Silence nucléaire

C'est en toute discrétion que s'additionnent « incidents », malfaçons, tromperies, pollutions et cancers induits mais jamais étudiés officiellement, de sorte que le lien entre nucléaire et cancer n'est paraît-il jamais prouvé même à Tchernobyl ou Fukushima. Pas plus qu'il ne l'a été durant des décennies pour les maladies horribles engendrées par l'amiante, les pesticides, le plomb dans les canalisations ou autres toxiques. La Justice en 2016 a classé sans suite un épandage clandestin de plutonium dans la Loire en 1980 par la centrale de St-Laurent-des-Eaux...

Mais après avoir seriné en nous imposant le nucléaire qu'un accident avait une chance nulle d'arriver (1/1million disaient les « experts ») la réalité crève les yeux si bien que l'UE en 2015 a prévu en cas d'accident majeur… de hausser la dose de radioactivité officiellement supportable de 1 milliSivert à 100 au cours des premières semaines, puis à 20 l'an suivant. Une autre loi passa sans vagues qui prévoit en cas d'accident le cadrage des populations par l'armée et l'interdiction d'informer (secret défense !).

La France a eu une chance admirable jusqu'ici, mais qui peut parier sur sa pérennité alors que les matériaux s'usent avec l'âge, que soumise aux forces de la fission nucléaire n'importe quelle matière finit par s'éroder, se fendiller et que, grand carénage ou pas, il est impossible de remplacer la cuve du cœur de réacteur. Face à l'emballement nucléaire il n'y a pas droit à l'erreur, mais l'industrie nucléaire est gérée selon les normes de rentabilité financières, qui poussent les décideurs à éterniser le fonctionnement de centrales prévues pour durer 30 ans : une simple signature permet d'éviter le coût exorbitant de construction d'une centrale neuve, à quoi s'ajouterait le prix au moins équivalent mais inconnu du démantèlement de la vieille centrale, plus dans tous les cas le « retraitement » des déchets que toute notre science actuelle est incapable de neutraliser, et qui génèrent des catastrophes insondables comme déjà à la Hague où la nappe phréatique est polluée, où la structure d’entreposage s’effondre. Et le personnel est « managé » de la même façon désastreuse qu'ailleurs, ce qui dans ce domaine est carrément criminel. Quant au coût d'un accident ils préfèrent ne pas y penser. Il est vrai qu'il serait impossible de restaurer la santé perdue de millions de gens ni l'intégrité des territoires devenus mortifères si la catastrophe advient.

Le bon sens devrait commander l'arrêt général immédiat de ces exploitations totalitaires même en dehors de tout problème identifié. A plus forte raison quand ils s'accumulent.

Les catastrophes nucléaires sont si cataclysmiques que nous imaginons les fabricants de centrales rivaliser de conscience professionnelle pour au moins garantir des équipements aussi sûrs et performants que possible. En réalité mi-2015 l'ASN découvre des taux de carbone excessifs dans l'acier de pièces de réacteurs. Un tel acier durcit, sa résistance à la propagation de fissures est diminuée, ce qui peut conduire à la rupture de la pièce. Risque si grave que les tests de sûreté des cuves et GV (générateurs de vapeur) ne l'envisagent même pas, et rien n'est prévu au cas où... Ces malfaçons touchent la cuve du futur EPR de Flamanville. Si la cuve est déclarée inutilisable, il faudrait pour la sortir et la remplacer démolir la double coque du réacteur, une opération faillitaire. Et sont concernés au moins 46 GV équipant 18 réacteurs en France. Les GV de 12 réacteurs forgés par JCFC (Japon) sont à 0,4 au lieu de 0,22 % (presque le double de la norme). Les autres fabriqués à l'usine AREVA du Creusot accusent 0,3 %. On découvre aussi l'usage de faux : les constats d'anomalies étaient consignés dans des dossiers qui n'étaient transmis ni au client ni à l'ASN, lesquels recevaient des chiffres bidonnés pour obtenir le satisfecit. Ces pratiques durent depuis 1965 ! Un audit des activités de l’usine Creusot-Forge d'AREVA a révélé « des irrégularités dans le contrôle de fabrication d’environ 400 pièces produites depuis 1965, dont une cinquantaine seraient en service sur le parc électronucléaire français ». Tout ceci souligne l'incongruité de confier à l'exploitant l'auto-contrôle de sa production. Qui plus est sur un sujet aussi dangereux que le nucléaire.

Mêmes pratiques en somme que celles de TEPCO au Japon.

Et la France ayant tout misé sur le nucléaire, au point que la production de renouvelables chute au lieu de se développer, et la vogue du « tout électrique » y compris pour le chauffage complétant la panoplie, les autorités ont jugé bon avec une bienveillance lénifiante de faire redémarrer au plus vite avec l'hiver des installations défectueuses !

AREVA gère paraît-il. En effet pour l'arrêt ou le redémarrage habituel EDF baisse ou monte la température du cœur du réacteur de 28°C/heure. Sur les GV fragilisés on se limitera dorénavant à 14° par heure. Précaution minimaliste car les équipements continuellement soumis aux radiations et chocs thermiques se dégradent inexorablement. Et c'est justement en cas de problème qu'il faut refroidir et que les chocs thermiques sont extrêmes. A Fukushima n'a-t-il pas fallu déverser des tonnes d'eau de mer dans une urgence absolue ?

Vu l'âge du parc français (et aussi celui du parc mondial : 29 ans en moyenne) c'est un moment clé pour stopper cette folie. Le président de l'ASN lui-même déclarait le 18 janvier dernier : « La situation du nucléaire en France est très préoccupante ». Et pour une fois l'élection en 2017 pourrait apporter du neuf. Certes pas avec Mme Le Pen : elle y voit le garant de l'indépendance énergétique de la France, «une source d'énergie parmi les moins polluantes et les plus sûre ! Ni avec M. Fillon qui exclut toute fermeture de centrale et promet d'annuler celle de Fessenheim si elle a lieu (2000 emplois et mourir !). M. Macron qui s'est accommodé à l'aise de la politique de M. Hollande et de ses hypocrisies prétend que c'est « l'énergie de la souveraineté ». M. Hamon ne préconise que l'arrêt des centrales les plus « à risques » comme si elles ne l'étaient pas toutes. M. Jadot n'espérant pas être élu se prépare à briguer un strapontin contre d'hypothétiques mesurettes. Seul le programme de M. Mélenchon, qui peut être élu, est réellement écologique et présente tout un travail de réflexion en équipe pour concrétiser au plus vite la sortie totale de l'exploitation nucléaire et la construction d'une énergie renouvelable à 100 %.

Gdalia Roulin, lundi 30 janvier 2017.

 

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