A Montpellier, Philippe Saurel gouverne par l'outrance

Depuis sa défaite de juin dernier, le maire de Montpellier ne cesse de s’isoler. Après s’être mis à dos les principales villes de sa métropole, le département, la région, ses alliés potentiels pour 2020 ainsi que les étudiants de sa propre ville, Philippe Saurel s’en prend à la République en Marche, puis rétropédale. Ses troupes, radicalisées dans l’isolement, rivalisent de grossièreté.

Montpellier n’a jamais été une ville reconnue pour l’élégance de ses dirigeants. Cependant, on croyait cela terminé avec l’arrivée au pouvoir de Philippe Saurel, candidat divers gauche en 2014 devenu macroniste depuis un an et demi. Or, force est de constater qu’au ton rassembleur du début de mandat, qui se traduisait politiquement par une gouvernance ouverte, a succédé un style rustre et insolent qui, outre qu’il témoigne d’un isolement politique sans précédent, fait apparaître une gestion approximative et brutale de l’exécutif local.

Au début du mois de mai dernier apparaît un contentieux entre le maire de Montpellier et la présidente de la région Occitanie, la socialiste Carole Delga, à propos de l’abattage de quelques dizaines d’arbres malades près du lycée Mermoz sur ordre de cette dernière. « L’incident » provoque une bataille entre les deux équipes à coups de twitts et d’articles de presse interposés, sous le regard blasé des habitants. Mais le comble de l’absurde réside dans la décision de Philippe Saurel de faire fabriquer (et donc de payer) une grande affiche sur laquelle figure « Ici, la Région Occitanie à détruit un espace boisé classé sans autorisation » … Sans commentaire.

Vient ensuite l’affaire du sondage partiel et partial diffusé par Midi Libre. Le 10 mai dernier, le quotidien régional publie une partie des résultats d’un sondage commandé par Mohed Altrad, le riche entrepreneur montpelliérain et patron du club de rugby de la ville, récemment approché par des élus de droite et de la République en Marche pour prendre la ville en 2020. Or, au-delà du caractère surréaliste de la méthode de sondage utilisée, les résultats eux-mêmes sont modifiés afin de faire apparaître un duel Altrad-Saurel (alors même que ces deux candidats, plutôt classés à droite, se présentent dans une ville qui vote à gauche depuis quatre décennies). Rebelotte, guerre sur twitter et déclarations incendiaires dans la presse pendant une dizaine de jours.

Toute cette agitation est due à une cause unique : l’isolement politique du maire de Montpellier qui, ne parvenant pas à obtenir le soutien du chef de l’Etat, se débat sur sa droite et sur sa gauche afin d’exister politiquement. Or, cette attitude chaotique a un impact clair sur le moral des collaborateurs de Philippe Saurel qui, galvanisés par le doute, s’enfoncent dans une rhétorique outrancière à l’égard de tous ceux qui participent à la parole publique. Quitte, parfois, à prendre le risque de décrédibiliser toute l’action de l’équipe majoritaire. C’est le cas notamment lorsque les élus de Philippe Saurel rivalisent de misogynie à l’égard de la compagne de l’un de leurs opposants politiques, le maire de Lattes Cyrile Meunier, où lorsqu’ils insultent le sénateur Jean-Pierre Grand en pleine séance du conseil de métropole pour l’empêcher de parler, où encore lorsqu’ils évoquent au micro le jour où ce dernier se serait « baigné à poil dans le Lez »…

Cette attitude nauséabonde des « saurelo-macronistes » a structuré le dernier conseil de métropole, encore une fois du fait de la panique généralisée qui a contaminé les bancs de la majorité. Cette fois-ci, le maire de Montpellier faisait présenter un audit sur la gestion de la Régie publique des eaux de Montpellier, mais ne se doutait pas de la tournure que prendrait l’évènement.

Instaurée par le maire de Grabels, René Revol, la Régie de l’eau est le fruit d’un accord conclu entre les deux élus en début de mandat, lorsque Philippe Saurel a instauré un exécutif métropolitain pluraliste. Depuis sa défaite aux législatives sous les couleurs du parti présidentiel, Philippe Saurel a évincé tous les non-macronistes de cet exécutif, en dépit de ses promesses de campagne. Dès lors, l’insoumis René Revol a dû quitter la vice-présidence où il était chargé de l’eau ainsi que la tête de la Régie publique, alors même que son action était saluée par tous, Philippe Saurel le premier.

