Fake news ?

Yann Moix a eu l'honnêteté d'aller lui-même 15 à 20 fois de nuit et de jour se rendre compte sur place à Calais, et il témoigne avoir vu et filmé des actes de barbarie commis sur ordre par les CRS (et par des milices d'extrême-droite comme en Syrie) sur des exilés sans défense, femmes ou hommes, jeunes gens, adolescents « toute la journée et la nuit humiliés, frappés, caillassés, gazés »!

M. Macron à Calais le 16 janvier 2018 : « Je ne peux pas laisser accréditer l’idée que les forces de l’ordre exercent des violences physiques, confisquent des effets personnels, réveillent les personnes en pleine nuit, utilisent du gaz lacrymogène sur des points d’eau ou au moment de la distribution des repas. Si cela est fait, c’est contraire à toute déontologie ».

Comme c'est lui ou des services subordonnés à son gouvernement qui donnent les ordres, il sait de quoi il cause.

Yann Moix, écrivain et polémiste télé, a eu l'honnêteté d'aller lui-même 15 à 20 fois de nuit et de jour se rendre compte sur place, et il témoigne avoir vu et filmé des actes de barbarie commis sur ordre par les CRS (et par des milices d'extrême-droite comme en Syrie) sur des exilés sans défense, femmes ou hommes, jeunes gens, adolescents « toute la journée et la nuit humiliés, frappés, caillassés, gazés » !

« Quand une police agit aussi unie, pendant si longtemps, elle ne peut le faire sans se plier à un commandement », dit-il. « Saccages d’abris, confiscations d'effets personnels, pulvérisation de sacs de couchages, entraves à l’aide humanitaire. Tel est le quotidien des exilés à Calais ».

Or « à Calais, tout est fait pour rendre impossible aux exilés l’accès à l’Angleterre. Non seulement ils n’ont pas le droit de rester, mais ils n’ont pas la possibilité de partir. Que doivent-ils faire ? Attendre qu’on leur brûle la rétine ? Ou bien jouer leur destin en tentant la traversée ? ».

Il ajoute à l'adresse du Préfet : « Se réclamer d’un héros de la Résistance quand, dans sa sous-préfecture, Érythréens, Afghans et Soudanais sont harcelés, délogés, gazés nuit et jour, c’est prendre Jean Moulin en otage. Et c’est le trahir une deuxième fois ».

M. Toubon parle du « caractère exceptionnellement grave de la situation [...] de nature inédite dans l’histoire calaisienne ». En juin, il dénonce la traque des exilés « jour et nuit dans plusieurs sous-bois de la ville ». Ils « ne peuvent plus dormir, se poser ou se reposer et restent sur le qui-vive [...] visiblement dans un état d'épuisement physique et mental ».

En juillet le Conseil d’État a validé la décision du tribunal administratif enjoignant à la préfecture « de créer plusieurs dispositifs d'accès à l'eau permettant aux migrants de boire, de se laver et de laver leurs vêtements, ainsi que des latrines, et d'organiser un dispositif adapté d'accès à des douches ».

La mission IGA-IGPN-IGGN chargée d'évaluer l’action policière conclut en octobre : « L’accumulation des témoignages écrits et oraux [...] conduit à considérer comme plausibles des manquements à la doctrine d’emploi de la force et à la déontologie policière, principalement à Calais. Ces manquements portent sur des faits de violences, sur un usage disproportionné des aérosols lacrymogènes, la destruction d’affaires appartenant aux migrants ainsi que le non-respect de l’obligation du matricule RIO ».

Les associations sur le terrain dénoncent depuis longtemps ces actes dégradants. Et ceci tant à Paris que dans la vallée de la Roya ou à Calais… Mêmes pratiques, mêmes témoignages. Certaines ont déposé plainte pour destruction et dégradation de tentes et autres biens prêtés par elles, commentant : « Nous n’aurions pas porté plainte sans preuves ».

L'Auberge des Migrants publie mi-décembre sur twitter 2 photos de tentes et bâches à la benne. Des photos du 12 octobre prises par une bénévole montre des tentes tailladées, en lambeaux, encore debout mais inutilisables.

Du coordonnateur général de Médecins du Monde : « Les CRS gazent à la lacrymo les sacs de couchage, les couvertures, la nourriture ».

Un jeune raconte : « Je boîte depuis 3 jours à cause de la police. Ils m'ont aspergé de gaz lacrymogène dans le visage, ils m'ont frappé sur tout le corps et sur les genoux, et ils sont partis [...] Je peux comprendre qu'ils fassent leur travail, qu'ils nous attrapent quand on a fait une tentative de passage, mais qu'ils nous empêchent de dormir, qu'ils nous frappent quand on marche dans la rue, je ne peux pas ».

Loin du langage de campagne, l'aggravation d'une politique migratoire déjà cruelle inquiète jusque dans les rangs macronistes. Mme Krimi, députée LREM, interpelle le ministre de l'intérieur le 19 décembre à l'assemblée. M. Giraud, député LREM des Hautes-Alpes, déclare voir « les dégâts tous les jours à la frontière italienne avec des mises en danger très nettes de personnes qui tentent de passer». «Sur le plan humanitaire je suis assez révolté. On donne en plus l'impression que le réseau associatif est composé de dangereux gauchistes qui mettent en danger la sécurité de l’État ! ».

M. Liger, de Briançon, ancien officier St-Cyrien, écrit une lettre ouverte à M. Macron : « Aujourd'hui l'hôpital de Briançon en ampute certains qui ont « pris froid » dans la montagne au péril de leur vie. Devons-nous attendre des morts pour que nos institutions réagissent humainement ? Pour nous Névachais l'impératif humanitaire s'impose même si les forces de l'ordre tentent de nous en dissuader. Il faut les retrouver si possible, les recevoir, les remettre en forme, les soigner. Au cours du mois de décembre, nous avons dû à 6 reprises au moins faire appel au « Secours en Montagne » pour leur éviter la mort, non sans éviter gelures et traumatismes divers. Et tout cela avec des bénévoles sous la menace des forces du maintien de l'ordre. A vouloir faire œuvre humanitaire, nous [...] sommes traités comme des délinquants. On nous interdit de prendre un Africain en stop, quelles que soient la température et l'heure ! Depuis quand un automobiliste devrait-il refuser un passager du fait de sa couleur de peau ? ».

M. Pitti, spécialiste de médecine de guerre, vient de rendre sa Légion d'Honneur pour dénoncer les conditions indignes d'accueil des migrants en France, ne « permettant pas de satisfaire les besoins les plus fondamentaux tels que l'accès à l'eau, à la protection et à la sécurité, aux toilettes, au chauffage, à un couchage ».

Cédric Herrou était de nouveau arrêté le 18 décembre pour son aide humanitaire dans la vallée de la Roya.

Cependant M. Régnier est nommé le 24 janvier délégué interministériel à l'intégration des réfugiés. Ce préfet est connu pour s'être opposé à l’instrumentalisation des Roms : « 16.000 personnes mettent à feu et à sang un pays de 66 millions d’habitants? On voit des voleurs partout » et pour ses positions humaines sur l'hébergement des SDF.

Première victoire de l'indignation sociale ?

Gdalia Roulin, lundi 29 janvier 2018.

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