À Joseph Bialot, dont la nouvelle « Métro » m'a inspiré ceci.
La Gitane a fait son entrée dans le wagon,
et elle bouscule d'un coup les lignes d'horizon !
Jupe verte à volants parsemée de fleurs grises,
guirlandes qui voltigent au souffle d'une brise...
Des médaill's dorées rond's tintent à son foulard
qui retient ses cheveux somptueux longs et noirs.
Sur ses pieds poussiéreux dans des sandales fines,
d'étranges arabesques sur sa peau nue dessinent
des signes fantastiques, kabbale qui s'imagine.
Couché à son bras bis un tout petit garçon
geint et se plaint, parfois agité d'un frisson.
Il paraît placé là tout exprès par génie
pour inspirer pitié aux braves gens sans malice.
Enchiffonné d'un tissu pâle plus clair jadis
dans les bras de sa mère il est presque endormi.
Elle avance, avec peine, vers chaque voyageur.
Elle a, à ce qu'il semble, un gros poids sur le cœur,
et leur présente un bout de papier sans rien dire
où sa supplique, en caractères d'imprimerie,
s'étale sous des yeux qui ne regardent pas.
Elle insiste, quémande à chacun pas à pas,
abordant tous ces gens qui ne la voient mêm' pas,
et qui fixent au loin derrière elle, l'œil abscons,
un espace inconnu à travers ses haillons.
On dirait que ces gens la veulent transparente.
Ils repoussent loin d'eux ce visage qui les hante,
ces grands yeux noirs où danse une flamme anxieuse,
et cette main tendue, quelle audace, la gueuse !
Enfin la femm' sort sur le quai jaune du métro.
Son petit ne bouge plus. Plus de fièvr' sur sa peau.
La mère soudain titube, trébuche, ployant le dos,
elle râle, vraie bête fauve, hurle à tous les échos,
serrant sur sa poitrine l'enfant aux lèvres closes.
Et alors seulement un curieux fait la pause,
un autre encor s'arrête, et tous deux ils se causent.
La Gitane est à terre, et son fils est sans vie.
Sans plus voir les passants, elle pleure, accroupie.
Son papier est tombé, où il était écrit :
« Mon bébé est malade. Dites-moi quel métro
prendre pour arriver à l'hôpital Trousseau.
Merci. »
Gdalia Roulin, 17 juin 2006.