Le grand débatteur !

Pour savoir ce que veulent les Français, il suffit de les laisser s'exprimer eux-mêmes au lieu de réprimer violemment les manifestations, et d'instituer une vraie démocratie, non pas représentative mais directe.

Vu leur peu de conséquences, on oublie que M. Macron est coutumier de «Grands Débats» : agriculture, école etc, tous terminés par des reculades aux plans social et démocratique, agrémentées de mesurettes propagandistes... Outre les « concertations » avec les centrales syndicales débouchant sur la casse du droit du travail, de la SNCF etc... Le show actuel nous apprend que le RIC ne convient pas à M. Philippe, et M. Macron tint la vedette surprise dans une réunion où il n’était pas invité, émaillant son discours de « les enfants » adressés sans vergogne aux personnes présentes.

Pour savoir ce que veulent les Français, il suffit qu’ils s’expriment eux-mêmes, par exemple en laissant les Gilets Jaunes aller au bout de leurs réflexions plutôt que de les chasser des rond-points, et porter leur expression dans l’ensemble de la population au lieu de cadenasser un soi-disant débat national, aux thèmes formulés selon les présupposés de l’idéologie dominante.

Depuis 3 mois, semaine après semaine, le pouvoir comptabilise les manifestants comme si bien sûr quand on n’arpente pas ou plus les rues, on n’avait pas ou plus de revendications ! Depuis 3 mois ce mouvement des « Gilets Jaunes » dont on nous annonce régulièrement l’essoufflement après l’avoir calomnié de diverses manières, se développe et s’approfondit.

Malgré une violence d’État forcenée. Des manifestants qui défilent silencieux ou criant leurs slogans sont enfumés systématiquement, comme s’il était normal d'intoxiquer pour disperser de force des personnes qui exercent un droit constitutionnel. On observe des arrestations massives avant les manifestations, des charges de CRS « préventives », des tabassages et tirs contre des gens qui n’avaient rien de casseurs. M. Sacaze, ancien officier de la DGSE, parle le 24 janvier de blessures de guerre et d’une répression anormale. 250 mises en examen sur plus de 5000 gardes à vue (7000 le 28 janvier) : 4750 n’avaient pas lieu d’être.

Sur un jour le 1er décembre M. Castaner déclare l'emploi de 1193 balles caoutchouc, 7.940 grenades lacrymogènes, 1.040 de désencerclement, 339 GLI-F4 assourdissantes. Données qui n'ont plus été publiées ensuite. La veille de Noël un appel d’offre fut lancé pour l’achat de 1.730 LBD dont 450 tirant en rafales. Les blindés peuvent diffuser des lacrymos hyper-concentrés couvrant d'un coup plusieurs terrains de foot. A partir du 12 janvier des CRS étaient équipés de fusils d’assaut HKG36...

Défendre la démocratie contre la violence ? Pour cela il faudrait changer d’institutions et de personnel. Cesser de confondre démocratie et soi-disant représentation. Interdire les armes mutilantes aujourd’hui utilisées en masse...

Au début du mouvement nombre de Gilets Jaunes tentèrent de fraterniser avec la police. Extrêmement choqués puis révoltés quand ils se heurtèrent aux violences des forces dites de l’ordre. France-Police témoigne avoir reçu des ordres de tirs tendus, voire pire. Gendarmes et CRS agissent sur ordre d'un commandement qui seul a une vue d’ensemble des situations. Subordonné à un gouvernement qui cherche l’escalade. Diviser pour régner, la formule est éprouvée.

Dès avant l’acte X, 94 blessés graves Gilets Jaunes connus, les ¾ à la tête (fractures, brûlures graves, organes détériorés, 4 mains arrachées. 18 éborgnés à ce jour... Ceci touchant aussi 35 mineurs et lycéens, 10 passants, 40 journalistes, 6 médics... Une femme âgée à son balcon tuée par une grenade lacrymogène en pleine tête le 1/12 (et 10 Gilets Jaunes écrasés sur les rond-points). On ne parle même plus des intimidations, insultes et entraves à la liberté de la presse !

D’après M. Langlois (CGT-Police) les dégâts les plus colossaux sont du fait des BAC et policiers en civil, qui ne sont pas formés au maintien de l’ordre. Et policiers et CRS ne s’exercent au tir de LBD qu’à raison de 5 balles tous les 3 ans ! Seuls les gardes mobiles sont entraînés, et en l’occurrence n’ont pas été signalés à l’origine de mutilations graves.

Sur la brèche depuis le début du mouvement, les policiers ont enchaîné d’affilée 20 vacations de 22 h chacune, sans week-end de repos, nourris de sandwichs-pomme-eau. Les trouver épuisés et irritables n’est pas surprenant (le stressn’épargne pas non plus les manifestants).75 policiers se sont suicidés sous M. Macron, 10 en 2019 au 22/1.

Ils totalisent 1300 ans d’heures supplémentaires impayées, salaire gelé depuis 2010. La prime de 300 € que M. Macron leur promit en décembre est déjà détricotée !

Leurs ras-le-bol et revendications rejoignent ceux des Gilets Jaunes, dont certaines épouses de policier font partie. A part ceux qui visiblement dérapent, la majorité d’entre eux se veut au service de la sécurité de leurs concitoyens, non à faire la guerre au peuple. Plusieurs syndicats de police veulent que la répression cesse pour faire place à une réponse sociale et politique.

2000 GJ et 1000 policiers blessés - ceux-ci moins gravement, les Gilets Jaunes n’étant pas armés. Or, le grand débatteur gouvernemental ne songe qu’à briser les libertés, quasi à installer une police politique, fichant ses opposants, initiant une loi dite anti-casseur qui interdirait en fait de manifester et de se protéger. M. Castaner (ex-PS) clame que manifester c’est être complice des casseurs. Dont certains pourraient bien être des séides du pouvoir, à l’instar d’un M. Benalla casseur de manifestants ?

Oui la réponse doit être politique. Elle doit émaner de la volonté populaire. Qui veut décider réellement des choix de société. Qui veut non pas survivre péniblement à perpétuité mais vivre pleinement à tous points de vue. Et sur les ronds-points, des gens qui sinon n’auraient pas eu l’occasion de se parler se sont rencontrés, ont fraternisé… C’est d’ores et déjà un acquis fondamental.

Gdalia Roulin, 28 janvier 2019.

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