majorité métropolitaine et municipale (appartenance à LREM et à la Saurélie) risque de nous offrir un spectacle amusant. Qui restera fidèle et choisira de couler avec le Titanic ? Qui saisira l’opportunité d’exister politiquement ?

Du reste, la droite se trouvera un candidat neuf, mais elle a peu de chances de remporter une ville qui vote à gauche depuis quarante ans. Le Parti Socialiste, lui, est pris en tenaille, au moins autant que pendant l’élection présidentielle, et n’a que très peu de chances de dépasser le premier tour. Mais au soir du premier tour, qui Mickaël Delafosse décidera-t-il de soutenir (sachant que le PS peut tout autant faire office de faiseur de roi que de boulet) ?

Une information intéressante a toutefois récemment été publiée par le magazine Métropolitain. Il évoque une possible alliance entre Mme. Dubost (députée chef de file de LREM dans l’Hérault) et Jean-Pierre Grand, sénateur Les Républicains (LR) de l’Hérault, pour les municipales. Bien qu’une telle alliance paraisse périlleuse, une candidature de centre droit, avec une personnalité à la fois nouvelle et solide aurait ainsi de grandes chances de se retrouver au second tour, ce qui rendrait quasiment impossible la réélection du maire de Montpellier. Dans cette dernière hypothèse, l’élection municipale se jouerait entre cette candidature de centre-droit et celle de la France insoumise.

Au-delà des pronostics, une seule chose est sûre. Philippe Saurel est en très mauvaise posture. Toute sa stratégie est tombée à l’eau. La réunion de crise qui s’est tenue à la suite de la rencontre entre ses opposants héraultais et la présidence de la République en témoigne. Heureusement l’équipe du maire de Montpellier a su tout de suite trouver la solution, la parade ultime, la planche de salut : retirer la mention LREM du comte Twitter de Philippe Saurel…

Ceci dit, les élections municipales sont encore loin, et de gros enjeux attendent la capitale languedocienne dans les deux années qui viennent. Il sera intéressant d’observer la capacité des uns et des autres à répondre à ces enjeux.

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