Feu nucléaire

L’industrie nucléaire est incompatible avec le réchauffement climatique, ses canicules, sécheresses, incendies, montées des eaux, inondations, ouragans, et il y contribue par ses rejets. Prolonger et répandre le nucléaire comme le veulent EDF et M. Macron est un abus de pouvoir insensé. Nous pouvons concrètement nous délivrer des carcans du fossile et du nucléaire. C’est un choix politique.

Il devient palpable que le réchauffement climatique global est en route, les années se succédant avec leurs records de chaleur et de sécheresse alternant avec des inondations, des ouragans récurrents, et une fonte des glaces qui risque entre autres de faire s’emballer le phénomène, avec la libération massive de gaz à effet de serre tel le méthane. Et de fait les analyses scientifiques sont alarmantes.

Face à cette situation, le lobby du nucléaire et M. Macron osent présenter cette industrie comme l’une des «solutions» sous prétexte d’un dégagement moindre de CO2 (qui reste à quantifier sérieusement). Alors que le nucléaire est un gouffre financier, que des catastrophes ont déjà eu lieu, que nul ne sait valablement «démanteler» une centrale, et que les tonnes de déchets s’accumulent dont certains resteront actifs des millions d’années !

Sur le parc nucléaire français sont constatées des anomalies, falsifications, fraudes, irrégularités, pertes de compétences en nombre impressionnant. Et les incidents sont légion qui vont de fuites répétées de tritium au Bugey ou dans la Loire (où baignent 12 réacteurs), de fuites de vapeur radioactive et de liquide primaire à Golfech en juin 2020 sans trop de suite médiatique mais non sans conséquences réelles, à des incendies etc, etc.

Bien que le chantier de l’EPR à Flamanville cumule les retards et des malfaçons gravissimes, que son coût estimé à 5 milliards € en 2001 en atteigne déjà 20, qu’EDF soit en quasi-faillite malgré une recapitalisation de l’État de 3 milliards € en 2017, EDF et Cie promeuvent la construction de 6 autres réacteurs EPR en France au mépris de toute considération de santé ou de sécurité, ou du moindre «principe de précaution» !

Or les centrales sont d’énormes consommatrices d’eau : plus de la moitié du volume d’eau prélevé en France, au détriment des milieux aquatiques, des agriculteurs, des besoins quotidiens des usagers… Elles craignent tant la sécheresse que l’inondation. Les conditions météorologiques motivent chaque été l’arrêt de réacteurs, de centrales. En 2003, un quart du parc a dû être arrêté ou ralenti. En 2015 M. Hollande doit négocier avec la Suisse pour qu’à la sortie du lac Léman, le débit du Rhône, en cas de sécheresse, puisse suffire à refroidir les 14 réacteurs qui le défigurent.

Les réacteurs ont besoin d’eau en permanence, nécessitant 2 à 3 m³/s s’ils ont une tour de refroidissement, et sinon 50 m³/s. Même à l’arrêt, les réacteurs (et les piscines de combustibles usagés) nécessitent un refroidissement pour ne pas entrer en fusion.

Certains équipements, comme les diesels de secours de refroidissement, censés prendre le relais en cas de panne électrique, sont déjà en très mauvais état, et peuvent être détériorés par les fortes chaleurs.

Qu’est-il prévu en cas d’assèchement des cours d’eau dont les centrales dépendent, ou si leur température ne permet plus un refroidissement suffisant ? En cas de prolifération d’algues du fait de la chaleur en bord de mer ? En cas d’incendies ? De tempêtes ? En cas d’inondations que laissent présager les fontes des glaces y compris polaires, à Gravelines ou au Blayais par exemple ?

Les «normes» sont devenues élastiques «en cas de canicule extrême et nécessité publique» concernant la température des rejets d’eau. Les concentrations en polluants radioactifs et chimiques (bore, hydrazine, détergents, phosphates, chlore, ammonium, nitrates, sulfates, sodium, métaux… utilisés contre les micro-organismes prospérant en milieu chaud et humide, pouvant perturber les circuits de refroidissement) sont non pas interdites mais réglementées, mais les capacités de stockage étant limitées, les polluants sont finalement déversés, bien que les cours d’eau concernés assurent l’alimentation en eau potable de nombre de communes riveraines.

Les centrales contribuent au réchauffement climatique car 2/3 de l’énergie produite sont perdus, rejetés sous forme d’eau chaude aux fleuves ou à la mer, ou de vapeur d’eau. Sans compter l’exploitation et l’acheminement de l’uranium et autres «détails».

Tout cela pour fournir à peine 3% de l’énergie consommée mondialement aujourd’hui et 10,8% de l’électricité (en France respectivement 16 et 75%).

Il est temps de reconnaître la dangerosité et la toxicité extrêmes du nucléaire qui auraient dû suffire à l’interdire totalement d’emblée, et plus encore empêcher sa propagation. Une rupture radicale s’impose avec ces modes de fonctionnement qui nous obligent tous à subir leurs émanations mortifères avec un sans-gêne incroyable, il est temps de changer complètement de logiciel ! Non plus d’être gouvernés par la finance, mais de produire ensemble utile pour être heureux.

En Allemagne en 2019, 43% de l’énergie est produite à base de renouvelables qui remplacent progressivement le nucléaire et les fossiles, et les émissions de Gaz à effet de serre du fait de la production d’électricité ont diminué de 39% entre 1990 et 2019.

Les panneaux solaires et éoliennes déployés en France depuis 2012 produisent autant que 4 réacteurs. La France a un potentiel de 3 fois sa consommation électrique actuelle (des plus excessives) en renouvelables. Combinés aux économies colossales d’énergie que nous pourrions réaliser sans nous priver, au contraire en favorisant un milieu plus sain et agréable à vivre, et aux autres sources d’énergie non polluantes, nous pourrions avoir l’ambition de nous délivrer des carcans du fossile et du nucléaire.

Gdalia Roulin, 31 août 2020.

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