Racisme ambiant

Il devient coutumier de voir l’État violer les lois en matière de droits humains et démocratiques. On le voit même ordonner des chasses à l'homme. A différentes catégories d'hommes pauvres. L'élection de M. Hollande n'a rien changé. C'est quand même étonnant. Cela a l'air stupide de rester complètement inhumain « à gauche » alors que se différencier sur ce sujet n'aurait rien coûté, au contraire.

Depuis que la loi en France interdit le racisme et que l'on se poursuit en justice pour des « petites phrases » le racisme ne fait que prospérer. Grâce à l'exemple donné par l’État, et aux conséquences prévisibles de situations qu'il provoque et entretient, et du fait d'une propagande stressante depuis des années tandis que l'histoire disparaît des programmes scolaires et les émissions trop critiques des programmes médiatiques. Il devient coutumier de voir l’État violer les lois en matière de droits humains.

L'élection de M. Hollande n'a rien changé. C'est quand même étonnant. Cela a l'air stupide de rester complètement inhumain « à gauche » alors que se différencier sur ce sujet n'aurait rien coûté, au contraire. Alors pourquoi, par électoralisme ? Je ne le crois pas. Si M. Hollande avait dénoncé le racisme d’État entretenu par son prédécesseur, une bonne part des Français aurait trouvé l'air plus respirable et commencé à voir une amélioration par rapport aux politiques de droite. Le FN aurait râlé, mais le pays aurait gagné à traiter avec respect les 17.000 Roms mis au ban, et les quelques milliers de réfugiés maltraités de même illégalement, alors qu'ils ne sont pas les barbares que l'on veut nous peindre, mais des gens qui fuient malgré des obstacles monstrueux entravant leur route les bombes ou la famine que l'Occident a porté chez eux, comme le ferait quiconque à leur place.

Comment nommer les persécutions contre ceux que l'on désigne ethniquement comme « les Roms » ? Les fonds de l'UE ne sont même pas utilisés ! Pourquoi parler de « camps » (sous-entendu : normal pour des nomades) au lieu de parler de bidonvilles bricolés par des personnes à la rue à qui, bien qu'européennes, on a refusé le droit au travail jusqu'en 2013 – date où il fut octroyé de manière restreinte, mesures transitoires qui n'ont pris fin que le 1er janvier 2014 ? Les adultes peuvent donc avoir parfois un emploi, et les enfants vont à l'école. Vu les conditions qui leur sont imposées, ces personnes sont admirables. Détruire systématiquement un abri de fortune après l'autre et pourchasser les gens comme à Montreuil dans tous les endroits successifs où ils essaient de se poser et de se protéger tant que possible de la pluie et du froid, en accumulant stress et fatigue, c'est enfoncer les gens de plus en plus dans la misère avec une cruauté incroyable. Avec en prime injures et brutalités même contre des enfants encore endormis. Curieuse façon de garder la « paix sociale ». Et la police aux ordres de l'État se permet de détruire arbitrairement le peu qu'ont ces plus pauvres ? N'est-ce pas du vol ? Et quand nos édiles omettent soigneusement de procurer à ces exclus des toilettes et un accès à l'eau, pire, quand ils les font fermer tandis que des policiers crèvent les bouteilles d'eau ramenées au bidonville, comment faut-il appeler cela ? Il n'est que trop facile après de stigmatiser en parlant de problèmes sanitaires. Ils auraient dû être réglés depuis longtemps au service des populations au lieu de cette politique antisociale.

Pour faire passer ces atrocités on a le cynisme d'en appeler à nos bons sentiments : ces cabanes sont insalubres et il y a des risques d'incendie… C'est donc pour leur bien que l'on jette femmes, enfants, bébés, hommes et vieillards, malades et bien portants à la rue en écrasant leurs affaires dans la benne. Et pour le bien des voisins à qui l'on fait craindre vermines, microbes et délinquance, qui éviteront ainsi de rencontrer ces réprouvés qui fuyaient déjà un racisme virulent en Roumanie ou Bulgarie, ou ces réfugiés à qui l'on ne donne pas le statut adéquat malgré tout le courage qu'il leur a fallu pour arriver là, et qui sont peut-être médecins ou ingénieurs mais pour l'heure en forme de parias. Dans la même veine que M. Sarkozy on karchérise derrière eux ! Et on en rajoute : ces gens seraient indésirables car dangereux, allant jusqu'à tenter de les assimiler cyniquement à des terroristes potentiels, alors que c'est l'inhumanité institutionnelle qui est d'une violence extrême. Tandis que les bénévoles et autres solidaires mobilisés contre l'injustice et le sadisme institutionnalisés sont eux aussi trop souvent poursuivis et molestés par un État capable de transformer la solidarité en délit.

La chasse à l'humain paupérisé devient par le fait une norme, et la pauvreté une caractéristique consubstantielle à force d'être scandaleusement pérennisée. On a déjà vu « nos » SDF interdits de séjour en ville, les travailleurs pauvres sans logis gelant dans leur voiture, et des propriétaires expulsant avant la trêve hivernale des petits vieux quand leurs revenus étriqués ne leur permettent plus de payer le loyer. Nous subissons un rapport de force social sciemment entretenu par la division, la peur et le stress. L'idéologie au pouvoir criminalise la pauvreté pour tenter d'annihiler les sentiments de révolte face aux injustices sociales de plus en plus criantes, pour que la méfiance se développe vis-à-vis des plus pauvres, pour étouffer les luttes sociales et que nous nous habituions à ce que les plus démunis soient malmenés. Nul n'ayant envie de connaître un tel sort, ceux qui s'en sentent le plus menacés ont d'autant plus besoin de se démarquer. Ainsi se développe le racisme parmi les précarisés de la société, qui restent par leur éclatement impuissants à se défendre.

Nos sociétés banalisent des univers concentrationnaires de toutes sortes où sont confinés des animaux ou des humains. Cette société multiplie non les écoles mais les prisons. Les murs poussent de partout. Aux USA où le chômage règne comme ici, il y a des villages-prisons peuplés de petits délinquants pauvres travaillant pour rien. Un aboutissement paradisiaque pour le système capitaliste. Tandis que ceux qui manipulent et détournent des milliards tiennent toujours le haut du pavé.

Gdalia Roulin, 25 octobre 2016.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.