Après une présentation bien obligée de vanter les mérites de la manière dont a été crée la Régie de l’eau, l’auditeur émet des doutes quant à la manière dont le recrutement a été mené. René Revol prend alors la parole et lâche une bombe : l’audit est bidon. Le document affirme que la Régie puise son eau au Mont Valérien, à Paris, et que la population concernée représente dans le document le double de ce qu’elle représente en réalité. Les chiffres, les cartes et les schémas « se sont glissé » dans le document (en effet, c’est bien l’excuse qui a été donnée). Dès lors, la stupeur puis la colère envahit les bancs du conseil où les uns et les autres prennent la parole pour dénoncer un audit mensonger où les dirigeants de la Régie n’ont même pas été interrogés et, surtout, qui n’a été relu par personne, ni à la métropole, ni à la mairie. Pour information, cet audit a été payé 24 800€ par les contribuables de la métropole.

Cet évènement permet d’illustrer le mal qui ronge cette majorité, dont l’outrance n’est qu’un symptôme. D’abord, ils ne savent pas qui ils sont, car leur action politique est, tant sur la forme que sur le fond, à l’opposé de ce pour quoi ils ont été élus. Ensuite, ils ne savent pas où ils vont, puisqu’ils se fâchent avec la terre entière tout en espérant qu’elle les soutienne en 2020. Enfin, ils ne savent pas ce qu’ils font, n’ayant ni identité ni stratégie, ils ne peuvent pas se fixer d’objectifs concrets et arriveront en 2020 avec un maigre bilan. Un autre symptôme de ce malaise s’accentue, les bancs des conseils de métropole et municipaux se vident de sessions en sessions…

Mais Philippe Saurel ne s’arrête pas là ! Christophe Castaner, délégué général de la République en Marche, prévient dans un journal que LREM pourra soutenir des maires sortants, y compris de droite. Dans cet entretien, il prévient Philippe Saurel et l’enjoint à adopter une attitude plus mesurée et plus ouverte vis-à-vis des autres s’il veut obtenir le soutien présidentiel. Ce à quoi l’intéressé répond « Les états d’âme de Castaner, je m’en bats les c******* ». Tout cela n’a pas plu au Président de la République, qui s’est amusé à humilier le maire de Montpellier à plusieurs reprises depuis lors.

D’abord, au stade de France. La finale du championnat de rugby opposait l’équipe de Montpellier, financée par M. Altrad, à l’équipe de Castre, entraînée par Pierre-Yves Revol... La scène marqua les esprits lorsqu’après la rencontre, snobé par le Président, Philippe Saurel tenta en vain de le rattraper pour s’afficher à ses côtés. L’affront est double puisque M. Macron a chaleureusement salué Mohed Altrad.

Ensuite, au discours de la Mutualité à Montpellier. Outre l’affront qui consiste à effectuer un discours sur la responsabilité des pauvres à l’égard de leur pauvreté dans une des villes les plus durement touchée par ce fléau, le Président n’a pas eu un mot pour l’édile qui l’accueillait, ne l’a pas associé au dispositif, et s’est permis de le tancer devant ses propres habitants. En effet, fier de montrer que Montpellier donne l’exemple en termes de macronisme, Philippe Saurel se vante d’avoir instauré des zones franches dans sa ville (où les entreprises payent moins d’impôts). Le Président lui rétorque, avec le style qu'on lui connaît, que ce n’est pas la bonne méthode, en tout cas pas la sienne, puisque celui-ci est partisan des emplois-francs. Ambiance…

Enfin, dans la presse. Car après l’épisode Castaner, celui du stade de France et celui des emplois francs, on pouvait s’attendre à une certaine distance entre les deux hommes. Or, le maire de Montpellier a déclaré « je serais soutenu par le Président, ça me conviendrait très bien », se qualifiant lui-même de « socialiste freestyle ». Outre le caractère déconcertant des mots choisis et du message lui-même, cette déclaration traduit autant une certaine lucidité qu’un désespoir certain, car Philippe Saurel, fâché avec tout le monde, est désormais tributaire des désidératas du Président de la République, sans lequel lui et ses troupes ne savent ni qui ils sont, ni où ils vont, ni ce qu’ils doivent faire. Pas sûr toutefois que ces zigs zags intempestifs satisfassent aux exigences de l’orgueil montpelliérain.

Dans cette situation de délitement, l’absence de projet pour la fin du mandat peut s’avérer dangereuse. Les élections sont encore loin et les 21 prochains mois risquent d’être très longs.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.